Quoi de neuf Dimanche (1er dimanche de Carême A, 5 mars 2017)

Ce premier Dimanche de Carême, les lectures nous replongent dans le Livre de la Genèse (Gn 2, 7-9) qui nous montre intelligents mais nus, puis Paul (Rm 5, 12-19) introduit ce qui deviendra le péché originel sous la plume d’Augustin d’Hippone. Enfin, l’Evangile (Mt 4,1-11) fait conduire le Christ « au désert par l’Esprit pour être tenté par le démon. » Du lourd, cette semaine. Du lourd qui a pu conduire l’Eglise au balourd voire au lourdingue.

Avez vous déjà remarqué l’incongruité de décrire le serpent comme « le plus rusé de tous les animaux des champs que le Seigneur Dieu avait fait » ? Ce ne peut être que de l’humour biblique : peu d’animaux sont aussi stupides et basiques que ces bestioles. Donc, doté de la parole, il ne peut proférer que d’énormes conneries. Mais il n’est pas le seul. Ève aussi peut-être. Ainsi, quand elle dit : « Nous mangeons les fruits des arbres du jardin. Mais, pour celui qui est au milieu du jardin, Dieu a dit : ‘Vous n’en mangerez pas, vous n’y toucherez pas, sinon vous mourrez.’ » Dieu n’a pas dit cela. « L’Eternel Dieu fit pousser du sol des arbres de toute espèce, agréables à voir et bons à manger, et l’arbre de la vie au milieu du jardin, et l’arbre de la connaissance du bien et du mal. » (Gn 2, 9) Puis en Gn 2, 16-17 : « L’Eternel Dieu donna cet ordre à l’homme: Tu pourras manger de tous les arbres du jardin mais tu ne mangeras pas de l’arbre de la connaissance du bien et du mal, car le jour où tu en mangeras, tu mourras. » Or l’arbre au milieu du jardin, c’est l’Arbre de Vie. L’autre est peut-être à côté, mais ne peut être au milieu : la place est prise. À moins que ce ne soit le même arbre … Mais une fois le fruit croqué, ni Eve, ni Adam ne meurent. Alors, soit Dieu dit aussi des conneries, soit nos premiers parents ont pris de l’Arbre de Vie. Pas clair. Ce qu’il l’est, c’est que ce fruit donne l’intelligence, ce qui n’est pas si mal, et donne conscience de sa nudité, de sa fragilité, ce qui est sage. Mais le serpent s’est lourdement trompé quand il déclarait : « vos yeux s’ouvriront, et vous serez comme des dieux, connaissant le bien et le mal. » Quel homme, quelle femme, de tous temps, a maitrisé la connaissance du bien et du mal ? Il n’y a guère que des idiots, qui n’ont pas dû manger ce qui rend intelligent, et quelques religieux intransigeants, de toutes obédiences, qui croient savoir distinguer le bien du mal.

Paul associe le péché à la mort, mais ne précise pas s’il s’agit d’une mort symbolique. Si bien que cette ambiguïté fait croire que la prétendue « faute » a introduit la mort dans le monde, alors qu’on vivait éternellement en Éden. Or, c’est faux : à aucun moment de la Genèse, la vie éternelle n’est donnée, ni promise. Le verset 7 du chapître 2 indique seulement que l’homme est un être vivant. Mieux, au verset 22, l’Eternel ferme l’accès à l’Arbre de Vie qui lui permettrait de vivre éternellement. Mais avant cette fameuse « faute », Ève semble ne pas consommer de cet arbre « qui est au milieu du jardin » et lui semble interdit. Oui, Paul, Jésus est l’Arbre de Vie, présent dès l’Eden, que pendant des éternités, personne n’osa croquer. Mais, mon petit Paul, le péché n’est pas entré dans le monde par Adam. D’abord, c’est Ève qui croque la pomme, puis les prophètes parleront toujours de la faute du peuple tout entier. Si le péché entre dans le monde pour les heurs et malheurs de la doctrine chrétienne et par un seul homme, c’est par toi, Paul !

Entre son baptême et sa vie publique, Jésus va au désert. Au bout de quarante jours, il a faim, alors qu’il me suffit parfois de quarante minutes pour être dans le même état. De quoi a vraiment faim le Christ ? D’un fruit particulier ? Il refuse de changer les pierres en pain, de mettre à l’épreuve le Seigneur, de se prosterner devant ce qui peut apporter puissance et gloire terrestres. Puis les anges le servent. Alors il est prêt à prendre son chemin sur les routes de Palestine et du monde. Il n’aura plus jamais faim, ne respectant ni jeûne, ni sabbat, festoyant, mangeant avec les publicains.

Dites moi, vous tous qui êtes baptisés depuis plus de quarante jours. Votre parole, vos miracles, votre chemin, c’est pour aujourd’hui ou pour demain ? Vous digérez vos cailloux, vous faites du saut à l’élastique du haut du clocher, vous vous abaissez pour quelque poussière d’empire terrestre ? Sortez donc du désert. Mangez donc du fruit de la liberté. Ne faites pas de votre vie un Carême perpétuel.

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