Quoi de neuf Dimanche ? (4ème dimanche de Carême A, 26 mars 2017)

Ce dimanche, Dieu prend un môme comme chef d’Israel (1S 16, 1.6-7.10-13a). Sur sa bonne gueule : « le garçon était roux, il avait de beaux yeux, il était beau ». C’est d’autant plus étonnant que les roux sont souvent discriminés. Mais ici, avoir des cheveux de feu, porter un buisson ardent sur la tête peut avoir son charme. Cette onction fondatrice de David doit aussi nous faire réfléchir sur le statut de berger. Dans nos traditions millénaires et hiérarchiques, le berger est devenu un grand chef, un guide, un Conducator, un Führer. Mais l’Eternel et Samuel désignent un gamin. En effet, les brebis, prises en troupeau, se gardent ensemble l’une l’autre, et peuvent être menées entre l’étable et le pré par un enfant. C’est seulement lorsque l’une d’entre elles a un vrai problème qu’il faut quelqu’un d’aguerri pour s’en occuper personnellement, quitte à laisser les quatre-vingt-dix-neuf autres toutes seules. Sommes nous ces brebis solides et solidaires qui peuvent vivre leur vie ensemble, sans être sous la coupe dominatrice d’un dieu tout-puissant, mais en présence d’un Christ ténu prenant seulement soin de nos plus grandes détresses personnelles ?

Paul (Ep 5, 8-14) nous exhorte nous autres baptisés, lumière du Christ, à démasquer les activités des ténèbres, à mettre sur la place publique toutes ces choses cachées dont on a honte de parler. De plus en plus, les sociétés démocratiques et leur presse libre arrivent à rendre publics scandales et malversations. Mais nous pourrions aller plus loin : « outer » quelques uns dont la vie privée n’est pas en phase avec leur roide morale, rendre publics les finances de l’Eglise, et inciter les catholiques à afficher leurs revenus et patrimoine. Ceci serait cohérent avec l’Evangile et constituerait un message fort, en nos temps de moralisme mâtiné d’inégalités sociales criantes.

Le Christ nous le rappelle, l’important n’est pas ce que nous voyons ou pas, mais ce que nous allons voir (Jn 9,1-41). Ainsi, il est inutile de se demander pourquoi l’aveugle-né est aveugle, mais comment on va le faire voir. Le monde avec ses malheurs et ses imperfections n’est pas là pour justifier telle ou telle foi ou incroyance, tel ou tel statu quo naturel ou social, il est le lieu d’un futur, d’une action, à la fois humaine et divine, d’un accomplissement. C’est pourquoi le Christ guérit l’aveugle-né comme s’il modelait l’argile pour créer un nouvel Adam. Mais il ne le laisse pas passif. Pour voir, notre aveugle doit encore cheminer yeux clos jusqu’à la piscine de Siloé (« Envoyé »). Et s’y baptiser lui-même ! Sans intervention du Temple. L’aveugle-né devenu voyant ne manifeste plus aucune déférence aux autorités religieuses. Il les laisse s’empêtrer dans leur débat stérile issu de la contradiction entre la survenue d’un miracle et le non-respect du sabbat. Il se moque des Pharisiens : « Serait-ce que vous aussi vous voulez devenir ses disciples ? » il se fait jeter de la synagogue, se fait exclure, mais n’en a cure. Il croit au Fils de l’homme, celui qui est là « pour que ceux qui ne voient pas puissent voir, et que ceux qui voient deviennent aveugles ». Mais il ne s’agit pas ici d’un simple retournement des valeurs, avec des gagnants et des perdants. Ceux qui deviennent aveugles parce qu’ils voient, sont ceux qui croient voir. Et devenir aveugles n’est pour eux qu’une étape pour voir vraiment.

Avec le Christ, nous ne sommes plus dans le repos, dans le sabbat du monde. Nous entrons dans une dynamique, un mouvement, un changement, nous ne voyons plus en images saintes et fixes, mais en marche, manches retroussées et, crachant dans nos mains que nous frottons, nous « allons voir ce que nous allons voir ». Nous avons envie d’en découdre avec l’injustice, de disperser les superbes, de renverser les puissants de leurs trônes, d’élever les humbles, de combler de biens les affamés, de renvoyer les riches les mains vides et de relever Jacob-Israël, celui qui se bat toute la nuit avec Dieu. Cela veut dire que nous sommes prêts à ouvrir les yeux sur les errements passés de l’Eglise et de nos sociétés, que nous allons agir sans tarder, laissant à quelques Pharisiens résiduels, le soin de justifier la cohérence entre l’avenir que nous construisons et le passé que nous avons sorti des ténèbres où il se terrait.

Je commence à bien la sentir, cette Résurrection.

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