Quoi de neuf Dimanche ? (A, Rameaux, 9 avril 2017)

Ce dimanche, à la messe, y aura t-il, comme chaque année aux Rameaux, plus de monde que d’habitude ? Ceux que les instituts de sondages appellent les pratiquants occasionnels viendront-ils prendre leur buis béni pour leur demeure ou les tombes de leurs proches, pour dire qu’ils croient un peu à la bénédiction du Seigneur sur leurs têtes ? Peut-être. S’ils ne sont pas trop découragés par les raidissements de certains sur les évolutions de société, ou s’ils sont séduits par la nouvelle approche de François.

Mais, s’ils viennent, y aura t-il du monde pour leur dire que les textes qu’ils entendent ne sont pas des histoires, ne sont pas historiques, mais sont leurs histoires et leur histoire ?

Ainsi, comment expliquer qu’avec Isaïe (Is 50, 4-7), on ait même pas mal : coups, crachats, barbe arrachée, rien n’ébranle celui « qui se laisse instruire ». En fait, pourquoi notre croyant n’est-il pas atteint par les outrages, protégé qu’il est par Dieu ? Parce qu’il a « le langage », pour qu’il « sache à son tour réconforter celui qui n’en peut plus » Au fait, ce « langage » est-il bien distribué à tous, pour se soutenir l’un l’autre dans les épreuves de la vie et de la foi ? Instruit-on vraiment en Eglise, donne t-on les clés de la maison du Christ à tout le monde, ou bien serait-ce encore un temple plein d’interdits, et prompt à vendre cher, à marchander, morale et respectabilité ?

En ce jour des Rameaux, accueille t-on toutes les femmes, tous les hommes, comme cet égal des hommes et des femmes, ce Christ fils de Dieu, selon Paul (Ph 2,6-11), ce seul chef et Seigneur respectable qui est aussi ce condamné sur la Croix ? Face à lui, les autres : grand prêtre, gouverneur, empereur, patron, chef de famille, n’ont plus aucune vraie légitimité. Par contre, en Christ, c’est tout le peuple qui devient Dieu et souverain.

En guise d’instruction du Peuple, on va lui lire en apnée le récit de la Passion du Christ, version longue. Ce n’est pas cette purge verbale qui va encourager la pratique dominicale. Mais peut-être sera ce l’occasion de parler des à-côtés de cette histoire tant rebattue, d’explorer et d’écouter les périphéries du Christ. Ainsi, on pourra s’interroger sur la passivité des disciples qui ne tombent pas à bras raccourcis sur Judas le traître. On pourra se demander si le reniement de Pierre est vraiment grave, ou s’il est au contraire la garantie d’une modestie papale pas toujours suivie par ses successeurs. Enfin, entre ce grand prêtre qui déchire ses vêtements sacerdotaux, et Pilate qui se lave les mains comme pour se purifier avant d’accomplir un rite, l’Evangile ne plaide t-elle pas contre la confusion du religieux et du politique, contre les religieux qui veulent le pouvoir et contre les politiques qui annexent la foi ?

Mais la seule histoire que retiendra l’assemblée de ce dimanche est la première : l’entrée à Jérusalem. minable, mais triomphante, du Christ juché sur un ânon, cet animal impur, symbole du mécréant. Nous autres disciples avons mis chacun notre manteau sur l’âne pour que Jésus s’asseye dessus. Notre manteau s’est imprégné de deux odeurs un peu fortes : d’un côté, celle de l’âne, de l’autre, celle du Christ, certes, mais d’une partie, disons, fondamentale, de son corps. Bien. Maintenant, dans quel sens allons nous porter ce vêtement fort odorant ? Façon cul-bénit, en gardant contre nous et pour nous l’odeur de Jésus, tout en s’activant pour se débarrasser, en s’aérant, de la pestilence de l’âne, de l’incroyant, du différent ? Ou bien dans l’autre sens, en diffusant vers les autres toute la sensation de l’humanité du Christ, tout en assumant jusque sur notre peau l’âcreté d’une sueur asine qui ressemble si fort à nos doutes ?

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