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Quoi de neuf Dimanche (29 avril 2018, 5ème dimanche de Pâques B)

Ce dimanche, Paul se joint aux disciples (Ac 9, 26-31), Jean nous demande d’aimer en vérité (1 Jn 3, 18-24), et le Christ, vraie vigne, nous trouve tout-à-fait sarments (Jean 15,1-8).

Paul, l’ancien persécuteur, a rencontré le Christ et cherche à rejoindre les Apôtres, qui, guère inspirés, ont besoin de l’entremise de Barnabé pour l’accepter. Menacé de mort, on l’exfiltre à Tarse, sa ville natale. Une manière de ressusciter. Mais à part les menaces de mort, « l’Église était en paix ». Ah oui ? Tout dépend de ce qu’on entend par paix. Les menées grecques contre Paul nous apprennent que la paix n’est jamais un acquis, et se vit au subjonctif : la Paix soit avec vous.

Puisqu’aujourd’hui, nous ne nous payons pas de mots, disons nous que pour Jean, il n’y a pas d’amour, mais seulement des preuves d’amour. Cela nous évitera les bisounourseries d’usage dans l’Eglise. « N’aimons pas en paroles ni par des discours, mais par des actes et en vérité ». Des actes. Du vrai. Pas de mesure, de doutes ou de culpabilité. Laissons l’Eternel seul juge. Seulement « mettre notre foi dans le nom de son Fils Jésus Christ, et nous aimer les uns les autres comme il nous l’a commandé ». C’est assez. Et c’est déjà beaucoup.

Vivons dans le Christ sans gêne et sans entraves. Le sarment pousse sur la vigne sans se poser de questions. Quand il porte du fruit, c’est qu’il agit dans le monde, c’est qu’il fait quelque chose de la terre et du ciel, mis ensemble. La vigne Christ, c’est aussi la vigne Peuple, la vigne Israël, celle du chapitre 5 d’Isaïe. Ce n’est pas qu’un plant, c’est tout un « coteau fertile » de lianes enchevêtrées, pas toutes du même cépage, mais toutes prêtes à faire du vin à boire, du sang qui circule, de la vie qui va. Mais « tout sarment qui est en moi, mais qui ne porte pas de fruit, mon Père l’enlève ». La foi stérile, identitaire, l’étiquette religieuse, la convivialité des coreligionnaires, ne suffisent pas. Il faut aussi pousser, mûrir et étancher la soif du monde. Mais comment croître en grappes savoureuses ? Le Christ nous le révèle : « grâce à la parole que je vous ai dite ». Et de la Parole du Christ et de l’action du Peuple se lèvera un vin nouveau. Les vieilles outres n’ont qu’à bien se tenir.

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Quoi de neuf Dimanche ? (Pâques, 1er avril 2018)

Ce dimanche est le seul qui compte. C’est ce que pensaient les catholiques de l’Ancien Régime, qui n’allaient à la messe qu’à Pâques, histoire de s’assurer, une fois morts, leur place en terre chrétienne dans le cimetière autour de l’église. Le reste du temps, en bons chrétiens, ils séchaient l’office, tout en suivant les processions, en se signant devant les calvaires ou les cortèges funèbres, et en invoquant, pour le meilleur et pour le pire, tous les saints disponibles. À tous ces centurions Corneille, bons païens accueillant sans barguigner la foi chrétienne , la foi de leur Roi et de leur nourrice, comme le disait prudemment Descartes, on aurait dû annoncer seulement l’important, comme Pierre dans les Actes des Apôtres (Ac 10, 34a.37-43) : « Tout homme qui croit en lui reçoit par lui le pardon de ses péchés. »

Paul, lui, élève les exigences : « Tendez vers les réalités d’en haut, et non pas vers celles de la terre. » (Col 3, 1-4), « Célébrons donc la Fête, non pas avec de vieux ferments : la perversité et le vice, mais avec du pain non fermenté : la droiture et la vérité. » (1 Co 5, 6b-8). Et si croire vraiment en Christ suffisait, et nous donnait la voie à suivre sans nous préoccuper de moraline paulinienne ?

Croire vraiment en Christ, c’est « ne pas abandonner sa vie au séjour des morts, ne pas laisser son saint connaître la décomposition » (Ps 16,10 cité en Ac 2,27). C’est ce que fait d’abord Marie Madeleine, premier Apôtre (Jn 20,1-9). Et ses prophéties, que bien des machistes prennent pour du prosaïsme, se réalisent tous les jours que Dieu fait : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. » Alors oui, Pierre et Jean, l’apôtre-chef et l’apôtre rapide comprennent eux aussi la Résurrection, mais c’est Marie Madeleine qui inaugure l’ère chrétienne et pose la vraie question de toute l’Eglise : où a t-on mis le Christ ? Qu’Il soit ressuscité ne suffira jamais au monde. Il nous faut le faire revenir, lui faire une place sur la Terre. Accueille t-on le Ressuscité dans chaque homme, dans chaque femme qui, quelle que soit sa vie, pourrait croire en lui ? Est-on matinal, comme Marie Madeleine, dès l’aurore sur le terrain de la Mort, bien avant que les hommes, les Pierre, les Jean, les Paul, ne glosent, pour voir les tombeaux ouverts et la Lumière se lever ?

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Noël te vise

Hockney Annonciation 2

Que vient faire ici cette Annonciation de David Hockney, d’après Fra Angelico ? Aurais-je neuf mois de retard pour vous souhaiter un joyeux Noël ? Ou trois mois d’avance ? Rien de tout cela …

Regardons mieux. Cette toile est étrange. En effet, la perspective y est inversée. Derrière, la nuit noire, où se perdent, vers l’infini et au delà, le générique aplati de la guerre des étoiles, le péché originel de St Augustin, et toute tentation de vivre dans l’éther plutôt que sur Terre. Devant, Gabriel, le grand patron après Dieu, Gabar El, la puissance mâle de l’Eternel, agenouillé devant Marie, assise, donc qui enseigne. Quoi donc ? La vie terrestre.

Et toi, dans tout ça ? Tu es, non pas le point de fuite, mais la cible de l’Annonciation, puis de Noël, et de Pâques, de Ta naissance à ta résurrection. Noël te vise en plein dans l’œil, en plein cœur, en plein corps, à la tête et au ventre, au Père, au Fils et au Saint-Esprit.

Noël, vers ton fini et en deçà …

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Gloire à Simone Veil. Hommage catholique.

Gloire à Simone Veil. Non seulement le droit à l’I.V.G. est indispensable, mais tout catholique devrait le soutenir. Il est partie intégrante de l’anthropologie chrétienne. Et quant à ceux qui pensent encore qu’un œuf fécondé est un enfant, ils mériteraient de se faire assiéger de demandes de messes et de funérailles par toutes celles qui connaissent le douloureux désagrément de la fausse-couche.

Je suis catholique donc pour le droit à l’I.V.G.

Le droit à l’I.V.G. épargne les vies sacrifiées, les naissances non désirées, les éducations inexistantes qui mènent aux destins criminels chez les plus défavorisés, dont les mères n’ont pas pu accéder à l’avortement, même clandestin. Et si le droit à l’I.V.G. était reconnu, soutenu et rendu possible partout, 70 millions de femmes sur la Terre ne mourraient pas chaque année sous les pattes de maladroites faiseuses d’ange. Le droit à l’I.V.G. reconnait aux femmes la maîtrise de leur corps, de leur vie, de leurs choix. Ne pas leur accorder, c’est les laisser sous le joug de la nature, du patriarcat et d’une citoyenneté de seconde zone. C’est considérer les femmes comme les couveuses des enfants des mâles, comme des coquilles d’œufs qu’on n’hésitera pas à briser, physiquement ou psychiquement, pour favoriser des naissances en nombre. Mais tous ces arguments ne sont que raison démocratique et humaniste, que seuls machistes, réactionnaires et autres profiteurs d’une société strictement hiérarchisée contredisent, sous le prétexte fallacieux de la défense d’un embryon qui n’est pas une personne, mais seulement la potentialité d’une vie, pas toujours humaine.

Si je suis pour le droit à l’I.V.G., c’est parce que je suis catholique. La Bible nous apprend que pour Dieu lui-même, l’homme, la femme, doivent toujours avoir le choix. Dès la Genèse, il nous est donné la possibilité de suivre ou pas un ordre, fût-il divin. Adam et Eve ne sont pas des machines sous commande divine, ils prennent la liberté qu’on leur donne, quitte à en subir les conséquences. Parce qu’ils sont à l’image de Dieu, hommes et femmes sont avant tout libres de leurs choix vis-à-vis de Lui et des autres hommes. Comme il nous est dit que Dieu « forma l’homme de la poussière et souffla dans ses narines un souffle de vie » (Genèse 2, 7), ni l’homme, ni la femme ne peuvent être une simple terre inerte et contrainte qu’on laboure et qu’on sème, avec du sperme, des interdits ou des idées toutes faites. Le Souffle de Vie nous confère liberté.

Avec la liberté imprescriptible de l’homme face à Dieu, la tradition juive sera le dialogue conflictuel, mais ininterrompu, entre l’Eternel et sa créature désobéissante. Puis vint l’Annonciation (Luc 1, 26-38).

L’Ange Gabriel annonce à Marie, une femme élevée dans la tradition juive de la Loi divine qu’on suit ou qu’on enfreint, qu’elle enfantera le Fils de Dieu. Bien que ce soit Gabriel, la « voix puissante » de Dieu qui la lui apporte, cette nouvelle est en elle-même un scandale du point de vue de la Loi. L’Incarnation de Dieu en l’homme, de Jésus en Marie, abolit la séparation entre l’Eternel et Adam et Eve ; elle efface tout contentieux ancien entre Dieu et l’Homme, tout ce qu’on pourrait appeler péché originel. Dieu est en Marie-l’Humanité, et le Fils de l’Homme est Dieu. Ce que propose Gabriel à Marie, ce ne sont plus des interdits ou une Loi à respecter scrupuleusement (ou pas), c’est de faire partie de Dieu lui-même, en l’enfantant. Ce n’est pas recevoir les tables de la Loi comme Moïse, ce n’est pas se voir imposer l’heureux miracle de la naissance d’Isaac, comme Sarah, l’épouse nonagénaire d’Abraham, c’est prendre part à la divinité. Gabriel s’adresse à une femme-image de Dieu, qui va enfanter Dieu. Il ne l’oblige donc à rien. Elle interroge : « Comment se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? » Il lui répond : « Rien n’est impossible à Dieu », mais attend son accord avant de partir. C’est la premiere femme qui peut choisir d’être enceinte ou pas : formidable rupture anthropologique. Et c’est le « Oui » de Marie, son choix libre qui permet l’Incarnation. Pas la seule décision divine.

L’histoire conjointe de Dieu et des hommes passe de l’interdit d’Eden à la Loi de Moïse puis à l’Incarnation, acceptée librement par Marie, à qui Dieu lui-même n’impose ni la grossesse, ni la Loi, ni la foi. Cette évolution éclaire une position véritablement catholique, – chrétienne et universaliste – sur le droit à l’I.V.G. Interdire l’IVG n’empêchera pas les avortements clandestins et des milliers de femmes continueront à en mourir. Une loi est nécessaire, en Pologne comme en France et sur toute la Terre pour assurer à toutes les femmes le droit à l’I.V.G. et la maîtrise de leurs corps, de leur vie, de leurs choix intimes. Ainsi, quand surviendra l’annonce d’une naissance, comme Marie le fit en disant oui à Gabriel alors qu’elle pouvait dire non, les femmes pourront s’accomplir, et accomplir la loi des Hommes et de Dieu par leur choix libre.

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Gloire à Simone Veil. Hommage catholique.

Gloire à Simone Veil. Non seulement le droit à l’I.V.G. est indispensable, mais tout catholique devrait le soutenir. Il est partie intégrante de l’anthropologie chrétienne. Et quant à ceux qui pensent encore qu’un œuf fécondé est un enfant, ils mériteraient de se faire assiéger de demandes de messes et de funérailles par toutes celles qui connaissent le douloureux désagrément de la fausse-couche.

Je suis catholique donc pour le droit à l’I.V.G.

Le droit à l’I.V.G. épargne les vies sacrifiées, les naissances non désirées, les éducations inexistantes qui mènent aux destins criminels chez les plus défavorisés, dont les mères n’ont pas pu accéder à l’avortement, même clandestin. Et si le droit à l’I.V.G. était reconnu, soutenu et rendu possible partout, 70 millions de femmes sur la Terre ne mourraient pas chaque année sous les pattes de maladroites faiseuses d’ange. Le droit à l’I.V.G. reconnait aux femmes la maîtrise de leur corps, de leur vie, de leurs choix. Ne pas leur accorder, c’est les laisser sous le joug de la nature, du patriarcat et d’une citoyenneté de seconde zone. C’est considérer les femmes comme les couveuses des enfants des mâles, comme des coquilles d’œufs qu’on n’hésitera pas à briser, physiquement ou psychiquement, pour favoriser des naissances en nombre. Mais tous ces arguments ne sont que raison démocratique et humaniste, que seuls machistes, réactionnaires et autres profiteurs d’une société strictement hiérarchisée contredisent, sous le prétexte fallacieux de la défense d’un embryon qui n’est pas une personne, mais seulement la potentialité d’une vie, pas toujours humaine.

Si je suis pour le droit à l’I.V.G., c’est parce que je suis catholique. La Bible nous apprend que pour Dieu lui-même, l’homme, la femme, doivent toujours avoir le choix. Dès la Genèse, il nous est donné la possibilité de suivre ou pas un ordre, fût-il divin. Adam et Eve ne sont pas des machines sous commande divine, ils prennent la liberté qu’on leur donne, quitte à en subir les conséquences. Parce qu’ils sont à l’image de Dieu, hommes et femmes sont avant tout libres de leurs choix vis-à-vis de Lui et des autres hommes. Comme il nous est dit que Dieu « forma l’homme de la poussière et souffla dans ses narines un souffle de vie » (Genèse 2, 7), ni l’homme, ni la femme ne peuvent être une simple terre inerte et contrainte qu’on laboure et qu’on sème, avec du sperme, des interdits ou des idées toutes faites. Le Souffle de Vie nous confère liberté.

Avec la liberté imprescriptible de l’homme face à Dieu, la tradition juive sera le dialogue conflictuel, mais ininterrompu, entre l’Eternel et sa créature désobéissante. Puis vint l’Annonciation (Luc 1, 26-38).

L’Ange Gabriel annonce à Marie, une femme élevée dans la tradition juive de la Loi divine qu’on suit ou qu’on enfreint, qu’elle enfantera le Fils de Dieu. Bien que ce soit Gabriel, la « voix puissante » de Dieu qui la lui apporte, cette nouvelle est en elle-même un scandale du point de vue de la Loi. L’Incarnation de Dieu en l’homme, de Jésus en Marie, abolit la séparation entre l’Eternel et Adam et Eve ; elle efface tout contentieux ancien entre Dieu et l’Homme, tout ce qu’on pourrait appeler péché originel. Dieu est en Marie-l’Humanité, et le Fils de l’Homme est Dieu. Ce que propose Gabriel à Marie, ce ne sont plus des interdits ou une Loi à respecter scrupuleusement (ou pas), c’est de faire partie de Dieu lui-même, en l’enfantant. Ce n’est pas recevoir les tables de la Loi comme Moïse, ce n’est pas se voir imposer l’heureux miracle de la naissance d’Isaac, comme Sarah, l’épouse nonagénaire d’Abraham, c’est prendre part à la divinité. Gabriel s’adresse à une femme-image de Dieu, qui va enfanter Dieu. Il ne l’oblige donc à rien. Elle interroge : « Comment se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? » Il lui répond : « Rien n’est impossible à Dieu », mais attend son accord avant de partir. C’est la premiere femme qui peut choisir d’être enceinte ou pas : formidable rupture anthropologique. Et c’est le « Oui » de Marie, son choix libre qui permet l’Incarnation. Pas la seule décision divine.

L’histoire conjointe de Dieu et des hommes passe de l’interdit d’Eden à la Loi de Moïse puis à l’Incarnation, acceptée librement par Marie, à qui Dieu lui-même n’impose ni la grossesse, ni la Loi, ni la foi. Cette évolution éclaire une position véritablement catholique, – chrétienne et universaliste – sur le droit à l’I.V.G. Interdire l’IVG n’empêchera pas les avortements clandestins et des milliers de femmes continueront à en mourir. Une loi est nécessaire, en Pologne comme en France et sur toute la Terre pour assurer à toutes les femmes le droit à l’I.V.G. et la maîtrise de leurs corps, de leur vie, de leurs choix intimes. Ainsi, quand surviendra l’annonce d’une naissance, comme Marie le fit en disant oui à Gabriel alors qu’elle pouvait dire non, les femmes pourront s’accomplir, et accomplir la loi des Hommes et de Dieu par leur choix libre.

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Quoi de neuf Dimanche ? (6 novembre 2016, 32ème dimanche C)

Ce dimanche, on massacre les sept frères Macchabées ( 2M 7, 1-2, 9-14), puis Jésus nous parle mariage, filiation, et résurrection (Lc 20, 27-38)

Les Sadducéens qui interrogent Jésus ne croient pas à la résurrection, et prennent pour se coincer le Christ un exemple qui fait penser aux sept frères Macchabėes. Dans leur histoire, sept frères épousent successivement la même femme après la mort du mari précédent, mais tous meurent sans descendance. Question des Sadducéens : à la résurrection, de qui est-elle l’épouse ? Réponse de Jésus : on s’en fout. À la résurrection, personne n’est le conjoint de personne, d’ailleurs, certains, hélas, voient Dieu à l’âge où l’on est trop jeune pour se marier. Et Jésus précise bien les choses : « les enfants de ce monde se marient ». Ou pas. Pour avoir descendance. Ou pas. Mais à la résurrection, les mêmes seront comme des anges. Et il faudrait être de Sodome ou Gomorrhe pour vouloir les connaitre et leur soupçonner quelque orifice, particulièrement fâcheux lors de leur survol de nos campagnes, entonnant l’hymne des cieux, à la sortie de la messe de Noël. Ou alors, compte tenu de mon expérience des pigeons de Paris, je m’équiperais d’un parapluie renforcé.

Jésus ne fait pas que moucher les Sadducéens. Son intervention est aussi un piège à Pharisiens. Ces derniers pourraient facilement croire qu’il y a deux sortes d’hommes : ceux qui se marient, et ceux qui deviennent des anges, déjà au ciel avec Dieu. C’est cette vision du prêtre qui les a éloignés du peuple et des réalités du temps, jusqu’à dissimuler et protéger ceux qui parmi eux étaient des criminels pédophiles. Non, mille fois non, nous sommes tous les enfants de ce monde, et nous pouvons tous nous marier, même si nous sommes prêtres ou homosexuels. Et nous tous, qui avons « été jugés dignes d’avoir part au monde à venir », petits, gros, débiles, laids, beaux, riches et intelligents, affreux, sales et méchants, notre sort est égal, avec deux ailes, nous sommes comme les anges de Dieu, de drôles d’oiseaux tous frères et tout fiers de porter sa Parole au monde entier et pas seulement dans nos campagnes. La vie éternelle, la communion des saints, l’Eglise, est une fratrie, pas une famille. Et ceux qui veulent savoir qui est marié, qui ne l’est pas, qui est la femme ou l’homme de qui, quelle la filiation de cet enfant, qui baise qui, quelle famille fait tribu, me semblent entretenir grand commerce amoureux avec les drosophiles et feraient mieux d’aller s’occuper de leur culte. En effet, étendant la main sur ses disciples, Jesus dit : Voici ma mère et mes frères. Car, quiconque fait la volonté de mon Père qui est dans les cieux, celui-là est mon frère, et ma soeur, et ma mère. (Mt 12, 49-50).

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Je suis catholique donc pour le droit à l’I.V.G.

J’ai publié ce texte en 2014 et l’avais dédié aux femmes d’Espagne et à toutes celles qui n’ont pas encore le droit à l’I.V.G. Les élucubrations de l’église catholique polonaise et de ses suiveurs politiques m’obligent à insister : non seulement le droit à l’I.V.G. est indispensable, mais tout catholique devrait le soutenir. Il est partie intégrante de l’anthropologie chrétienne. Et quant à ceux qui pensent encore qu’un œuf fécondé est un enfant, ils mériteraient de se faire assiéger de demandes de messes et de funérailles par toutes celles qui connaissent le douloureux désagrément de la fausse-couche.

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Je suis catholique donc pour le droit à l’I.V.G. Le droit à l’I.V.G. épargne les vies sacrifiées, les naissances non désirées, les éducations inexistantes qui mènent aux destins criminels chez les plus défavorisés, dont les mères n’ont pas pu accéder à l’avortement, même clandestin. Et si le droit à l’I.V.G. était reconnu, soutenu et rendu possible partout, 70 millions de femmes sur la Terre ne mourraient pas chaque année sous les sales pattes de maladroites faiseuses d’ange. Le droit à l’I.V.G. reconnait aux femmes la maîtrise de leur corps, de leur vie, de leurs choix. Ne pas leur accorder, c’est les laisser sous le joug de la nature, du patriarcat et d’une citoyenneté de seconde zone. C’est considérer les femmes comme les couveuses des enfants des mâles, comme des coquilles d’œufs qu’on n’hésitera pas à briser, physiquement ou psychiquement, pour favoriser des naissances en nombre. Mais tous ces arguments ne sont que raison démocratique et humaniste, que seuls machistes, réactionnaires et autres profiteurs d’une société strictement hiérarchisée contredisent, sous le prétexte fallacieux de la défense d’un embryon qui n’est pas une personne, mais seulement la potentialité d’une vie, pas toujours humaine.

Si je suis pour le droit à l’I.V.G., c’est parce que je suis catholique. La Bible nous apprend que pour Dieu lui-même, l’homme, la femme, doivent toujours avoir le choix. Dès la Genèse, il nous est donné la possibilité de suivre ou pas un ordre, fût-il divin. Adam et Eve ne sont pas des machines sous commande divine, ils prennent la liberté qu’on leur donne, quitte à en subir les conséquences. Parce qu’ils sont à l’image de Dieu, hommes et femmes sont avant tout libres de leurs choix vis-à-vis de Lui et des autres hommes. Comme il nous est dit que Dieu « forma l’homme de la poussière et souffla dans ses narines un souffle de vie » (Genèse 2, 7), ni l’homme, ni la femme ne peuvent être une simple terre inerte et contrainte qu’on laboure et qu’on sème, avec du sperme, des interdits ou des idées toutes faites. Le Souffle de Vie nous confère liberté.

Avec la liberté imprescriptible de l’homme face à Dieu, la tradition juive sera le dialogue conflictuel, mais ininterrompu, entre l’Eternel et sa créature désobéissante. Puis vint l’Annonciation (Luc 1, 26-38).

L’Ange Gabriel annonce à Marie, une femme élevée dans la tradition juive de la Loi divine qu’on suit ou qu’on enfreint, qu’elle enfantera le Fils de Dieu. Bien que ce soit Gabriel, la « voix puissante » de Dieu qui la lui apporte, cette nouvelle est en elle-même un scandale du point de vue de la Loi. L’Incarnation de Dieu en l’homme, de Jésus en Marie, abolit la séparation entre l’Eternel et Adam et Eve ; elle efface tout contentieux ancien entre Dieu et l’Homme, tout ce qu’on pourrait appeler péché originel. Dieu est en Marie-l’Humanité, et le Fils de l’Homme est Dieu. Ce que propose Gabriel à Marie, ce ne sont plus des interdits ou une Loi à respecter scrupuleusement (ou pas), c’est de faire partie de Dieu lui-même, en l’enfantant. Ce n’est pas recevoir les tables de la Loi comme Moïse, ce n’est pas se voir imposer l’heureux miracle de la naissance d’Isaac, comme Sarah, l’épouse nonagénaire d’Abraham, c’est prendre part à la divinité. Gabriel s’adresse à une femme-image de Dieu, qui va enfanter Dieu. Il ne l’oblige donc à rien. Elle interroge : « Comment se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? » Il lui répond : « Rien n’est impossible à Dieu », mais attend son accord avant de partir. C’est la premiere femme qui peut choisir d’être enceinte ou pas : formidable rupture anthropologique. Et c’est le « Oui » de Marie, son choix libre qui permet l’Incarnation. Pas la seule décision divine.

L’histoire conjointe de Dieu et des hommes passe de l’interdit d’Eden à la Loi de Moïse puis à l’Incarnation, acceptée librement par Marie, à qui Dieu lui-même n’impose ni la grossesse, ni la Loi, ni la foi. Cette évolution éclaire une position véritablement catholique, – chrétienne et universaliste – sur le droit à l’I.V.G. Interdire l’IVG n’empêchera pas les avortements clandestins et des milliers de femmes continueront à en mourir. Une loi est nécessaire, en Pologne comme en France et sur toute la Terre pour assurer à toutes les femmes le droit à l’I.V.G. et la maîtrise de leurs corps, de leur vie, de leurs choix intimes. Ainsi, quand surviendra l’annonce d’une naissance, comme Marie le fit en disant oui à Gabriel alors qu’elle pouvait dire non, les femmes pourront s’accomplir, et accomplir la loi des Hommes et de Dieu par leur choix libre.

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