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Quoi de neuf Dimanche (20 mai 2018, Pentecôte B)

Pentecôte, c’est aujourd’hui dimanche, et tous les jours suivants si vous le voulez. Pour vous y aider, les Apôtres ont la notice dans toutes les langues (Ac 2, 1-11), Paul (Ga 5, 16-25) nous explique comment échapper à la Loi, chic alors, et Jésus nous révèle qui est l’Esprit.

La Pentecôte n’est pas, avant tout, le miracle de parler dans toutes les langues, et certains exaltés, qui prient en borborygmes plus ou moins scandés en s’enivrant du mot de glossolalie, devraient se rappeler qu’Albert Cohen, dans Belle du Seigneur, à propos d’interprètes de la Société des Nations, écrivait qu’elles étaient idiotes en plusieurs langues. Le vrai miracle de la Pentecôte, c’est « parler des merveilles de Dieu » et se faire comprendre de tous. Mais comment ? C’est assez simple, mais il ne faut pas de tromper de solution. Avec son « bruit venu du ciel comme un violent coup de vent » et ses langues de feu, on se croirait avec Moïse en haut du Sinaï. Mais on n’a plus besoin de la Loi, durement gravée sur la pierre pour surveiller et punir les hommes. Avis aux amateurs de règlements, d’interdits et de catéchismes, l’humanité est libérée, c’est l’Esprit-Saint qui guide vers le Christ et son enseignement. Avec l’Esprit, nous sommes la Loi.

Puisque nous sommes, en Pentecôte, les voix de l’Esprit et les voies du Seigneur, comment comprendre les éructations pauliniennes contre la chair ? En fait, la chair molle de Paul, c’est l’ »ubris », la démesure de nos ancêtres les Grecs. Il nous ferait donc ici un commentaire bien païen. Mais Paul n’est pas qu’un vieux con moralisateur, écrivant maladroitement ses épîtres furibardes avec un morceau mal taillé de la Vraie Croix. Non, il a parfois quelques fulgurances. Ainsi, quand il déclare : « si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi ». Et encore plus fort : « Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair ». Cela ne veut surtout pas dire qu’ils se mortifient à jamais, qu’ils se fouettent jusqu’au sang, qu’ils se fustigent 24/7. Les porteurs de cilice, les coincés du cul et du culte, les anorexiques de l’ascétisme et du Carême strict, et tous les peine-à-jouir du christianisme à travers les siècles se sont trompés de religion. Ne l’oublions pas, si la chair est crucifiée, elle ressuscite le troisième jour. Mais si elle reste au frigo de notre culpabilité, au séchoir de nos complexes, à la cave de notre morale, cette chair ne serait plus qu’une daube inconsommable. Foutue, pourrie, moisie, la bonne chair qui dore au feu de l’Esprit, « d’une agréable odeur à l’Eternel. »

Écoutons bien le Christ. Lui au moins fait confiance aux hommes, comme aucun grand ou petit chef politique, économique ou religieux ne l’a jamais fait : « L’Esprit de vérité rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous allez rendre témoignage ». Bon sang, nous aussi ! Nous sommes l’Esprit !

Résumons-nous : nous sommes la chair, nous sommes la Loi, nous sommes l’Esprit. Bon, évidemment, va falloir assumer … Mais ne sommes-nous pas pour la séparation de l’Eglise et de l’étroit ?

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Quoi de neuf Dimanche (13 mai 2018, 7ème dimanche de Pâques B)

Ce dimanche, on remplace Judas par Matthias (Ac 1, 15-17.20a.20c-26), nous proclamons Jésus Fils de Dieu (1 Jn 4, 11-16), et le Christ nous envoie dans le monde (Jn 17,11-19).

Judas n’est pas qu’un traitre. « Frères, il fallait que l’Écriture s’accomplisse. » Judas fait partie du plan, Judas, c’est nous. On comprend cela d’autant mieux quand on considère son remplaçant, Matthias. Le sort le distingue justement parce qu’il est neutre et anonyme. Il n’a pas changé de surnom, donc de réputation, comme Joseph, l’autre candidat. Il est un Monsieur-tout-le-monde parmi les chrétiens. Judas, c’est différent. Il a des principes. Il se scandalise que Marie-Madeleine répande sur les cheveux du Christ un parfum cher dont le prix eût pu servir à aider les pauvres. Et s’il livre le Christ pour trente deniers, une somme ridicule pour celui qui tenait la caisse des Apôtres, ce n’est pas pour l’argent, c’est en raison de ses convictions, profondes et traditionalistes. Pour lui, Jésus va trop loin, et bouscule beaucoup trop le Temple et la société. Dieu n’est plus Dieu, mais Mon Père, on méprise le pouvoir et l’argent en rendant sa pièce à César, on fouette les marchands, et il n’y a plus de serviteurs, mais des amis. C’en était trop. Heureusement, Judas, Constantin, et de nombreux chefs et sous-chefs de la Chrétienté sauront, ah mais, remettre l’église au milieu du village.

Ce que Judas déteste dans le Christ et certains de ses disciples, c’est la désinvolture spirituelle, le manque de respect religieux. « Dieu, personne ne l’a jamais vu », écrit Paul. Limite athée, ce mec. Et il poursuit : « Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et, en nous, son amour atteint la perfection ». Ah bah voilà ! Un peu d’amour, et on se passe de Dieu et du Temple. Et on se contente de Jésus, Fils de Dieu : « Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu ». Mais c’est tout un monde de sacralité, de révérence, de cérémonies, d’agenouillements, de dévotions et de devoirs qui est remis en cause !

« Moi, je leur ai donné ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi je n’appartiens pas au monde. » Les amis du Christ n’appartiennent pas au monde religieux traditionnel. Mais ils sont bien dans le monde de Monsieur-tout-le-monde, comme Matthias. « Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais ». Oui au dialogue religieux et spirituel, même avec ceux qui s’enferment dans leurs temples, séparent les gens, les sexes, ou les discriminent. Non à tout ce qui favorise la multiplication des replis religieux. Si nous sommes « envoyés dans le monde », c’est pour éviter, comme pour l’amour, qu’il rétrécisse.

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Quoi de neuf à l’Ascension ? (10 mai 2018, année B)

En cette fête de l’Ascension, prenons les textes en ordre inverse. Avantage : cela nous fera retomber sur terre pour mieux nous élever.

Commençons par nous faire la peau de l’Evangile (Mc 16,15-20), rédigée à la hache, comme la quatrième de couverture d’un roman de gare. Ce ne serait pas un écrit original, mais un ajout synthétique du IIème siècle, qui reprend miracles et Ascension racontés dans les Actes des Apôtres, notre premier texte de ce jour. Les « signes » qui « accompagnent » les croyants ne sont pas faciles à discerner. Vous parlez « en langues nouvelles » ? Oui, j’essaye d’éviter le latin et le français d’église, pleins de mots compliqués et chichiteux. Vous prenez des « serpents dans vos mains » ? Oui, je prends l’Eglise telle qu’elle est, sans qu’elle m’enserre le cou. Même pas mal quand vous buvez un poison mortel ? Oui, je ne prends pas au premier degré le magistère moral. Vous imposez les mains aux malades, qui s’en trouvent bien ? Oui, j’essaye de botter le cul des fesse-Matthieu, du genre de ceux qui font mine de penser, ou qui pensent vraiment, sans réfléchir à l’absurdité du propos, le nez sur le guidon du fondamentalisme, que « celui qui refusera de croire sera condamné »

Paul (Ep 4, 1-16) nous montre une Ascension qui va déménager vos dernières certitudes sur la verticalité imposante d’un dieu tout-puissant assisté d’une armée d’anges et d’archanges chargés de veiller, voire de surveiller les hommes. Libérez vous la tête, vous qui croyez encore aux anges-gardiens. Ici, Paul cite le Psaume 68, verset 19, qui concernait Moise au Sinaï, et qui est appliqué au Christ. En voici le début : « Tu es monté dans les hauteurs, tu as emmené des captifs ». Les captifs, ce sont les anges et les sous-anges, les clercs et les pas-clairs qui comptabilisent les fautes, les péchés, qui établissent notre acte d’accusation. Non, comme Paul le souligne en Colossiens 2,14-15, Jésus « a effacé l’acte dont les ordonnances nous condamnaient et qui subsistait contre nous, et il l’a détruit en le clouant à la croix, il a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix. » Et la fin du verset 19 du Psaume 68 le confirme : « Tu as pris en don des hommes; Les rebelles habiteront aussi près de l’Eternel Dieu. » « Rebelles ». Camarade croyant, l’Ascension, c’est la Révolution.

« Cher Théophile » rebelle, lisons enfin le premier texte de ce jour (Ac 1, 1-11). L’Ascension a tordu le cou des Apotres, mais c’était un événement ponctuel. Et les « deux hommes en vêtements blancs », comme les deux visiteurs d’Abraham, nous lancent sur de nouveaux chemins et nous révèlent le sens de l’Ascension, le sens de la montée. Alors que le croyant moyen attend encore, le nez au vent, que Jésus redescende de son Ciel, nos deux blancs compères nous glissent en passant qu’il « viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel ». Il viendra donc d’ici-bas, parmi nous, et « au cours d’un repas qu’il prendra avec nous ».

L’Ascension, c’est d’abord des hommes et des femmes sur Terre qui s’attablent.

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Quoi de neuf Dimanche (6 mai 2018, 6ème dimanche de Pâques B)

Ce dimanche, Pierre s’ouvre aux païens (Ac 10, 25-26.34-35.44-48), Jean nous balance sans ménagement le spoiler ultime de la série-culte « Le Père, le Fils et le Saint-Esprit » (1 Jn 4, 7-10), et le Christ conclut en nous expliquant l’amitié (Jn 15,9-17). Beau programme.

Au chapitre 10 des Actes des Apôtres, Pierre découvre des tas de choses importantes pour l’avenir de l’Eglise de son temps, mais aussi pour l’Eglise d’aujourd’hui. Quel dommage d’avoir évacué des lectures du jour le verset 28 : « Dieu m’a appris à ne regarder aucun homme comme souillé et impur ». Les homosexuel-les et autres divorcés-remariés apprécieront ces paroles qui concluraient bien tous les synodes sur la famille. Comme le dit Pierre, au verset 47 : « Quelqu’un peut-il refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? » Ben non. Sauf que certains persistent à exclure des sacrements ceux qu’ils n’estiment pas être dans la norme. Tous ces flics de la foi ont-ils bien catholiques ? Car, ce que découvre Pierre, c’est l’universalisme du Christ et de son message. Et en grec, en langue païenne, universel se dit « katolikos », catholique, quoi. Il doit y avoir un problème quelque part. En effet, si l’on suit bien le cheminement de Pierre visitant Corneille le centurion romain, toute règle rigide, toute exclusion religieuse frise l’hérésie. Seul l’Esprit doit guider le chrétien dans son accueil des autres.

Foin des lois, règlements, régimes douaniers, et décrets d’application, Jean nous donne la solution, la dernière case du jeu de foi : « Dieu est Amour ». Certes. Mais il ne faudrait que cette formule définitive nous empêche de faire notre propre chemin vers le Christ. On a pu entendre, dans certaines communautés exaltées et peu portées sur la discussion, l’échange et le commentaire, ce mantra, ce chapelet, ce vinyle rayé : Dieu est Tamour, Dieu est Tamour, Dieu est Tamour. Oh, Tamour, le dieu, a-t-on envie de répondre, exaspéré par ce message en boucle dégoulinant de miellosité. En perroquettant l’équation de Jean, on en cache le sens simple et profond : l’amour EST Celui qui est et qui sera. Voici l’essence et la forme de Dieu, telles que Michel-Ange n’a pas su les peindre au plafond de la Chapelle Sixtine. Plus la peine de vous demander si vous croyez en Dieu ou en l’Amour. Dites vous seulement que l’amour croît en vous.

L’amour du Christ est amitié ultime. Elle n’est pas connivence, copinage, attirance mutuelle, propos de vestiaire et décrêpage de chignons. L’amitié selon le Christ n’est pas gratuite, elle exige des preuves : « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande ». Ce commandement entraîne les plus grands dons et contre-dons qui soient : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Avis aux suicidaires, dépressifs héroïques, mères courage, ceinturés d’explosifs, curés de Bernanos, croisés et autres djihadistes, il ne s’agit pas de sacrifier sa vie terrestre, mais bien de partager sa vie éternelle, celle que nous a donnée le Christ au matin de Pâques. L’amitié du Christ, c’est faire don permanent de sa résurrection, cette joie qu’on peut distribuer sans compter.

Cette amitié de la résurrection a des conséquences hiérarchiques et sociétales immédiates : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître ». En l’Eglise amicale du Christ, il n’y a plus de serviteurs, de ministres, ni de ministères. Que des amis. « Le serviteur ne sait pas ce que fait son maître » : il pourrait en dire n’importe quoi. Les amis du Christ ont le message en direct et n’envoient personne pour le dire : seul compte l’amour partagé

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Quoi de neuf Dimanche (22 avril 2018, 4ème dimanche de Pâques B)

Ce dimanche, Pierre expérimente son métier de chef de l’Eglise : il ne s’en sort pas si mal (Ac 4, 8-12). Jean (1 Jn 3, 1-2) nous reconnaît enfants de Dieu. Mais nous allons grandir. Et si nous devenons brebis, nous connaîtrons aussi bien le berger que son Père le connait. Nous serons donc loin d’être bêtes et bêlantes (Jn 10,11-18).

Pierre doit s’expliquer pour avoir sauver un infirme. Il invoque alors le nom de Jésus, donc l’Esprit. C’est tout. Il n’ergote pas, et ne déroule ni morale, ni catéchisme. Et en plus, il nous fait ça à la porte du Temple, comme ça, sur la place publique, dans le monde. « Ce Jésus, la pierre méprisée de vous, les bâtisseurs, mais devenue la pierre d’angle » sert à construire le Ciel sur la Terre, pas à s’embasiliquer dans l’entre-soi.

Comme il est aisé de conduire un peuple d’enfants. Certains se voient bien mener cette troupe où bon leur semble, comme le joueur de flûte d’Hamelin, celui qui les mène au précipice. Mais ce serait oublier ce que dit Jean : « ce que nous serons n’a pas encore été manifesté. Nous le savons : quand cela sera manifesté, nous lui serons semblables car nous le verrons tel qu’il est ». Nous sommes enfants de Dieu pour grandir et devenir le Christ ensemble. Où ? Quand ? Ici et maintenant. Le plus vite et le plus adulte possible. Ne pas prendre les enfants du bon Dieu pour des moutards bien sages.

Cette croissance de Dieu en nous change la vision que l’on peut avoir du troupeau de brebis de l’Evangile de Jean. Nous ne produisons pas laine, lait et crottin, mais connaissance du Christ, relation avec Dieu et les hommes. Et cette connaissance mutuelle, du Berger et du Peuple, ce n’est pas de l’élevage ovin, de la procession moutonnière, c’est du sens de la foi, du sensus fidei construit ensemble, réfléchi et élargi au plus grand nombre. C’est là la Résurrection, cette vie toujours donnée, échangée et reçue de nouveau.

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Quoi de neuf Dimanche (15 avril 2018, 3ème dimanche de Pâques B)

Ce dimanche, on débriefe Pâques. Pierre fait le bilan de l’action des responsables du peuple, qui ont mené Jésus à la croix (Ac 3, 13-15.17-19), Jean (1 Jn 2, 1-5a) nous explique « comment nous savons que nous le connaissons », et le Christ lui-même (Lc 24, 35-48), difficilement reconnu par les Apôtres, ouvre « leur intelligence à la compréhension des Écritures ». Mais on sent que c’est pas gagné.

Pierre n’y va pas par quatre chemins : les scribes et les chefs des prêtres ont envoyé le Christ à la mort. Que tous ces ignorants se convertissent pour effacer leurs péchés. Ça va les motiver, c’est sûr. Pas de doute, l’intransigeance papale, c’est une longue tradition.

Heureusement, Jean est plus accommodant, même s’il traite de menteur « celui qui dit : « Je le connais », et qui ne garde pas ses commandements ». En fait, ici, il introduit pour la première fois la liberté religieuse. L’important n’est pas d’adhérer à la nouvelle religion, mais d’être cohérent dans ces convictions. Garder la Parole du Christ, c’est avoir « un défenseur devant le Père », c’est ne plus être assujetti au divin et à la religion, c’est à la fois être libre de sa foi et protégé de toute colère divine, de toute fatalité, de toute punition éternelle. Et les « commandements » à suivre sont ceux, bien légers, du Christ, pas le fatras d’interdits violents, sexistes et homophobes de l’Ancien Testament.

La Résurrection est tellement nouvelle qu’elle a du mal à se faire comprendre, même des Apôtres. Les disciples d’Emmaüs ont beau expliquer qu’ils avaient reconnu Jésus à sa façon de rompre le pain, il faut que le Christ mange devant les Douze du poisson grillé pour qu’ils ne croient pas avoir affaire à un spectre. Ainsi, Jésus est obligé de renouveler le miracle des pains et des poissons, mais pour lui. Pour se faire reconnaître, pour exister, pour vraiment ressusciter aux yeux de ses disciples. Les Douze ? La loose. Ils ne comprennent rien. Il ne suffit donc pas de revenir d’entre les morts, il faut être de chair et de sang, manger et partager le pain, revenir et redevenir homme parmi les hommes. Et alors seulement, Jésus peut les enseigner. Pour l’Eglise aussi aujourd’hui, il ne suffit pas de jouer les fantômes noirs en soutane, les spectres rouges ou blancs en dentelle, ou d’être un « repère » stable et visible « face à une société qui change », il faut faire partie du monde, jusqu’à la dernière miette de pain, jusqu’à la dernière arête de poisson avalée de travers. Ce ne sont même pas les souffrances des chrétiens, d’Orient ou d’ailleurs, les trous et les plaies de la Croix qui peuvent convaincre, c’est la vie partagée. Alors seulement, l’Eglise sera témoin du Christ et de sa Parole.

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Quoi de neuf Dimanche (8 avril 2018, 2ème dimanche de Pâques B)

Ce dimanche, les Apôtres partagent tout (Ac 4, 32-35), Jean fait naître de Dieu tous les croyants (1 Jn 5, 1-6), et Thomas veut mettre ses doigts dans les plaies du Christ et sa main dans son côté (Jn 20, 19-31). Une semaine après Pâques, l’agneau, on le débite ou on le médite ?

Rassurons les près-de-leurs-sous et les angoissés du porte-monnaie que nous sommes tous à un moment ou à un autre : les premiers apôtres ne partageaient pas tout. Plus loin, dans les Actes, on lit que chacun disposait de son bien propre et que l’on se réunissait dans la maison de l’une d’entre eux. Finie la parano financière ? Tant mieux, on va pouvoir parler solidarité et réductions des inégalités. En effet, l’originalité des Apôtres, c’est leur unité, et celle-ci ne peut se réaliser que si les moyens de chacun ne sont pas trop éloignés, l’un dans une suite de palace et l’autre dans un hôtel qui brûle au fond d’une rue sordide. La dénonciation de la misère ne peut aller sans celle de la trop grande opulence, car c’est leur écart qui sépare les hommes.

Jean nous rappelle que notre foi n’est pas une construction, une réflexion que nous pourrions élaborer seuls, ou pire, nous voir imposer par la pression sociale ou culturelle. C’est une naissance divine, une naissance de Dieu. Et c’est donc un état, même pas un don. Dès que nous croyons, nous entrons dans l’évidence : nous sommes (re)nés comme ça. Et tout le reste est discours et bondieuseries.

Thomas est-il vraiment moins heureux que « ceux qui croient sans avoir vu » ? Mal lu, ce texte semble une charge contre les incrédules, une invitation à tout gober sans discuter. Mais Thomas va trop loin dans ses demandes pour être totalement pris au sérieux. Voyons, au sens propre, mettre à Jésus un doigt dans un trou, voire la main entière en son côté, ouvert par la lance du Romain, comment appeler ça ? Un attouchement rituel, du fistfucking religieux ? Inutile de se demander, sur cinquante nuances de grave, ce que veut vraiment faire Thomas, il n’en fait rien. Il dit seulement sa foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Thomas est en Christ, il en fait partie, il en est né, sorti tout entier du flanc du Christ. Et il ne peut voir les plaies du Christ, ce sont ses propres entrailles, puisqu’il en vit. Mais Thomas est double, comme nous tous. Il a toujours un jumeau qui ne fait pas comme lui, trop pauvre ou trop riche pour être proche, uni, solidaire. Il va donc falloir nous réconcilier avec nos frères, nos jumeaux, pour n’avoir qu’ « un seul cœur et une seule âme ». Et cela passe par le contrat social, ce qui semble tout-à-fait d’actualité, en ces temps de conflits sociaux, de sélection excluante à l’université et de néolibéralisme galopant et irréfléchi.

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