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Quoi de neuf Dimanche ? (5 novembre 2017, 31ème dimanche A)

Ce dimanche, la Parole de Dieu est ouvertement anticléricale. On n’est jamais si bien sévi que par soi-même.

Compter pour rien Malachie ne profite jamais. Le dernier des petits prophètes (pourquoi « petit », nom de Dieu ?) ne l’envoie pas dire ((Ml 1, 14b – 2, 2b.8-10) :  »    Maintenant, prêtres, à vous cet avertissement : Si vous n’écoutez pas, si vous ne prenez pas à cœur de glorifier mon nom – dit le Seigneur de l’univers –, j’enverrai sur vous la malédiction ». « Vous vous êtes écartés de la route, vous avez fait de la Loi une occasion de chute pour la multitude ». C’est clair, il y a un problème avec les clercs. Mais aussi le début d’une solution, à la fin du texte. Comment « prendre à cœur de glorifier le nom du Seigneur ? » En arrêtant de faire le clerc pour être un frère : « n’avons-nous pas tous un seul Père ? N’est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ? Pourquoi nous trahir les uns les autres ? »

Conscient de cette antique leçon, Paul  (1 Th 2, 7b-9.13) essaie de bien justifier et prouver son attitude exemplaire de guide de la communauté chrétienne. Bon point : Paul est prêtre-ouvrier « pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous ». Mais, bougre de hiérarque, il nous prend pour des mômes ! Il se considère « comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons ». Attention, danger. On commence comme un homme qui se prend  pour une mère, puis, croyant lutter contre une hypothétique « théorie du genre », on se fait passer pour Dieu le Père. Que disait si bien Malachie ? Avec un seul Père, nous sommes tous frères.

Ne nous voilons pas la face sur l’histoire et le présent de l’Eglise. Tout ce que le Christ dénonce à propos des scribes et des pharisiens (Mt 23, 1-12) s’applique avec soin aux prêtres catholiques, qui, pour la plupart, n’en peuvent mais. Structurellement hiérarchique, l’Eglise institutionnelle construit exactement le contraire de ce que le Christ recommande au verset 9 : « Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. » Ceci étant constaté, on peut se demander comment une hiérarchie consciente de ses abus continue à se sentir obligée de dire et faire dire un texte pareil, qui la traîne dans la boue. En fait, cette boue n’est pas bien salissante : le Christ, ici, ne semble pas remettre pas en cause la fonction cléricale. Il souhaite seulement que le peuple suive, lui, la Loi du Seigneur : « Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas. » Par contre, on lit rarement en chaire ce qui suit et précède ces célèbres douze versets du chapitre 23 de Matthieu. 

La fin du chapitre 23 est plus claire sur l’évolution probable et on ne peut plus chrétienne de l’institution catholique : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! « . « Malheur à vous, guides aveugles! « . « Insensés et aveugles ! « . « Voici, votre maison vous sera laissée déserte. » Raide, mais réaliste, n’est-ce pas ?

Alors que faire, mes frères ? Tout d’abord lire la fin du chapitre 22 de Matthieu ( Mt 22, 41-46). Jésus y fait dire aux Pharisiens que le Messie, le Christ,  est fils de David. Certes, mais « Si donc David l’appelle Seigneur, comment est-il son fils? Nul ne put lui répondre un mot. Et, depuis ce jour, personne n’osa plus lui poser des questions. » Évitons donc de nous prendre pour des fils, des pères ou des mères, de Dieu ou de quiconque. Soyons des frères et des soeurs, et de toute façon, par le baptême, déjà prêtres et prêtresses, prophètes et prophètesses et rois et reines. Et prenons nos rôles au sérieux. Et vivons l’Eglise sans autres prêtres que nous-mêmes. De toute façon, l’ancien modèle ne se fait plus, ou bien seulement en quelques rares exemplaires de collection, dans des versions vintage, éculées ou réactionnaires, sans aucune efficacité opérationnelle, tout juste bons à mettre en vitrine, surtout pas en paroisse.  Certains pourront dire que sans pères-prêtres, l’Eglise de demain a toutes les chances d’être un sacré bordel, mais n’est-ce pas déjà le cas ?

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Quoi de neuf Dimanche ? (29 octobre 2017, 30ème dimanche A)

(Des soucis techniques ont empêché la publication de ce texte dimanche dernier. C’est dommage, j’étais assez content de ma conclusion …)

Ce dimanche, (donc dimanche dernier, 29 octobre), Israël se la joue à la fois sociale et préférence nationale (Ex 22, 20-26) et Paul est tout content d’avoir enfin une communauté chrétienne qui tourne (1Th 1, 5c-10). Heureusement que le Christ hausse le niveau de la fraternité (Mt 22,34-40).

Ne pas maltraiter l’immigré, la veuve et l’orphelin, programme minimum du peuple de Dieu dès l’Exode. On ne sait jamais, ce peuvent être des clients intéressés par un prêt plus ou moins usuraire, chose interdite vis-à-vis des pauvres d’Israel, à qui on ne peut même pas prendre le manteau en gage, ou seulement pendant la journée, ce qui ne constitue plus une garantie. S’il n’y avait pas les étrangers, le métier de prêteur serait bien compliqué. Et encore, ceux-ci ont-ils autre chose qu’un manteau à gager ? L’auteur ou les auteurs de ce texte se moquent-ils de nous ? Le manteau qui ne peut se gager, c’est le vêtement de peau que nous donne le Seigneur à notre sortie d’Eden, c’est notre royauté que David découpe sur le manteau du roi Saül, c’est notre pouvoir de prophète, qui comme le manteau d’Elie, ouvre les eaux de la mort et nous permet de la traverser à pied sec.

Maintenant que nous sommes bien habillés pour la vie, Paul se réjouit de nous voir faire communauté comme Thessalonique, non pas parce que nous sommes de gentils chrétiens bien moraux et respectueux de la doctrine, mais parce que, comme le Christ, nous sommes accueillants envers tous.

– Euh, même envers les divorcés-remariés et ces homos tribadistes et sodomites en mal d’enfant ?

– Oui, tout le monde. Vous êtes bouchés ou quoi ? Ôtez donc votre plug mental, ce faithtoy qui vous ferme aux autres.

L’accueil inconditionnel de tous n’est pas qu’une attitude, une bisounourserie laxiste de braves gens un peu niais, c’est un acte de foi constitutif du christianisme. En effet le Christ, face aux Pharisiens, nous lègue deux « commandements » : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. » et « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Et Jésus nous précise que ces deux phrases sont « semblables ». Commence donc par t’aimer, tu n’en aimeras que mieux ton prochain. Et ceci sera aimer ton Dieu. Et c’est dans ta vie, ici et maintenant, sur Terre, que cela se joue. Pas question de déifier l’Amour avec un grand A, bien au chaud avec Platon dans le Ciel des Idées, et tellement pratique pour ne pas s’engager auprès des autres. Ces autres, ces différents, ces divergents, qui, aux yeux des purs, des vrais, des pratiquants, seraient déjà redevenus poussière, à évacuer pour faire place nette. Non. L’Eglise se partage avec du pain dans la main, pas avec un balai dans le culte.

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Quoi de neuf Dimanche ? (22 octobre 2017, 29ème dimanche A)

Ce dimanche, le Seigneur phagocyte Cyrus, chasseur de Babyloniens et libérateur d’Israel, (Is 45, 1-6), et Paul loue l’Église de Thessalonique comme choisie par le Père (1Th 1, 1-5b). Bref, c’est Dieu le vrai patron. Mais aujourd’hui, ça se corse vraiment avec l’Evangile de Matthieu (Mt 22,15-21). Jésus, face à une pièce d’argent tendue par les Pharisiens, lance son célèbre : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Les Pharisiens voulaient planter le Christ, le mettre en corner, l’engluer dans un dilemme. En lui demandant : « Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? », ils espéraient qu’il dirait oui, comme un païen, ou non, comme un opposant politique déclaré. Dans les deux cas, ils le tenaient. Mais Jésus déplace la question. « Montrez-moi la monnaie de l’impôt » dit-il et l’un de ces tradis doctrinaires sort une pièce d’argent de sa poche. Une pièce sur laquelle figure César divinisé. Ah, diantre. Notre pharisien voue t-il un culte à l’Empereur ? Non, c’est juste la monnaie ayant cours en Israël colonisé ? Et, toi, Pharisien, tu l’utilises ? Oui, tu ne peux faire autrement, tant que Rome n’est pas renversée. Mais gagner, dépenser, faire circuler une monnaie, c’est aussi payer un impôt, un tribut à celui qui l’émet, et qui en fixe la valeur. La monnaie n’est qu’une convention d’échanges, pas une vérité, encore moins une vérité divine. Et tous ceux qui l’échangent maintiennent le système. Il faudrait rendre toutes ses pièces à César pour en nier la valeur. Difficile. Mais pas totalement impossible. Courir moins après l’argent, c’est limiter le pouvoir de ceux qui en font commerce, ou qui s’en croient les grands prêtres. On peut aussi faire circuler l’argent et les biens de la façon la plus courte possible, pour qu’aucun Empereur, politique ou financier, ne s’en arroge le monopole. C’est pour cela qu’il vaut peut-être mieux acheter local et avoir un système de retraite et d’assurance-maladie par répartition, plutôt que de passer par les marchés financiers. Mais il est difficile d’en juger, et dans le temps et dans l’espace.

La pièce d’argent du Pharisien ne sera vraisemblablement pas rendue à César. Elle sera vite dépensée dans un sweat-shirt ridicule ou pour un ouvrage néo-pétainiste. Mais tant qu’elle reste dans sa poche, elle est comme le chat de Schrödinger : elle superpose plusieurs états sans qu’on sache lesquels, on ne sait si elle aidera la vie ou si elle puera la mort. Quand on « rend à Dieu », par contre, on quitte la gestion, quantique, du temps, de l’espace et de la valeur, rendue possible par l’argent et la monnaie. On vit directement, et gratuitement sa foi, sans calculs. À condition de ne pas compter, mégoter, barguigner sur les détails, la morale, et organiser une « douane des sacrements », fustigée par François lui-même. Sinon, on crée une nouvelle monnaie-Dieu, qu’on préfère adorer sur le riche ostensoir du Saint-Sacrement, plutôt que de la partager en communion avec ses frères, ses sœurs. Jésus, lui, prend ses repas avec les publicains et les pécheurs, et discute …

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Quoi de neuf Dimanche ? (15 octobre 2017, 28ème dimanche A)

Ce dimanche, Isaïe gracie gratis (Is 25, 6-9), Paul se contente d’un rien et d’un tout (Ph 4, 12-14.19-20) et Jésus se lance dans la parabole des noces (Mt 22,1-14), dûment commentée par quelque notable Père de l’Eglise. Quel rapport ?

Parfois, la liturgie présente une certaine cohérence. Si, si. Isaïe donne le la : « le Seigneur, Dieu de l’univers, » « détruira la mort pour toujours. »Et surtout, « Il enlèvera le voile de deuil qui enveloppait tous les peuples et le linceul qui couvrait toutes les nations. » Enfin, on arrête de vivre triste. L’existence devient aussi agréable, aussi tranquille, aussi insouciante qu’un plan barbecue-rosé entre amis un jour d’été.

Certains voudraient plus. Paul, lui, sait se contenter de peu. C’est pour cela qu’il est exigeant. Car en fait, il ne veut que tout, c’est-à-dire Dieu tout entier. Mais c’est quoi au juste ? C’est « mon Dieu [qui] subviendra magnifiquement à tous vos besoins selon sa richesse, dans le Christ Jésus. » Ah, « selon sa richesse »… Voyons… Est-ce à dire que mon Dieu est plus ou moins riche ? Ou plutôt, comme le suggère Paul, la satisfaction qu’il nous donne est indexée sur nos vraies attentes, notre seuil de contentement, sur le peu ou le beaucoup dont nous nous contentons ? En fait, « dans le Christ Jésus », Dieu nous est personnel, et ses dons sont à la tête du croyant.

Jouons maintenant la carte de la cohérence de la liturgie catholique. La liturgie, littéralement, ce service du Peuple de Dieu. Maintenant qu’Isaïe nous a invité au barbecue divin du bonheur inconditionnel, et que Paul nous a fait connaître notre Dieu personnel, au plus près de l’intimité de nos attentes, comment lire cette fameuse parabole du repas de noces, où un roi remplit difficilement la salle de mariage, puis jette dehors un convive mutique et non revêtu de l’habit de fête ? Bien sûr, on pourrait se contenter de l’interprétation officielle de Saint Grégoire le Grand : Dieu rassemble les hommes autour de son Fils, mais si tu n’es pas un gentil chrétien, tu seras damné, pan pan cul Crux. Car le Christ l’a bien dit : « Certes, la multitude des hommes est appelée, mais les élus sont peu nombreux. » Mais alors à quoi servent l’invitation d’Isaïe au bonheur de croire et l’attention délicate d’un Dieu personnel à notre écoute, vantée par Paul ? Nous aurait-on raconté n’importe quoi ? À propos du repas de noces, peut-être.

Ce récit est au premier abord très conformiste : n’importe quelle religion autocratique ou parti politique totalitaire pourraient le prendre à leur compte. Et ce qui peut nous alerter aussi, c’est que les Pharisiens ne le trouvent pas assez hérétique pour agir tout de suite contre Jésus. Juste après cette parabole, ils « allèrent se consulter sur les moyens de surprendre Jésus par ses propres paroles » (Mt 22,15). La parabole des noces leur paraît encore acceptable, elle a toute l’apparence d’une niaiserie dogmatique. Mais elle ne devrait tromper que les balourds et les coincés du culte. En pleine fête du Royaume de Dieu, on jetterait dehors un des invités ? Et autour de lui, il n’y aurait aucun de ces lourdauds endimanchés qui se bougerait pour défendre sa cause ? Eh bien, elle est belle la communion des Saints ! Et les élus seraient « peu nombreux », alors qu’on n’en exclut qu’un seul parmi la multitude ? Et si cet exclu mutique, sans habit de fête, jeté pieds et poings liés dans les ténèbres, était un nouvel Adam, ou bien même un Christ crucifié, attaché au bois ? Dans ce cas, oui, il y aurait peu d’élus, peu de gens prêts à le suivre.

La salle de noces n’est pas le Royaume. Non. Et Jésus nous le dit bien au début de la parabole : « Le royaume des cieux est semblable à un roi » (verset 2). C’est Dieu lui-même le Royaume. Et ce Royaume est ce dieu personnel et intérieur dont nous parle Paul, qui « subviendra magnifiquement à tous vos besoins », et qui « détruira la mort pour toujours », comme nous le promet Isaïe. Notre foi n’est pas un habit de noces, une couverture culturelle, une panoplie de croyant, toute en extériorité, non, c’est une fibre intérieure qui se mêle à nos tissus les plus profonds. Le Christ, on ne l’a pas seulement dans la peau, il est notre sang et nos tripes.

Alors, maintenant que nous savons que le Royaume est en nous, sommes nous prêts à prendre l’air dans la nuit du monde ? A sortir de la salle de noces ? Nous savons bien que dans toutes les fêtes, les noces, les rassemblements, ce qui se dit et se passe de plus important, c’est dehors, dans le silence et l’obscurité.  Dans les ténèbres, nous sommes des frères et des sœurs, pieds et poings liés, à libérer.

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Quoi de neuf Dimanche ? (8 octobre 2017, 27ème dimanche A)

Ce dimanche, Isaïe a un ami fâché avec sa vigne (Is 5, 1-7), Paul incite à être en paix avec Dieu, et au moins aussi bon que les païens (Ph 4, 6-9). Quant au Christ (Mt 21,33-43), il révolutionne la viticulture …

Isaïe s’emporte. La vigne de son ami donne de mauvais grains, alors ce vigneron s’irrite et menace de l’abandonner, et « d’interdire aux nuages d’y faire tomber la pluie ». Même si les biblistes les plus distingués peuvent voir là l’annonce des malheurs d’Israel, destruction de Samarie par les Assyriens et ruine de Jérusalem par les Babyloniens, l’outrance des propos est en creux, un motif d’espérance. Qui peut croire un instant qu’un viticulteur, qui met des années à faire pousser ses vignes, va les détruire aussi facilement ? La vigne, nous dit-on, « c’est la maison d’Israël ». Cette vigne, si tordue soit-elle, n’est à prendre pour une courge. Nous assistons ici aux dernières rodomontades d’un ex-Dieu tout-puissant qui voudrait encore montrer qu’il « ne lâche rien », alors qu’il a déjà perdu sa place hiérarchique condescendante. A ceux qui aimeraient que l’Eternel, en surplomb flingueur, montre enfin qui c’est Raoul, Isaïe dit le dieu réel : mon ami, le bien-aimé.

Avec un Dieu ami, on peut comme Paul, parler et vivre en paix, et même reconnaître des qualités aux païens. Avec le Christ incarné au milieu de nous, pourquoi faire une crise identitaire en se recroquevillant sur des positions anti-modernes, sans aucun dialogue avec les évolutions de la société ? « N’ayez pas peur », disait-il. N’aie pas peur des homosexuels, du genre, des migrants, des étrangers, des pauvres, ou de ton ombre, Mère l’Eglise.

Pour Jésus, la vigne du Seigneur, « la maison d’Israël » a été confiée « aux chefs des prêtres et aux pharisiens ». Mais ces fermiers sont iniques, jusque dans leur vision de la justice divine. Pour répondre au Christ qui leur demande : « quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? », ils se contentent de condamner les injustes et les meurtriers, et de reproduire le système précédent, qui ne fonctionne pas : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il donnera la vigne en fermage à d’autres vignerons, qui en remettront le produit en temps voulu ». Eh bien non. La réponse des grands prêtres et des anciens est tellement lamentable que le Christ préfère ne pas relever cet édifice intellectuel et spirituel en ruine. C’est pour cela qu’il leur parle la pierre rejetée qui devient la pierre angulaire. C’est parce qu’il faut tout changer, et structurellement. Ici, changer la pierre d’angle, c’est forcément démolir la construction précédente, la « clôture », le « pressoir » et bien sûr, la « tour de garde ». Sinon, on changerait pour que rien ne change. Mais comment faire ? Seuls les pharisiens de toutes époques n’ont pas compris ou voulu comprendre. Lisons bien. Ce n’est pas à d’autres prêtres que le Christ confie sa vigne, c’est « à un peuple ». Or, la vigne, c’est le peuple lui-même. C’est donc au « laikos », au peuple, aux laïcs qu’il confie les laïcs, en toute autonomie. La vigne peut pousser toute seule, s’auto-cultiver et se nourrir de son fruit. Plus de clôture, plus de pressoir, et adieu tour de garde.

Vous, je ne sais pas, mais moi, je me sens toujours mieux quand on me lâche la grappe.

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Quoi de neuf Dimanche ? (1er octobre 2017, 26ème dimanche A)

Ce dimanche, Ezéchiel (Ez 18, 25-28) invente l’individu libre et sa responsabilité personnelle, Paul (Ph 2, 1-11) nous fait la morale sur l’unité, l’humilité et l’égalité, puis Jésus (Mt 21,28-32) disperse les superbes et les faux-culs. Vaste programme.

Notons avec Ezéchiel que le méchant qui vivra, qui sauvera sa vie, ne fera que se détourner de ses fautes pour pratiquer le droit et la justice, pas pour pratiquer une religion. Parole du Seigneur tout-puissant. Bon, l’un n’empêche pas l’autre. Mais la première chose à faire est très laïque, et c’est l’Eternel qui le dit. Et c’est la responsabilité de chacun, pas celle de la famille, de la communauté ou du Temple. Je sais, la liberté, c’est difficile.

Attention ! Les bons conseils de Paul ne s’arrêtent pas à la limite de la communauté des chrétiens. L’attitude de Jésus de s’incarner au plus bas des hommes devrait donc inspirer ceux qui se sentent pousser des ailes d’ange, par la simple révélation de leur foi. Ils doivent se rappeler qu’ils ne valent pas plus que ceux qui, autour d’eux, se contentent de marcher sur Terre. Recherchez l’unité, c’est la construire avec tous. Il ne faut ni s’enfouir, ni s’enfuir, mais simplement s’amener sans la ramener. Chrétien, es tu donc capable, comme le Christ, de devenir « semblable aux hommes et reconnu comme un homme à ton comportement » ? Pas sûr. Ne cèderais tu pas au péché de la distinction dont parlait Bourdieu, bien accroché à ton capital culturel religieux, et incapable, comme pour le capital économique, de le distribuer ? Eh, mon frère, « catholique », oui, c’est du grec, ça s’écrit avec des lettres bizarres ; ça veut dire « universel », comme le revenu du même Nom. 

Jésus chasse les faux-culs. Il va dire aux chefs des prêtres et aux anciens : « les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. » Si Jean Baptiste a été cru par les publicains et les prostituées, et pas par les chefs des prêtres et les anciens, c’est parce qu’il vivait « selon la justice ». Les uns attendaient la justice, les autres profitaient de son absence. Et cette justice, comme chez Ezéchiel, est on ne peut plus terrestre. C’est une vigne, qui, bien entretenue, donnera un grand cru et étanchera les grandes soifs de liberté, d’égalité, de fraternité, de tous. Mais certains, naïfs ou cyniques, confortablement installés dans l’idée que l’ici-bas sera toujours mauvais, prennent la vigne du Seigneur pour un haricot magique qui monterait jusqu’au Ciel. Ils se contentent d’essayer d’y grimper sans la cultiver, sans la guider, sans la palisser. Chute garantie.

La vigne, comme la Terre entière est une culture qui demande beaucoup de main-d’œuvre. Sans entretien, elle rampe et ne donne que de la piquette. Bien cultivée, elle reste à hauteur d’homme, bien enracinée, mais capable de pousser sur toutes les collines. Elle profite de la Lumière pour mieux vivre sur Terre. Elle produit du fruit, pas du Ciel. Et c’est le symbole de la vie chrétienne, celle d’un simple ouvrier agricole. Le Christ serait donc à l’origine d’une religion des simples, des modestes, du peuple, en grec, « laikos », d’une religion … laïque.

Il va falloir procéder à quelques ajustements …

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Quoi de neuf Dimanche ? (24 septembre 2017, 25ème dimanche A)

Ce dimanche, Isaïe nous conseille d’attraper Dieu au vol, « tant qu’il se laisse trouver », l’occasion faisant le bon larron (Is 55, 6-9). Paul hésite entre la vie et la mort, puisque les deux sont avec le Christ (Ph. 1, 20c-24.27a). Enfin, Matthieu nous livre la parabole des ouvriers de la onzième heure, où « les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers » (Mt 20,1-16).

Rappel utile d’Isaïe : chemins et pensées de Dieu sont largement au dessus des nôtres. Quelle vanité serait-ce donc de prétendre les emprunter ou les deviner. À moins que le Ciel daigne descendre ici-bas. Ça peut arriver, et pas seulement à Noël. Gardons donc l’esprit ouvert et vif, – ce qui ne dure généralement pas longtemps – et profitons de nos quarts d’heure de célérité.

Paul, ça va pas fort. Tu t’entends quand tu causes ? Écoute : « Mourir est un avantage », « je voudrais bien partir pour être avec le Christ, car c’est bien cela le meilleur », « Quant à vous, menez une vie digne de l’Évangile du Christ ». Mais toi-même ! Une vie digne est une vie avant tout, active et agissante sur notre basse Terre. Et jusqu’à preuve du contraire, si haut soit-il, le Ciel commence au ras du sol.

La parabole des ouvriers de la vigne, des ouvriers de la onzième heure, est à lire avec ce que nous disait Isaïe : « mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins ». Bien sûr, il est de bon ton de rappeler qu’aucune tradition ou conversion ancienne ne donne de préséance face à l’Eternel. Mais lire au premier degré « les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers » ne fait qu’inverser la hiérarchie d’avant pour la conserver. C’était mettre les Chrétiens au dessus des Juifs naguère (naguère ? ), c’est aujourd’hui affirmer que certains catholiques le sont plus que d’autres parce qu’ils défilent dans les rues. Or dans l’économie de l’Eternité, toute mesure, toute valeur, toute différence, est abolie : les derniers qui sont premiers ne le sont pas plus, ni plus tôt que les autres. La détermination d’un rang ou d’un temps est impossible. Paul, ne choisis plus entre la vie et la mort alors que tout peut être vie, si le Christ et nous l’incarnons ici. Tout le monde a droit à la pièce d’argent, que Saint Augustin assimile à la vie éternelle. Qui aurait besoin de recevoir plus ? Qui voudrait plusieurs vies éternelles, sonnantes et trébuchantes, et pouvoir les compter ? Un maniaque de l’accumulation du capital spirituel, dûment libellé en monnaie religieuse officielle ? Et pourquoi pas un certificat de baptême et des cartes de messe bien tamponnées ? Non, à d’autres. Les ouvriers arrivent quand ils peuvent, quand ils sont appelés. Et la paye est la même pour tous. Mais alors, si je comprends bien … Dieu nous conduit tout droit au communisme de la Chair et de l’Esprit ! Jésus Marie Joseph Karl Vladimir !

Bon, on va appeler ça « communion » pour n’effrayer personne. Mais tant qu’à faire, on pourrait clore la période de dictature du presbytariat. Je doute que ce soit la condition indispensable de la révolution … spirituelle.

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