Quoi de neuf Dimanche (8 avril 2018, 2ème dimanche de Pâques B)

Ce dimanche, les Apôtres partagent tout (Ac 4, 32-35), Jean fait naître de Dieu tous les croyants (1 Jn 5, 1-6), et Thomas veut mettre ses doigts dans les plaies du Christ et sa main dans son côté (Jn 20, 19-31). Une semaine après Pâques, l’agneau, on le débite ou on le médite ?

Rassurons les près-de-leurs-sous et les angoissés du porte-monnaie que nous sommes tous à un moment ou à un autre : les premiers apôtres ne partageaient pas tout. Plus loin, dans les Actes, on lit que chacun disposait de son bien propre et que l’on se réunissait dans la maison de l’une d’entre eux. Finie la parano financière ? Tant mieux, on va pouvoir parler solidarité et réductions des inégalités. En effet, l’originalité des Apôtres, c’est leur unité, et celle-ci ne peut se réaliser que si les moyens de chacun ne sont pas trop éloignés, l’un dans une suite de palace et l’autre dans un hôtel qui brûle au fond d’une rue sordide. La dénonciation de la misère ne peut aller sans celle de la trop grande opulence, car c’est leur écart qui sépare les hommes.

Jean nous rappelle que notre foi n’est pas une construction, une réflexion que nous pourrions élaborer seuls, ou pire, nous voir imposer par la pression sociale ou culturelle. C’est une naissance divine, une naissance de Dieu. Et c’est donc un état, même pas un don. Dès que nous croyons, nous entrons dans l’évidence : nous sommes (re)nés comme ça. Et tout le reste est discours et bondieuseries.

Thomas est-il vraiment moins heureux que « ceux qui croient sans avoir vu » ? Mal lu, ce texte semble une charge contre les incrédules, une invitation à tout gober sans discuter. Mais Thomas va trop loin dans ses demandes pour être totalement pris au sérieux. Voyons, au sens propre, mettre à Jésus un doigt dans un trou, voire la main entière en son côté, ouvert par la lance du Romain, comment appeler ça ? Un attouchement rituel, du fistfucking religieux ? Inutile de se demander, sur cinquante nuances de grave, ce que veut vraiment faire Thomas, il n’en fait rien. Il dit seulement sa foi : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Thomas est en Christ, il en fait partie, il en est né, sorti tout entier du flanc du Christ. Et il ne peut voir les plaies du Christ, ce sont ses propres entrailles, puisqu’il en vit. Mais Thomas est double, comme nous tous. Il a toujours un jumeau qui ne fait pas comme lui, trop pauvre ou trop riche pour être proche, uni, solidaire. Il va donc falloir nous réconcilier avec nos frères, nos jumeaux, pour n’avoir qu’ « un seul cœur et une seule âme ». Et cela passe par le contrat social, ce qui semble tout-à-fait d’actualité, en ces temps de conflits sociaux, de sélection excluante à l’université et de néolibéralisme galopant et irréfléchi.

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Quoi de neuf Dimanche ? (Pâques, 1er avril 2018)

Ce dimanche est le seul qui compte. C’est ce que pensaient les catholiques de l’Ancien Régime, qui n’allaient à la messe qu’à Pâques, histoire de s’assurer, une fois morts, leur place en terre chrétienne dans le cimetière autour de l’église. Le reste du temps, en bons chrétiens, ils séchaient l’office, tout en suivant les processions, en se signant devant les calvaires ou les cortèges funèbres, et en invoquant, pour le meilleur et pour le pire, tous les saints disponibles. À tous ces centurions Corneille, bons païens accueillant sans barguigner la foi chrétienne , la foi de leur Roi et de leur nourrice, comme le disait prudemment Descartes, on aurait dû annoncer seulement l’important, comme Pierre dans les Actes des Apôtres (Ac 10, 34a.37-43) : « Tout homme qui croit en lui reçoit par lui le pardon de ses péchés. »

Paul, lui, élève les exigences : « Tendez vers les réalités d’en haut, et non pas vers celles de la terre. » (Col 3, 1-4), « Célébrons donc la Fête, non pas avec de vieux ferments : la perversité et le vice, mais avec du pain non fermenté : la droiture et la vérité. » (1 Co 5, 6b-8). Et si croire vraiment en Christ suffisait, et nous donnait la voie à suivre sans nous préoccuper de moraline paulinienne ?

Croire vraiment en Christ, c’est « ne pas abandonner sa vie au séjour des morts, ne pas laisser son saint connaître la décomposition » (Ps 16,10 cité en Ac 2,27). C’est ce que fait d’abord Marie Madeleine, premier Apôtre (Jn 20,1-9). Et ses prophéties, que bien des machistes prennent pour du prosaïsme, se réalisent tous les jours que Dieu fait : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a mis. » Alors oui, Pierre et Jean, l’apôtre-chef et l’apôtre rapide comprennent eux aussi la Résurrection, mais c’est Marie Madeleine qui inaugure l’ère chrétienne et pose la vraie question de toute l’Eglise : où a t-on mis le Christ ? Qu’Il soit ressuscité ne suffira jamais au monde. Il nous faut le faire revenir, lui faire une place sur la Terre. Accueille t-on le Ressuscité dans chaque homme, dans chaque femme qui, quelle que soit sa vie, pourrait croire en lui ? Est-on matinal, comme Marie Madeleine, dès l’aurore sur le terrain de la Mort, bien avant que les hommes, les Pierre, les Jean, les Paul, ne glosent, pour voir les tombeaux ouverts et la Lumière se lever ?

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Quoi de neuf Dimanche ? (B, Rameaux, 25 mars 2018)

Quoi de plus chiant que la messe des Rameaux ? Ca dure des plombes et on reste le plus souvent sur le parvis à se prendre la pluie sur la tronche. Liturgie,  » service au Peuple de Dieu » ? Ou bien sévice ?

Si j’y vais quand même, y aura-t-il quelqu’un pour me dire que les textes que j’entends ne sont pas des histoires, ne sont pas historiques, mais sont mes histoires et mon histoire ?

Ainsi, comment expliquer qu’avec Isaïe (Is 50, 4-7), on ait même pas mal : coups, crachats, barbe arrachée, rien n’ébranle celui « qui se laisse instruire ». En fait, pourquoi notre croyant n’est-il pas atteint par les outrages, protégé qu’il est par Dieu ? Parce qu’il a « le langage », pour qu’il « sache à son tour réconforter celui qui n’en peut plus » Au fait, ce « langage » est-il bien distribué à tous, pour se soutenir l’un l’autre dans les épreuves de la vie et de la foi ? Instruit-on vraiment en Eglise, donne t-on les clés de la maison du Christ à tout le monde, ou bien serait-ce encore un temple plein d’interdits, et prompt à vendre cher, à marchander, morale et respectabilité ?

En ce jour des Rameaux, accueille t-on toutes les femmes, tous les hommes, comme cet égal des hommes et des femmes, ce Christ fils de Dieu, selon Paul (Ph 2,6-11), ce seul chef et Seigneur respectable qui est aussi ce condamné sur la Croix ? Face à lui, les autres : grand prêtre, gouverneur, empereur, patron, chef de famille, n’ont plus aucune vraie légitimité. Par contre, en Christ, c’est tout le peuple qui devient Dieu et souverain.

En guise d’instruction du Peuple, on va lui lire en apnée le récit de la Passion du Christ, version longue. Ce n’est pas cette purge verbale qui va encourager la pratique dominicale. Mais peut-être sera-ce l’occasion de parler des à-côtés de cette histoire tant rebattue, d’explorer et d’écouter les périphéries du Christ. Ainsi, on pourra s’interroger sur la passivité des disciples qui ne tombent pas à bras raccourcis sur Judas le traître. On pourra se demander si le reniement de Pierre est vraiment grave, ou s’il est au contraire la garantie d’une modestie papale pas toujours suivie par ses successeurs. Enfin, entre ce grand prêtre qui déchire ses vêtements sacerdotaux, et Pilate qui se lave les mains comme pour se purifier avant d’accomplir un rite, l’Evangile ne plaide t-elle pas contre la confusion du religieux et du politique, contre les religieux qui veulent le pouvoir et contre les politiques qui annexent la foi ?

Mais la seule histoire que retiendra l’assemblée de ce dimanche est la première : l’entrée à Jérusalem. minable, mais triomphante, du Christ juché sur un ânon, cet animal impur, symbole du mécréant. Nous autres disciples avons mis chacun notre manteau sur l’âne pour que Jésus s’asseye dessus. Notre manteau s’est imprégné de deux odeurs un peu fortes : d’un côté, celle de l’âne, de l’autre, celle du Christ, certes, mais d’une partie, disons, fondamentale, de son corps. Bien. Maintenant, dans quel sens allons nous porter ce vêtement fort odorant ? Façon cul-bénit, en gardant contre nous et pour nous l’odeur de Jésus, tout en s’activant pour se débarrasser, en s’aérant, de la pestilence de l’âne, de l’incroyant, du différent ? Ou bien dans l’autre sens, en diffusant vers les autres toute la sensation de l’humanité du Christ, tout en assumant jusque sur notre peau l’âcreté d’une sueur asine qui ressemble si fort à nos doutes ?

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Quoi de neuf Dimanche ? (5ème dimanche de carême B, 18 mars 2018)

Révélation en ce dernier dimanche de Carême : nous n’attendons plus que Nietzsche nous dise que Dieu est mort, Il s’en charge Lui-même.

Dieu tue Dieu le Père chez Jérémie (Jr 31, 31-34). Fini le Dieu qui te prend par la main comme un enfant, qui cherche alliance avec toi, comme on signe un contrat de mariage ou un acte d’adoption. Dieu n’est plus surplombant et extérieur aux hommes, il est « au plus profond d’eux-mêmes ». » Plus besoin d’instruire chacun son compagnon, ni chacun son frère en disant : « Apprends à connaître le Seigneur ! » ». Plus besoin de catéchisme, de dogme, de loi naturelle ou de morale. Comment ça, au Vatican, vous n’étiez pas au courant ?

Dieu tue Dieu le Fils chez Paul (He 5, 7-9). Le Dieu né Homme est mort comme un homme et c’est Dieu qui est mort avec lui pour mieux ressusciter. Et avec Lui, l’homme vainc aussi la mort, et sa peur de la mort.

Encore plus fort : Dieu tue Dieu le Saint Esprit. Les Chrétiens satisfaits se croient toujours en Pentecôte, cinquante jours après Pâques, sous la pluie fine de l’Inspiration divine. Une illusion bien pratique pour ne plus lutter spirituellement et s’encroûter dans une foi établie. Ici, chez Jean (Jn 12,20-33), les Grecs, les plus païens des croyants, veulent « voir Jésus ». Et que voient-ils, qui rencontrent-ils ? Un homme mystique et angoissé, sûr de Dieu et sûr de rien, déclarant tour à tour : « L’heure est venue pour le Fils de l’homme d’être glorifié » et « Maintenant je suis bouleversé. Que puis-je dire ? ». Voir Jésus, ce n’est pas se contenter de se réjouir de la Résurrection pascale réglementaire, c’est être aussi comme lui avant la montée vers Jérusalem, à la fois sur le qui-vive et le qui-meure, c’est rester dans la dynamique du doute, et n’avoir qu’un principe, l’incertitude. Puis, se laisser surprendre par notre résurrection. Peut-être …

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Quoi de neuf Dimanche ? (4ème dimanche de carême B, 11 mars 2018)

En ce quatrième dimanche de Carême, les Chroniques (2Ch 36, 14-16.19-23) se réjouissent que la victoire des Perses sur Babylone ait permis la reconstruction du Temple de Jérusalem. Moui … Heureusement, Paul nous rappelle que Dieu, sa miséricorde, le Christ, tout ça, c’est gratuit, donné sans conditions et sans concession (Ep 2, 4-10). Et d’ailleurs, Jean (Jn 3, 14-21) n’hésite pas sur ce point : « Dieu a envoyé son Fils dans le monde, non pas pour juger le monde, mais pour que, par lui, le monde soit sauvé ». Et même si ce Fils est comparable au serpent de bronze élevé par Moïse dans le désert. Sssssss, aie confiance, ssssss, croie en moi …

Les Chroniques et les Hébreux qui les rédigent ont une vision géopolitique de leur foi rétablie. Honneur à Cyrus, roi de Perse, pas vraiment israélite, mais que « le Seigneur, le Dieu du ciel » a « chargé de lui bâtir un temple à Jérusalem, en Judée ». Comme c’est commode de s’appuyer sur une puissance plus orientale, à l’extrême-droite de la carte, pour voir contrer ses ennemis proches. Aujourd’hui aussi, ceux qui prennent leur époque et la laïcité pour une dangereuse Babylone, vont faire un tour à l’extrême-droite géographique et politique de l’Europe pour y chercher appuis et financement. Ils devraient relire Paul et Jean.

Écoutons Paul ! « C’est Dieu qui nous a faits, il nous a créés en Jésus Christ », « avec lui, il nous a ressuscités ; avec lui, il nous a fait régner aux cieux ». Autre chose ? Cela ne doit-il pas nous suffire ? Non, il vous en faudrait plus, du grandiose, de la fierté, de l’identitaire, de la pourpre et des dentelles, des pompes et des œuvres ?

L’Evangile de Jean mêle lumière et serpent. Beaucoup commentent la lumière, bien plus affriolante que les ténèbres du Mal. Brrr. Pouah. Et dans la foulée, on glisse sur le serpent, celui du bâton de Moïse face aux magiciens du Pharaon, celui d’airain qui guérit quand on le fixe du regard, et celui du jardin d’Eden, apparemment moins recommandable. C’est pourtant le même, rusé et nu, lisse et rampant au plus bas du sol, mais capable de grimper à la cime de tout bois pour voir le monde du Ciel. Comme Jésus incarné, crucifié, ressuscité, puis monté à la droite de Dieu. Est-ce à dire que le serpent d’Eve serait moins à maudire qu’on ne le pense généralement ? Et que si l’Eternel donne à Adam et Ève des « vêtements de peau », le serpent, qui perd sa peau et qui mue, subit aussi un changement et est à voir sous un jour nouveau ? En période de Carême, cette allégorie de la conversion n’est pas à négliger, mes sœurs, mes frères, que vous ayez ou non la langue fourchue. Évidemment, une fois votre mue spirituelle effectuée, il ne faudra pas se défiler et continuer à s’engager. Sinon, vous risquez de renforcer mon impression, que dans l’Eglise, il ne reste plus que des vieilles peaux.

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Quoi de neuf Dimanche ? (3ème dimanche de carême B, 4 mars 2018)

Aujourd’hui, sur le Sinaï, Dieu prononce ses Dix Commandements (Ex 20, 1-17), Paul nous rappelle que notre foi est « scandale pour les Juifs, folie pour les païens » (1 Co 1, 22-25), et Jésus chasse les marchands du Temple (Jn 2,13-25). Vaste programme.

On peut gloser longtemps sur les Dix Commandements. Mais le Christ lui-même les a déjà résumés : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. C’est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes » (Mt 22, 37-40). Exit la femme du voisin, son âne, son bœuf et sa servante. Et si tous les commandements étaient spirituels ?

Notre foi, et la morale qui devrait en découler, est celle que proclame Paul : « scandale pour les Juifs, folie pour les païens ». Nous croyons que Dieu nous a sacrifié son Fils, que Dieu a sacrifié au Peuple et non le contraire comme auparavant, et que la Mort en a été vaincue. Et dire que, malgré ce retournement, certains qui se disent catholiques, défendent encore un ordre moral tout droit hérité de l’antiquité romaine et du temple de Jérusalem.

En chassant les marchands du Temple, le Christ en chasse aussi l’ordre et la convoitise. Avant, bien en rang, nous y convoitions le bœuf, la brebis, la colombe du prochain, du marchand, du commerçant-frère, qui allait nous céder contre argent, de quoi solder fissa nos dévotions. Aujourd’hui, nous sommes à la fois le Temple, la brebis et le Dieu. Nous ne pouvons plus négocier, séparer, barguiner. Si bien que nos traditions liturgiques apparaissent souvent comme d’anciens cultes sacrificiels inutiles. Cela tombe plutôt bien, il y a de moins en moins de prêtres pour les célébrer. Mais rassembler le Peuple-Dieu, pour qu’il s’aime, qu’il aime le monde et en chasse la Mort, reste une folie et un scandale nécessaires.

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Quoi de neuf Dimanche ? (11 février 2018, 6ème dimanche B)

Ce dimanche, choisis ton temps, camarade. Celui de Moïse (Lv 13, 1-2.45-46), quand l’on excluait du peuple pour le purifier. Celui de Paul (1 Co 10, 31-33 ; 11, 1), où chacun est censé « s’adapter à tout le monde » et agir « pour la gloire de Dieu ». Ou bien choisis le temps du Christ (Mc 1, 40-45), qui guérit qui lui demande, tant pis pour le Temple, puis se retrouve à devoir agir en dehors des villes, en dehors des clous religieux.

La Loi de Moïse exclut hors du camp tout malade, lépreux, porteur d’une quelconque lésion cutanée visible, une vraie incitation à la dissimulation, au voile et à la tartufferie. On oublie juste une phrase de l’Eternel : « on l’amènera au prêtre Aaron ou à l’un des prêtres ses fils », qui sont censés y faire quelque chose. Moui … Enfin, c’est tellement plus simple de cacher la poussière sous le tapis, les lépreux en dehors du camp, les huguenots aux Provinces-Unies, les juifs dans une fosse, les Palestiniens à Gaza, les pauvres dans une cité, tous les indésirables en périphérie de mon monde.

Paul n’y change pas grand chose. Il se contente de vouloir nous faire suivre une discipline personnelle. Et si tout le monde faisait comme moi, scrongneugneu, ça irait mieux. Une autoroute mentale pour les méritants volontaires, les austères, les disciplinés, les froids calvinistes et les raides jansénistes. Et pendant ce temps, les éclopés de la vie spirituelle sont laissés pour compte, seuls, en périphérie, comme dirait François.

Le Christ guérit et donne une dernière chance au Temple de tirer quelque avantage de son action : « va te montrer au prêtre et donne pour ta purification ce que Moïse prescrit dans la Loi : ta guérison sera pour les gens un témoignage. » Mais il y a tellement longtemps que le prêtre n’a rien dit à ces lépreux, à tous ceux dont la peau spirituelle tombe en lambeaux, que l’ancien malade préfère proclamer sa guérison tout seul, même si ça fâche le Temple. Si bien que Jésus se retrouve lui-même exclu. Et c’est alors toute la ville, habituée à cacher ses plaies que le Temple ne peut panser, qui sort en masse en banlieue, le « lieu du ban », pour retrouver sa vérité. À quoi sert une cité policée, une basilique lisse, où la moindre acné, la moindre acmé, doit se terrer pour ne choquer personne, où ceux qui sont censés s’occuper des gens ne voient que des corps et ne pensent qu’au culte ?

Avant d’entrer en Carême, mercredi prochain, l’Eglise, c’est-à-dire nous tous, devrait s’interroger sur ses actions prioritaires : tenir des lieux de culte, débiter des messes, extruder du baptisé, mouler du confirmand, synthétiser du séminariste, tréfiler du mariage, ou bien simplement écouter, laisser parler les vies en morceaux, les spiritualités bidouillées et fragmentaires de tous ceux qui ont deux-trois questions à poser sur les marches du monde …

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