Archives de Tag: IVG

Gloire à Simone Veil. Hommage catholique.

Gloire à Simone Veil. Non seulement le droit à l’I.V.G. est indispensable, mais tout catholique devrait le soutenir. Il est partie intégrante de l’anthropologie chrétienne. Et quant à ceux qui pensent encore qu’un œuf fécondé est un enfant, ils mériteraient de se faire assiéger de demandes de messes et de funérailles par toutes celles qui connaissent le douloureux désagrément de la fausse-couche.

Je suis catholique donc pour le droit à l’I.V.G.

Le droit à l’I.V.G. épargne les vies sacrifiées, les naissances non désirées, les éducations inexistantes qui mènent aux destins criminels chez les plus défavorisés, dont les mères n’ont pas pu accéder à l’avortement, même clandestin. Et si le droit à l’I.V.G. était reconnu, soutenu et rendu possible partout, 70 millions de femmes sur la Terre ne mourraient pas chaque année sous les pattes de maladroites faiseuses d’ange. Le droit à l’I.V.G. reconnait aux femmes la maîtrise de leur corps, de leur vie, de leurs choix. Ne pas leur accorder, c’est les laisser sous le joug de la nature, du patriarcat et d’une citoyenneté de seconde zone. C’est considérer les femmes comme les couveuses des enfants des mâles, comme des coquilles d’œufs qu’on n’hésitera pas à briser, physiquement ou psychiquement, pour favoriser des naissances en nombre. Mais tous ces arguments ne sont que raison démocratique et humaniste, que seuls machistes, réactionnaires et autres profiteurs d’une société strictement hiérarchisée contredisent, sous le prétexte fallacieux de la défense d’un embryon qui n’est pas une personne, mais seulement la potentialité d’une vie, pas toujours humaine.

Si je suis pour le droit à l’I.V.G., c’est parce que je suis catholique. La Bible nous apprend que pour Dieu lui-même, l’homme, la femme, doivent toujours avoir le choix. Dès la Genèse, il nous est donné la possibilité de suivre ou pas un ordre, fût-il divin. Adam et Eve ne sont pas des machines sous commande divine, ils prennent la liberté qu’on leur donne, quitte à en subir les conséquences. Parce qu’ils sont à l’image de Dieu, hommes et femmes sont avant tout libres de leurs choix vis-à-vis de Lui et des autres hommes. Comme il nous est dit que Dieu « forma l’homme de la poussière et souffla dans ses narines un souffle de vie » (Genèse 2, 7), ni l’homme, ni la femme ne peuvent être une simple terre inerte et contrainte qu’on laboure et qu’on sème, avec du sperme, des interdits ou des idées toutes faites. Le Souffle de Vie nous confère liberté.

Avec la liberté imprescriptible de l’homme face à Dieu, la tradition juive sera le dialogue conflictuel, mais ininterrompu, entre l’Eternel et sa créature désobéissante. Puis vint l’Annonciation (Luc 1, 26-38).

L’Ange Gabriel annonce à Marie, une femme élevée dans la tradition juive de la Loi divine qu’on suit ou qu’on enfreint, qu’elle enfantera le Fils de Dieu. Bien que ce soit Gabriel, la « voix puissante » de Dieu qui la lui apporte, cette nouvelle est en elle-même un scandale du point de vue de la Loi. L’Incarnation de Dieu en l’homme, de Jésus en Marie, abolit la séparation entre l’Eternel et Adam et Eve ; elle efface tout contentieux ancien entre Dieu et l’Homme, tout ce qu’on pourrait appeler péché originel. Dieu est en Marie-l’Humanité, et le Fils de l’Homme est Dieu. Ce que propose Gabriel à Marie, ce ne sont plus des interdits ou une Loi à respecter scrupuleusement (ou pas), c’est de faire partie de Dieu lui-même, en l’enfantant. Ce n’est pas recevoir les tables de la Loi comme Moïse, ce n’est pas se voir imposer l’heureux miracle de la naissance d’Isaac, comme Sarah, l’épouse nonagénaire d’Abraham, c’est prendre part à la divinité. Gabriel s’adresse à une femme-image de Dieu, qui va enfanter Dieu. Il ne l’oblige donc à rien. Elle interroge : « Comment se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? » Il lui répond : « Rien n’est impossible à Dieu », mais attend son accord avant de partir. C’est la premiere femme qui peut choisir d’être enceinte ou pas : formidable rupture anthropologique. Et c’est le « Oui » de Marie, son choix libre qui permet l’Incarnation. Pas la seule décision divine.

L’histoire conjointe de Dieu et des hommes passe de l’interdit d’Eden à la Loi de Moïse puis à l’Incarnation, acceptée librement par Marie, à qui Dieu lui-même n’impose ni la grossesse, ni la Loi, ni la foi. Cette évolution éclaire une position véritablement catholique, – chrétienne et universaliste – sur le droit à l’I.V.G. Interdire l’IVG n’empêchera pas les avortements clandestins et des milliers de femmes continueront à en mourir. Une loi est nécessaire, en Pologne comme en France et sur toute la Terre pour assurer à toutes les femmes le droit à l’I.V.G. et la maîtrise de leurs corps, de leur vie, de leurs choix intimes. Ainsi, quand surviendra l’annonce d’une naissance, comme Marie le fit en disant oui à Gabriel alors qu’elle pouvait dire non, les femmes pourront s’accomplir, et accomplir la loi des Hommes et de Dieu par leur choix libre.

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Gloire à Simone Veil. Hommage catholique.

Gloire à Simone Veil. Non seulement le droit à l’I.V.G. est indispensable, mais tout catholique devrait le soutenir. Il est partie intégrante de l’anthropologie chrétienne. Et quant à ceux qui pensent encore qu’un œuf fécondé est un enfant, ils mériteraient de se faire assiéger de demandes de messes et de funérailles par toutes celles qui connaissent le douloureux désagrément de la fausse-couche.

Je suis catholique donc pour le droit à l’I.V.G.

Le droit à l’I.V.G. épargne les vies sacrifiées, les naissances non désirées, les éducations inexistantes qui mènent aux destins criminels chez les plus défavorisés, dont les mères n’ont pas pu accéder à l’avortement, même clandestin. Et si le droit à l’I.V.G. était reconnu, soutenu et rendu possible partout, 70 millions de femmes sur la Terre ne mourraient pas chaque année sous les pattes de maladroites faiseuses d’ange. Le droit à l’I.V.G. reconnait aux femmes la maîtrise de leur corps, de leur vie, de leurs choix. Ne pas leur accorder, c’est les laisser sous le joug de la nature, du patriarcat et d’une citoyenneté de seconde zone. C’est considérer les femmes comme les couveuses des enfants des mâles, comme des coquilles d’œufs qu’on n’hésitera pas à briser, physiquement ou psychiquement, pour favoriser des naissances en nombre. Mais tous ces arguments ne sont que raison démocratique et humaniste, que seuls machistes, réactionnaires et autres profiteurs d’une société strictement hiérarchisée contredisent, sous le prétexte fallacieux de la défense d’un embryon qui n’est pas une personne, mais seulement la potentialité d’une vie, pas toujours humaine.

Si je suis pour le droit à l’I.V.G., c’est parce que je suis catholique. La Bible nous apprend que pour Dieu lui-même, l’homme, la femme, doivent toujours avoir le choix. Dès la Genèse, il nous est donné la possibilité de suivre ou pas un ordre, fût-il divin. Adam et Eve ne sont pas des machines sous commande divine, ils prennent la liberté qu’on leur donne, quitte à en subir les conséquences. Parce qu’ils sont à l’image de Dieu, hommes et femmes sont avant tout libres de leurs choix vis-à-vis de Lui et des autres hommes. Comme il nous est dit que Dieu « forma l’homme de la poussière et souffla dans ses narines un souffle de vie » (Genèse 2, 7), ni l’homme, ni la femme ne peuvent être une simple terre inerte et contrainte qu’on laboure et qu’on sème, avec du sperme, des interdits ou des idées toutes faites. Le Souffle de Vie nous confère liberté.

Avec la liberté imprescriptible de l’homme face à Dieu, la tradition juive sera le dialogue conflictuel, mais ininterrompu, entre l’Eternel et sa créature désobéissante. Puis vint l’Annonciation (Luc 1, 26-38).

L’Ange Gabriel annonce à Marie, une femme élevée dans la tradition juive de la Loi divine qu’on suit ou qu’on enfreint, qu’elle enfantera le Fils de Dieu. Bien que ce soit Gabriel, la « voix puissante » de Dieu qui la lui apporte, cette nouvelle est en elle-même un scandale du point de vue de la Loi. L’Incarnation de Dieu en l’homme, de Jésus en Marie, abolit la séparation entre l’Eternel et Adam et Eve ; elle efface tout contentieux ancien entre Dieu et l’Homme, tout ce qu’on pourrait appeler péché originel. Dieu est en Marie-l’Humanité, et le Fils de l’Homme est Dieu. Ce que propose Gabriel à Marie, ce ne sont plus des interdits ou une Loi à respecter scrupuleusement (ou pas), c’est de faire partie de Dieu lui-même, en l’enfantant. Ce n’est pas recevoir les tables de la Loi comme Moïse, ce n’est pas se voir imposer l’heureux miracle de la naissance d’Isaac, comme Sarah, l’épouse nonagénaire d’Abraham, c’est prendre part à la divinité. Gabriel s’adresse à une femme-image de Dieu, qui va enfanter Dieu. Il ne l’oblige donc à rien. Elle interroge : « Comment se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? » Il lui répond : « Rien n’est impossible à Dieu », mais attend son accord avant de partir. C’est la premiere femme qui peut choisir d’être enceinte ou pas : formidable rupture anthropologique. Et c’est le « Oui » de Marie, son choix libre qui permet l’Incarnation. Pas la seule décision divine.

L’histoire conjointe de Dieu et des hommes passe de l’interdit d’Eden à la Loi de Moïse puis à l’Incarnation, acceptée librement par Marie, à qui Dieu lui-même n’impose ni la grossesse, ni la Loi, ni la foi. Cette évolution éclaire une position véritablement catholique, – chrétienne et universaliste – sur le droit à l’I.V.G. Interdire l’IVG n’empêchera pas les avortements clandestins et des milliers de femmes continueront à en mourir. Une loi est nécessaire, en Pologne comme en France et sur toute la Terre pour assurer à toutes les femmes le droit à l’I.V.G. et la maîtrise de leurs corps, de leur vie, de leurs choix intimes. Ainsi, quand surviendra l’annonce d’une naissance, comme Marie le fit en disant oui à Gabriel alors qu’elle pouvait dire non, les femmes pourront s’accomplir, et accomplir la loi des Hommes et de Dieu par leur choix libre.

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Je suis catholique donc pour le droit à l’I.V.G.

J’ai publié ce texte en 2014 et l’avais dédié aux femmes d’Espagne et à toutes celles qui n’ont pas encore le droit à l’I.V.G. Les élucubrations de l’église catholique polonaise et de ses suiveurs politiques m’obligent à insister : non seulement le droit à l’I.V.G. est indispensable, mais tout catholique devrait le soutenir. Il est partie intégrante de l’anthropologie chrétienne. Et quant à ceux qui pensent encore qu’un œuf fécondé est un enfant, ils mériteraient de se faire assiéger de demandes de messes et de funérailles par toutes celles qui connaissent le douloureux désagrément de la fausse-couche.

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Je suis catholique donc pour le droit à l’I.V.G. Le droit à l’I.V.G. épargne les vies sacrifiées, les naissances non désirées, les éducations inexistantes qui mènent aux destins criminels chez les plus défavorisés, dont les mères n’ont pas pu accéder à l’avortement, même clandestin. Et si le droit à l’I.V.G. était reconnu, soutenu et rendu possible partout, 70 millions de femmes sur la Terre ne mourraient pas chaque année sous les sales pattes de maladroites faiseuses d’ange. Le droit à l’I.V.G. reconnait aux femmes la maîtrise de leur corps, de leur vie, de leurs choix. Ne pas leur accorder, c’est les laisser sous le joug de la nature, du patriarcat et d’une citoyenneté de seconde zone. C’est considérer les femmes comme les couveuses des enfants des mâles, comme des coquilles d’œufs qu’on n’hésitera pas à briser, physiquement ou psychiquement, pour favoriser des naissances en nombre. Mais tous ces arguments ne sont que raison démocratique et humaniste, que seuls machistes, réactionnaires et autres profiteurs d’une société strictement hiérarchisée contredisent, sous le prétexte fallacieux de la défense d’un embryon qui n’est pas une personne, mais seulement la potentialité d’une vie, pas toujours humaine.

Si je suis pour le droit à l’I.V.G., c’est parce que je suis catholique. La Bible nous apprend que pour Dieu lui-même, l’homme, la femme, doivent toujours avoir le choix. Dès la Genèse, il nous est donné la possibilité de suivre ou pas un ordre, fût-il divin. Adam et Eve ne sont pas des machines sous commande divine, ils prennent la liberté qu’on leur donne, quitte à en subir les conséquences. Parce qu’ils sont à l’image de Dieu, hommes et femmes sont avant tout libres de leurs choix vis-à-vis de Lui et des autres hommes. Comme il nous est dit que Dieu « forma l’homme de la poussière et souffla dans ses narines un souffle de vie » (Genèse 2, 7), ni l’homme, ni la femme ne peuvent être une simple terre inerte et contrainte qu’on laboure et qu’on sème, avec du sperme, des interdits ou des idées toutes faites. Le Souffle de Vie nous confère liberté.

Avec la liberté imprescriptible de l’homme face à Dieu, la tradition juive sera le dialogue conflictuel, mais ininterrompu, entre l’Eternel et sa créature désobéissante. Puis vint l’Annonciation (Luc 1, 26-38).

L’Ange Gabriel annonce à Marie, une femme élevée dans la tradition juive de la Loi divine qu’on suit ou qu’on enfreint, qu’elle enfantera le Fils de Dieu. Bien que ce soit Gabriel, la « voix puissante » de Dieu qui la lui apporte, cette nouvelle est en elle-même un scandale du point de vue de la Loi. L’Incarnation de Dieu en l’homme, de Jésus en Marie, abolit la séparation entre l’Eternel et Adam et Eve ; elle efface tout contentieux ancien entre Dieu et l’Homme, tout ce qu’on pourrait appeler péché originel. Dieu est en Marie-l’Humanité, et le Fils de l’Homme est Dieu. Ce que propose Gabriel à Marie, ce ne sont plus des interdits ou une Loi à respecter scrupuleusement (ou pas), c’est de faire partie de Dieu lui-même, en l’enfantant. Ce n’est pas recevoir les tables de la Loi comme Moïse, ce n’est pas se voir imposer l’heureux miracle de la naissance d’Isaac, comme Sarah, l’épouse nonagénaire d’Abraham, c’est prendre part à la divinité. Gabriel s’adresse à une femme-image de Dieu, qui va enfanter Dieu. Il ne l’oblige donc à rien. Elle interroge : « Comment se fera-t-il, puisque je ne connais point d’homme ? » Il lui répond : « Rien n’est impossible à Dieu », mais attend son accord avant de partir. C’est la premiere femme qui peut choisir d’être enceinte ou pas : formidable rupture anthropologique. Et c’est le « Oui » de Marie, son choix libre qui permet l’Incarnation. Pas la seule décision divine.

L’histoire conjointe de Dieu et des hommes passe de l’interdit d’Eden à la Loi de Moïse puis à l’Incarnation, acceptée librement par Marie, à qui Dieu lui-même n’impose ni la grossesse, ni la Loi, ni la foi. Cette évolution éclaire une position véritablement catholique, – chrétienne et universaliste – sur le droit à l’I.V.G. Interdire l’IVG n’empêchera pas les avortements clandestins et des milliers de femmes continueront à en mourir. Une loi est nécessaire, en Pologne comme en France et sur toute la Terre pour assurer à toutes les femmes le droit à l’I.V.G. et la maîtrise de leurs corps, de leur vie, de leurs choix intimes. Ainsi, quand surviendra l’annonce d’une naissance, comme Marie le fit en disant oui à Gabriel alors qu’elle pouvait dire non, les femmes pourront s’accomplir, et accomplir la loi des Hommes et de Dieu par leur choix libre.

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Quoi de neuf Dimanche (25 mai 2014, 6ème dimanche de Pâques A)

Ce dimanche, suite à la lapidation d’Etienne, ce qui reste des Sept, le service social de la première Église, s’égaye hors de Jérusalem. Et proclame. Et guérit. Et baptise. Philippe en Samarie (Ac 8, 5-17), ses compagnons ailleurs, ne s’arrêtent pas au soutien social qu’ils pratiquaient auprès des veuves grecques de Jérusalem. Ils annoncent le Christ. Ils prennent toutes leurs responsabilités de baptisés, donc de prophètes, de prêtres et de rois. En Samarie, il y a deux mille ans, comme aujourd’hui en ville ou au village, en l’absence de prêtres, ou en présence de prêtres absents au monde, agir en chrétien, ce n’est pas que porter un secours catholique ou populaire, contre la faim et pour le développement, c’est aussi oser annoncer, bénir et baptiser au nom du Christ. Sinon, qui le fera ?

Simplifiez vous la vie : agissez. Ou bien rendormez vous dans la lente agonie d’une Église qui attend d’avoir des prêtres à l’ancienne pour embrasser la modernité. Vous souffrez que l’Eglise aille mal ? « Il vaudrait mieux souffrir pour avoir fait le bien, si c’était la volonté de Dieu, plutôt que pour avoir fait le mal. » dit Pierre (1 P 3, 15-18). Et « avoir fait le mal », c’est souvent n’avoir rien fait, parfois en en souffrant. Vous êtes souvent très actifs, dans les mouvements sociaux ou éducatifs. Qu’est ce qui vous empêche de vous dépêtrer de la Jérusalem mentale qui vous maintient dans l’inaction spirituelle ? Philippe a évangélisé la Samarie, sans demander son avis à Pierre.

Faire le bien, au sens spirituel du terme, c’est l’autre nom de la bénédiction. Prenez l’initiative de bénir et de célébrer, surtout quand nos clercs peinent à le faire, restés à Jérusalem, comme Pierre et Jean, ne rejoignant Philippe que lorsque sa mission est accomplie. Bénissez les nouvelles unions des divorcés-remariés, les engagements des homosexuels dans la stabilité du mariage, le recours des couples à la contraception pour une sexualité et une parentalité responsables, le droit à l’I.V.G. pour garantir la liberté des femmes. N’ayez pas peur : le Christ lui-même vous a donné un « Défenseur qui sera pour toujours avec vous : c’est l’Esprit de vérité » (Jn 14,15-21). Être vrai avec soi-même, avec les autres et avec sa foi, ce n’est pas se retrouver coincé derrière dogmes et interdits, c’est simplement suivre les deux commandements du Christ : « Tu aimeras le Seigneur, ton Dieu, de tout ton coeur, de toute ton âme, et de toute ta pensée. C’est le premier et le plus grand commandement. Et voici le second, qui lui est semblable: Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent toute la loi et les prophètes. » (Matthieu 22, 37-40) On ne peut pas rester écartelé entre l’Esprit de vérité qui résonne en nous et une morale surplombante qu’on voudrait plaquer sur nos vies et nos actes. Écouter, bénir et vivre dans l’Espérance, c’est vivre son baptême, même si ça ne plaît pas à tout le monde, car « Celui qui a reçu mes commandements et y reste fidèle, c’est celui-là qui m’aime ».

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Apocalypse catho

Empêtrée dans la Manif pour Tous, l’Eglise catholique a perdu le sens de l’accueil.

Le 15 août, chez les catholiques, on fête Marie en lisant le Livre de l’Apocalypse. Marie, emportée aux cieux près du Christ, est le symbole de l’Eglise. Mais l’Eglise va mal, très mal, malgré son nouveau Pape et la courte et récente embellie des JMJ de Rio.

On pourrait seulement déplorer la continuelle chute de la pratique dominicale, le manque de prêtres, les scandales sexuels, pédophiles, financiers, le dialogue interreligieux rompu ou ralenti pendant la glaciation ultra-conservatrice des années Ratzinger, en se disant qu’après la pluie vient le beau temps et qu’à nouveau Pape, nouvelle politique, plus ouverte, plus séduisante et apte à relancer le catholicisme. Mais le mal est plus profond. Si les femmes et la gauche progressiste ont quitté l’Eglise depuis 1968 et l’encyclique Humanae Vitae, interdisant contraception et IVG, les non-pratiquants étaient jusqu’alors restés catholiques : ils revenaient à Noël, aux Rameaux et à Pâques, fêtaient communions, professions de foi et mariages. Même si, en 2009, la mise au jour des scandales pédophiles, l’excommunication d’une mère pour l’IVG de sa fille de 9 ans violée par son beau-père, et la déclaration de Benoît XVI sur le préservatif ont commencé à désolidariser franchement l’Eglise de la société européenne, la France, elle, plus laïque, semblait un peu indifférente à ces événements étrangers à son territoire. Hélas, l’année dernière, au 15 août, le président de la Conférence Épiscopale Française, Monseigneur André Vingt-Trois, Archevêque de Paris, plutôt que de rester prêtre et pasteur, modeste guide et frère des simples laïcs croyants, a fait un choix politique. Un mauvais choix. Un choix contre l’évolution démocratique de notre société, aspirant à plus d’égalité, de solidarité, de tolérance, de paix et d’accueil de tous.

En se prononçant contre la loi Mariage pour Tous, André Vingt-Trois a cru seulement réaffirmer bravement les « valeurs » de l’Eglise, sa morale sexuelle et matrimoniale, se disant qu’il conforterait ainsi les idées simples et traditionnelles d’un vieux peuple de croyants qui allaient, autour de lui, resserrer les rangs d’une pratique réduite mais solide, et tant pis si l’infime minorité des homosexuels y trouvait quelque chose à redire. Ca, André, c’est une manoeuvre populiste, avec désignation d’un bouc émissaire. Tu connais la pratique hébraïque ancestrale du bouc émissaire (Lévitique 16, 21-22). Cette pauvre bête, considérée impure, qu’on charge symboliquement de tous les péchés du monde, puis qu’on chasse dans le désert. Tu croyais quoi ? Qu’il te suffisait, pour revigorer l’Eglise, de survoler le théâtre politique des opérations, d’enclencher la chevauchée des vagues surplis et de balancer la purée conservatrice calibre standard, sans égard pour les victimes civiles et collatérales ? André, te rends tu compte ? Ce que tu as provoqué, c’est Apocalypse Catho. Avec ton blanc-seing, tout ce que les sous-sols poussiéreux des salles paroissiales comptent de conservatismes obtus, de ressentiments politiques et de frustrations sociales, tout ce remugle s’est déversé dans les rangs de la Manif pour Tous, bientôt rejoint dans ce charivari homophobe par les soutiers de l’extrême-droite et tous les partisans des pédés au bûcher et des femmes au foyer. Depuis, ce prurit politique dégénère en cancer sociétal : la droite dure y voit un horizon électoral et les traditionalistes catholiques embarqués rêvent de restauration morale. À la messe, il ne fait plus bon être libéral, moderne ou pire homosexuel : une homélie bien raide vous fera sentir le poids de vos égarements sexuels et sociaux. Mais c’est en dehors des paroisses qu’André Vingt-Trois a fait le plus de dégâts.

Deux Français sur trois se disent catholiques, tout en vivant spirituellement à la périphérie de l’Eglise. Ils ne sont pas tous très modernes, mais s’ils ne mettent que rarement les pieds à la messe, c’est aussi parce qu’ils sont plus progressistes que ce qu’on y entend trop souvent. Ils sont le peuple, et le Peuple de Dieu. Ils savent que l’important est social, que le chômage les touche, eux et leur famille, et que le Mariage pour Tous ne devait être qu’une formalité politique, une mesure d’égalité et de modernisation de la société. En stigmatisant les homosexuels, c’est leur frère gay, leur tante lesbienne qu’on a visés, ainsi tous leurs cousins trav, bi ou trans, restés plus ou moins discrets dans l’arrière-cour de la famille ; c’est tous les Français qu’on a choqués.

La seule chose que ces catholiques culturels reconnaissaient à l’Eglise, c’était son sens de l’accueil de tous, quelles que soient les situations et les circonstances. Tout au fond de leur mansuétude pour une Église imparfaite, il y avait toujours un Quasimodo paniqué, qui pouvait hurler « Asile ! » pour réfugier son coeur et son âme sous les jupons de Notre-Dame. Mais André Vingt-Trois nous a joué un Frollo éconduit par la modernité, il a choisi la rupture, le clivage, la trahison et le côté obscur de la crosse. Il a lâché l’énorme dragon avec sept têtes et dix cornes dont parle l’Apocalypse, prêt à engloutir le catholicisme français dans ses gueules droitiste, frontiste, maurassienne, homophobe, sexiste, intégriste et fascisante. C’est la confiance du peuple pour l’Eglise qui s’est anéantie. Confiance, cum fides, la foi qu’on a ensemble et l’un pour l’autre, le Peuple de Dieu ne l’a plus en l’Eglise de France. La foi du peuple ne passera plus par l’institution ecclésiale, même si celle en Jésus-Christ restera vivante, car lui est un modèle de paix, d’accueil, de pardon, d’égalité, de partage, de solidarité et de compassion.

Bien sûr, depuis juillet, l’Eglise de France a changé de chef, pour se choisir un leader plus affable et tourné vers les pauvres. Mais on peut prédire à Georges Pontier, comme à son supérieur Francois au Vatican, le même destin que Gorbatchev : commencer conservateur bonhomme et social, promouvoir la transparence (glasnost), ne pouvoir empêcher l’écroulement de l’institution, puis finir déprimé dans une pub Vuitton.

Que vont faire maintenant les catholiques sans l’institution dévalorisée et mourante qui les organisait jusqu’alors ? Les pratiquants et militants qui ne sont pas tombés dans les rets de l’intégrisme, mais au contraire croient que le message du Christ reste une espérance actuelle, concrète et sociale, vont continuer à animer l’Eglise de l’action, que constituent les ONG catholiques ouvertes comme le Secours Catholique, le CCFD ou les Scouts et Guides de France. Mais où devront s’adresser les catholiques culturels, les simples croyants des grandes fêtes, des baptêmes et du catéchisme, tous les intermittents du miracle, qui trouvent désormais l’Eglise Catholique par trop infréquentable ? C’est à cette question que devront répondre les nouvelles organisations catholiques telles que la Conférence des Baptisés. Elles devront discerner les structures ecclésiales locales encore acceptables, et signaler les réduits traditionalistes impraticables. Ces nouvelles associations auront à organiser avant tout l’accueil de tous, cet accueil que l’Eglise d’André Vingt-Trois a abandonné pour la morale et le conservatisme. Accueillir toutes les demandes spirituelles ne se fera plus forcément à l’église, mais peut-être au café d’en face, par des laïcs organisés en réseau, et utilisant toute la richesse des relations sociales dopées par internet. Ce faisant, ils mettront en place une structure non hiérarchique, de pair à pair, de frère à frère et à sœur, dont chaque membre devra prendre les responsabilités confiées lors de son baptême, de prêtre, prophète et roi, prêchant et annonçant l’Evangile.

L’apocalypse catho n’aboutira donc pas à une catastrophe, mais à un accomplissement. Comme Jean, qui conçut son Apocalypse en se moquant des récits de fin du monde qui fleurissaient à son époque, les catholiques, sans crainte des fulminations de tristes hiérarques déclassés, pourront continuer à écrire leur histoire spirituelle, une histoire où leur foi échappe au dragon de l’intégrisme pour rester auprès de Dieu et des hommes.

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