Quoi de neuf Dimanche ? (17 juin 2018, 11ème dimanche B)

Ce dimanche, L’Eternel bouture Israël (Ez 17, 22-24), Paul se réconcilie presque avec son corps (2 Co 5, 6-10) et Jésus nous donne des leçons de jardinage (Mc 4, 26-34). Ou plutôt d’aviculture

L’Eternel prélève une jeune tige en haut du vieux cèdre du passé et la plante au sommet d’une « montagne très élevée ». Ainsi ce petit rameau domine tout, et sert d’abri aux oiseaux. Et toutes les vieilles branches cultivées, le cèdre dont on fait les palais des rois comme les temples des prêtres, doivent admettre que la jeunesse les surpasse, qu’on le veuille ou non. Elle est du même bois, mais elle est encore verte, profite de la lumière, et pousse dans d’autres directions.

Paul semble penser que son corps l’éloigne du Seigneur. C’est son avis. Pourtant, c’est le corps du Christ, incarné dans la Palestine quotidienne, pendant une trentaine d’années, qui a rapproché Dieu de nos chairs, de nos os, de nos « vêtements de peau » que donne l’Eternel à Adam et Ève pour vivre sur la Terre toute entière. Heureusement, Paul, pour une fois, a l’humilité du doute : « nous cheminons dans la foi, non dans la claire vision ». C’est bien ce que nous pensions à propos de tes Épîtres, mon frère. « Mais de toute manière », comme dit Paul, l’important pour chacun est « ce qu’il a fait, soit en bien soit en mal, pendant qu’il était dans son corps ». Soyons donc dans nos corps, dans nos tripes et pas ailleurs, vivons de chair et de sang, pas d’éther et de désincarnation platonicienne. Nous pourrons ainsi mieux vivre et penser la vie, son début, sa durée et sa fin. L’Eglise en a fort besoin. Elle aurait comme une tendance à se fâcher avec le corps, avec le sexe, avec la mort, avec la vie humaine dans le corps, quitte à voir de la vie dans des corps sans vie humaine, qu’ils n’en aient plus ou pas encore.

Le Christ nous affranchit des complications pauliniennes. Comme la tige de cèdre d’Ezéchiel, comme notre corps qui vit, le règne de Dieu pousse et progresse, quoi qu’on fasse : « nuit et jour, qu’il dorme ou qu’il se lève, la semence germe et grandit, il ne sait comment ». Belle et réelle définition de la volonté de puissance, de Nietzsche. Qui a copié sur l’autre ? Mais Jésus va plus loin que Friedrich. Il nous sème sous le nez une graine de moutarde pour faire éternuer nos illusions et nos certitudes. Non, la graine de moutarde n’est pas la plus petite semence. C’est juste une expression hébraïque, une façon de parler, comme on dirait : une chiure de mouche. Non, la moutarde n’est pas un arbre. Son ombrelle culmine à un mètre. Si les oiseaux du ciel viennent « faire leur nid à son ombre », c’est que les œufs du Ciel sont au niveau du sol, c’est que le divin est incarné dans l’immanence la plus terre-à-terre, dans l’Adam (« le terreux »), dans le corps le plus humain, les pieds pataugeant dans la boue du monde. Le règne de Dieu, c’est ici-bas.

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Quoi de neuf Dimanche (3 juin 2018, Fête du Corps et du Sang du Christ B)

Dimanche, pour la Fête du Corps et du Sang du Christ, Moïse nous asperge de sang de taureau (Ex 24, 3-8), et Paul nous éclabousse du sang du Christ (He 9, 11-15). Heureusement, le Christ nous donne à manger et à boire (Mc 14,12-16.22-26). Cela doit rester une fête, on ne joue pas Massacre à la chrétienneuse.

Non content d’avoir rapporté au Peuple les Dix Commandements, Moïse organise un beau rituel : un autel, des taureaux sacrifiés et douze coupes de sang frais. La moitié du sang est répandue sur l’autel, l’autre moitié, les douze coupes des douze tribus, asperge le Peuple. Mais à quoi sert ce sang, ce « sang de l’Alliance », alors que les Commandements doivent déjà circuler dans les veines des Élus ? Peut-être que le Peuple, autant aspergé de sang que l’autel, devient aussi autel, lieu saint lui-même, temple sacré, mobile, insaisissable et libre …

Paul nous dispense enfin des sacrifices sanglants d’animaux de boucherie, le sang du Christ nous purifiant définitivement. Mais son propos, très calqué sur la tradition du Temple, laisse entrevoir à tous les doloristes, à tous les masochistes de la foi, à tous les sadiques du goupillon, un vaste et rouge épanchement du Christ, comme s’il fallait saigner cette divine bête pour la rendre casher. Erreur, le Christ est déjà casher, avec son sang, symbole de vie qui circule. Certes, fustigé, crucifié, il en perd, du sang. Mais il en garde aussi, puisqu’il ressuscite. Alors, attention à cette vision bouchère de la foi qui transformerait le Christ en carcasse rituelle.

L’Evangile de Marc nous permet d’arrêter de nous faire du mauvais sang en nous racontant la Cène. L’organisation du repas pascal est parfaitement maîtrisé par le Christ, et les disciples s’y conforment avec succès. Mais mesurons-nous vraiment ce qu’ils accomplissent ici ? Ils sont d’abord conduits par le porteur d’une cruche d’eau : serait-ce le baptême qui les guide ? Arrivés à la chambre haute, ils expliquent à l’Eternel, pardon, au propriétaire, que le Christ les envoie, et qu’ils vont s’occuper de tout. Le Seigneur leur laisse les clés de la taule, en toute confiance. C’est aussi ça, la fête.

Le Christ nous glisse que nous devrions peut-être dire la messe autrement. Pour le pain, Jésus le distribue d’abord ; il le consacre ensuite. C’est dans les mains des Apôtres, des baptisés, qu’il devient Corps du Christ, qu’il S’incarne. Pour le vin, ce qu’accomplit Jésus est encore plus radical, et notre pauvre liturgie, hiérarchique et cléricale, ne s’en l’éloigne que trop. Le vin ne devient Sang du Christ, fluide de Vie, que lorsqu’il est bu. Pas avant. Seulement quand il circule déjà dans les veines de ceux qui croient. Vous y penserez, dimanche, quand pain et vin seront consacrés, devant vous mais sans vous, sans que vous ayez la main sous le pain pour soutenir le Corps du Christ dans le monde, sans que vous puissiez boire le vin afin que votre sang devienne sang et vie du Christ. Mais faites la fête quand même : vous êtes autel divin depuis Moïse et il y a longtemps que l’Eternel vous a confié la chambre haute et les clés du Royaume. Servez-vous en.

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Quoi de neuf Dimanche (27 mai 2018, La Sainte Trinité B)

Ce dimanche, simplifions-nous la vie. C’est la « Fête de la Sainte Trinité », une sorte de motion de synthèse de la foi chrétienne totalement imperméable à l’entendement logique : un Dieu unique en trois personnes : le Père, le Fils et le Saint-Esprit, égaux, de même essence, mais distincts. Incompréhensible. Donc laissons causer Moïse (Dt 4,32-34.39-40), Paul (Rm 8, 14-17) et le Christ (Mt 28,16-20), qui ne parlent pas de Trinité, qui ne synthétisent pas la foi, mais essayent de la vivre et d’en témoigner.

Moïse demande au peuple : « Interroge donc les temps anciens », « est-il arrivé quelque chose d’aussi grand ? ». Attends, Moïse, de quoi parles-tu ? D’une bande d’esclaves en fuite, paumés dans le désert, avec à leur tête, un pauvre gourou comme toi, qui leur assène les commandements d’un « Seigneur qui est Dieu, là-haut dans le ciel comme ici-bas sur la terre ». D’accord, c’est original, mais guère confortable. Ta religion, honnêtement, par rapport aux tranquilles standards antiques de la bondieuserie, c’est limite du foutage de gueule. Tout semble fait pour ne pas y croire, tellement c’est pauvre et mal fichu. Mais le dieu unique y a des attentions toutes paternelles pour son fils-peuple et l’inspire dans sa marche vers la Terre Promise. C’est déjà ça.

Paul, après la mort et la résurrection du Christ, nous déclarent tous, individuellement, fils de Dieu, donc « héritiers de Dieu, héritiers avec le Christ », son fils et notre frère, et en même temps notre dieu. Vous suivez toujours ? En ressuscitant comme Frère Christ, nous accédons, par l’Esprit-Saint, à la divinité. Cela devrait nous donner le sens des humbles responsabilités, ou de l’humilité responsable. Enfin, peut-être.

Le Christ explique à ses disciples comment distribuer cette divinité désormais accessible à tous : « baptisez-les au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit ». Simple. La Trinité, Père, Fils, Esprit, c’est le baptême, c’est plonger dans la vie, comme dans la mort qui en fait partie, pour se relever, ressusciter comme le Christ, comme Dieu lui-même. C’est s’incarner et vivre sans peur de la mort, dans un monde qui croit en vous. Plutôt trois fois qu’une.

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Quoi de neuf Dimanche (20 mai 2018, Pentecôte B)

Pentecôte, c’est aujourd’hui dimanche, et tous les jours suivants si vous le voulez. Pour vous y aider, les Apôtres ont la notice dans toutes les langues (Ac 2, 1-11), Paul (Ga 5, 16-25) nous explique comment échapper à la Loi, chic alors, et Jésus nous révèle qui est l’Esprit.

La Pentecôte n’est pas, avant tout, le miracle de parler dans toutes les langues, et certains exaltés, qui prient en borborygmes plus ou moins scandés en s’enivrant du mot de glossolalie, devraient se rappeler qu’Albert Cohen, dans Belle du Seigneur, à propos d’interprètes de la Société des Nations, écrivait qu’elles étaient idiotes en plusieurs langues. Le vrai miracle de la Pentecôte, c’est « parler des merveilles de Dieu » et se faire comprendre de tous. Mais comment ? C’est assez simple, mais il ne faut pas de tromper de solution. Avec son « bruit venu du ciel comme un violent coup de vent » et ses langues de feu, on se croirait avec Moïse en haut du Sinaï. Mais on n’a plus besoin de la Loi, durement gravée sur la pierre pour surveiller et punir les hommes. Avis aux amateurs de règlements, d’interdits et de catéchismes, l’humanité est libérée, c’est l’Esprit-Saint qui guide vers le Christ et son enseignement. Avec l’Esprit, nous sommes la Loi.

Puisque nous sommes, en Pentecôte, les voix de l’Esprit et les voies du Seigneur, comment comprendre les éructations pauliniennes contre la chair ? En fait, la chair molle de Paul, c’est l’ »ubris », la démesure de nos ancêtres les Grecs. Il nous ferait donc ici un commentaire bien païen. Mais Paul n’est pas qu’un vieux con moralisateur, écrivant maladroitement ses épîtres furibardes avec un morceau mal taillé de la Vraie Croix. Non, il a parfois quelques fulgurances. Ainsi, quand il déclare : « si vous vous laissez conduire par l’Esprit, vous n’êtes pas soumis à la Loi ». Et encore plus fort : « Ceux qui sont au Christ Jésus ont crucifié en eux la chair ». Cela ne veut surtout pas dire qu’ils se mortifient à jamais, qu’ils se fouettent jusqu’au sang, qu’ils se fustigent 24/7. Les porteurs de cilice, les coincés du cul et du culte, les anorexiques de l’ascétisme et du Carême strict, et tous les peine-à-jouir du christianisme à travers les siècles se sont trompés de religion. Ne l’oublions pas, si la chair est crucifiée, elle ressuscite le troisième jour. Mais si elle reste au frigo de notre culpabilité, au séchoir de nos complexes, à la cave de notre morale, cette chair ne serait plus qu’une daube inconsommable. Foutue, pourrie, moisie, la bonne chair qui dore au feu de l’Esprit, « d’une agréable odeur à l’Eternel. »

Écoutons bien le Christ. Lui au moins fait confiance aux hommes, comme aucun grand ou petit chef politique, économique ou religieux ne l’a jamais fait : « L’Esprit de vérité rendra témoignage en ma faveur. Et vous aussi, vous allez rendre témoignage ». Bon sang, nous aussi ! Nous sommes l’Esprit !

Résumons-nous : nous sommes la chair, nous sommes la Loi, nous sommes l’Esprit. Bon, évidemment, va falloir assumer … Mais ne sommes-nous pas pour la séparation de l’Eglise et de l’étroit ?

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Quoi de neuf Dimanche (13 mai 2018, 7ème dimanche de Pâques B)

Ce dimanche, on remplace Judas par Matthias (Ac 1, 15-17.20a.20c-26), nous proclamons Jésus Fils de Dieu (1 Jn 4, 11-16), et le Christ nous envoie dans le monde (Jn 17,11-19).

Judas n’est pas qu’un traitre. « Frères, il fallait que l’Écriture s’accomplisse. » Judas fait partie du plan, Judas, c’est nous. On comprend cela d’autant mieux quand on considère son remplaçant, Matthias. Le sort le distingue justement parce qu’il est neutre et anonyme. Il n’a pas changé de surnom, donc de réputation, comme Joseph, l’autre candidat. Il est un Monsieur-tout-le-monde parmi les chrétiens. Judas, c’est différent. Il a des principes. Il se scandalise que Marie-Madeleine répande sur les cheveux du Christ un parfum cher dont le prix eût pu servir à aider les pauvres. Et s’il livre le Christ pour trente deniers, une somme ridicule pour celui qui tenait la caisse des Apôtres, ce n’est pas pour l’argent, c’est en raison de ses convictions, profondes et traditionalistes. Pour lui, Jésus va trop loin, et bouscule beaucoup trop le Temple et la société. Dieu n’est plus Dieu, mais Mon Père, on méprise le pouvoir et l’argent en rendant sa pièce à César, on fouette les marchands, et il n’y a plus de serviteurs, mais des amis. C’en était trop. Heureusement, Judas, Constantin, et de nombreux chefs et sous-chefs de la Chrétienté sauront, ah mais, remettre l’église au milieu du village.

Ce que Judas déteste dans le Christ et certains de ses disciples, c’est la désinvolture spirituelle, le manque de respect religieux. « Dieu, personne ne l’a jamais vu », écrit Paul. Limite athée, ce mec. Et il poursuit : « Mais si nous nous aimons les uns les autres, Dieu demeure en nous, et, en nous, son amour atteint la perfection ». Ah bah voilà ! Un peu d’amour, et on se passe de Dieu et du Temple. Et on se contente de Jésus, Fils de Dieu : « Celui qui proclame que Jésus est le Fils de Dieu, Dieu demeure en lui, et lui en Dieu ». Mais c’est tout un monde de sacralité, de révérence, de cérémonies, d’agenouillements, de dévotions et de devoirs qui est remis en cause !

« Moi, je leur ai donné ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi je n’appartiens pas au monde. » Les amis du Christ n’appartiennent pas au monde religieux traditionnel. Mais ils sont bien dans le monde de Monsieur-tout-le-monde, comme Matthias. « Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais ». Oui au dialogue religieux et spirituel, même avec ceux qui s’enferment dans leurs temples, séparent les gens, les sexes, ou les discriminent. Non à tout ce qui favorise la multiplication des replis religieux. Si nous sommes « envoyés dans le monde », c’est pour éviter, comme pour l’amour, qu’il rétrécisse.

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Quoi de neuf à l’Ascension ? (10 mai 2018, année B)

En cette fête de l’Ascension, prenons les textes en ordre inverse. Avantage : cela nous fera retomber sur terre pour mieux nous élever.

Commençons par nous faire la peau de l’Evangile (Mc 16,15-20), rédigée à la hache, comme la quatrième de couverture d’un roman de gare. Ce ne serait pas un écrit original, mais un ajout synthétique du IIème siècle, qui reprend miracles et Ascension racontés dans les Actes des Apôtres, notre premier texte de ce jour. Les « signes » qui « accompagnent » les croyants ne sont pas faciles à discerner. Vous parlez « en langues nouvelles » ? Oui, j’essaye d’éviter le latin et le français d’église, pleins de mots compliqués et chichiteux. Vous prenez des « serpents dans vos mains » ? Oui, je prends l’Eglise telle qu’elle est, sans qu’elle m’enserre le cou. Même pas mal quand vous buvez un poison mortel ? Oui, je ne prends pas au premier degré le magistère moral. Vous imposez les mains aux malades, qui s’en trouvent bien ? Oui, j’essaye de botter le cul des fesse-Matthieu, du genre de ceux qui font mine de penser, ou qui pensent vraiment, sans réfléchir à l’absurdité du propos, le nez sur le guidon du fondamentalisme, que « celui qui refusera de croire sera condamné »

Paul (Ep 4, 1-16) nous montre une Ascension qui va déménager vos dernières certitudes sur la verticalité imposante d’un dieu tout-puissant assisté d’une armée d’anges et d’archanges chargés de veiller, voire de surveiller les hommes. Libérez vous la tête, vous qui croyez encore aux anges-gardiens. Ici, Paul cite le Psaume 68, verset 19, qui concernait Moise au Sinaï, et qui est appliqué au Christ. En voici le début : « Tu es monté dans les hauteurs, tu as emmené des captifs ». Les captifs, ce sont les anges et les sous-anges, les clercs et les pas-clairs qui comptabilisent les fautes, les péchés, qui établissent notre acte d’accusation. Non, comme Paul le souligne en Colossiens 2,14-15, Jésus « a effacé l’acte dont les ordonnances nous condamnaient et qui subsistait contre nous, et il l’a détruit en le clouant à la croix, il a dépouillé les dominations et les autorités, et les a livrées publiquement en spectacle, en triomphant d’elles par la croix. » Et la fin du verset 19 du Psaume 68 le confirme : « Tu as pris en don des hommes; Les rebelles habiteront aussi près de l’Eternel Dieu. » « Rebelles ». Camarade croyant, l’Ascension, c’est la Révolution.

« Cher Théophile » rebelle, lisons enfin le premier texte de ce jour (Ac 1, 1-11). L’Ascension a tordu le cou des Apotres, mais c’était un événement ponctuel. Et les « deux hommes en vêtements blancs », comme les deux visiteurs d’Abraham, nous lancent sur de nouveaux chemins et nous révèlent le sens de l’Ascension, le sens de la montée. Alors que le croyant moyen attend encore, le nez au vent, que Jésus redescende de son Ciel, nos deux blancs compères nous glissent en passant qu’il « viendra de la même manière que vous l’avez vu s’en aller vers le ciel ». Il viendra donc d’ici-bas, parmi nous, et « au cours d’un repas qu’il prendra avec nous ».

L’Ascension, c’est d’abord des hommes et des femmes sur Terre qui s’attablent.

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Quoi de neuf Dimanche (6 mai 2018, 6ème dimanche de Pâques B)

Ce dimanche, Pierre s’ouvre aux païens (Ac 10, 25-26.34-35.44-48), Jean nous balance sans ménagement le spoiler ultime de la série-culte « Le Père, le Fils et le Saint-Esprit » (1 Jn 4, 7-10), et le Christ conclut en nous expliquant l’amitié (Jn 15,9-17). Beau programme.

Au chapitre 10 des Actes des Apôtres, Pierre découvre des tas de choses importantes pour l’avenir de l’Eglise de son temps, mais aussi pour l’Eglise d’aujourd’hui. Quel dommage d’avoir évacué des lectures du jour le verset 28 : « Dieu m’a appris à ne regarder aucun homme comme souillé et impur ». Les homosexuel-les et autres divorcés-remariés apprécieront ces paroles qui concluraient bien tous les synodes sur la famille. Comme le dit Pierre, au verset 47 : « Quelqu’un peut-il refuser l’eau du baptême à ces gens qui ont reçu l’Esprit Saint tout comme nous ? » Ben non. Sauf que certains persistent à exclure des sacrements ceux qu’ils n’estiment pas être dans la norme. Tous ces flics de la foi ont-ils bien catholiques ? Car, ce que découvre Pierre, c’est l’universalisme du Christ et de son message. Et en grec, en langue païenne, universel se dit « katolikos », catholique, quoi. Il doit y avoir un problème quelque part. En effet, si l’on suit bien le cheminement de Pierre visitant Corneille le centurion romain, toute règle rigide, toute exclusion religieuse frise l’hérésie. Seul l’Esprit doit guider le chrétien dans son accueil des autres.

Foin des lois, règlements, régimes douaniers, et décrets d’application, Jean nous donne la solution, la dernière case du jeu de foi : « Dieu est Amour ». Certes. Mais il ne faudrait que cette formule définitive nous empêche de faire notre propre chemin vers le Christ. On a pu entendre, dans certaines communautés exaltées et peu portées sur la discussion, l’échange et le commentaire, ce mantra, ce chapelet, ce vinyle rayé : Dieu est Tamour, Dieu est Tamour, Dieu est Tamour. Oh, Tamour, le dieu, a-t-on envie de répondre, exaspéré par ce message en boucle dégoulinant de miellosité. En perroquettant l’équation de Jean, on en cache le sens simple et profond : l’amour EST Celui qui est et qui sera. Voici l’essence et la forme de Dieu, telles que Michel-Ange n’a pas su les peindre au plafond de la Chapelle Sixtine. Plus la peine de vous demander si vous croyez en Dieu ou en l’Amour. Dites vous seulement que l’amour croît en vous.

L’amour du Christ est amitié ultime. Elle n’est pas connivence, copinage, attirance mutuelle, propos de vestiaire et décrêpage de chignons. L’amitié selon le Christ n’est pas gratuite, elle exige des preuves : « Vous êtes mes amis si vous faites ce que je vous commande ». Ce commandement entraîne les plus grands dons et contre-dons qui soient : « Aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés. Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ». Avis aux suicidaires, dépressifs héroïques, mères courage, ceinturés d’explosifs, curés de Bernanos, croisés et autres djihadistes, il ne s’agit pas de sacrifier sa vie terrestre, mais bien de partager sa vie éternelle, celle que nous a donnée le Christ au matin de Pâques. L’amitié du Christ, c’est faire don permanent de sa résurrection, cette joie qu’on peut distribuer sans compter.

Cette amitié de la résurrection a des conséquences hiérarchiques et sociétales immédiates : « Je ne vous appelle plus serviteurs, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître ; je vous appelle mes amis, car tout ce que j’ai entendu de mon Père, je vous l’ai fait connaître ». En l’Eglise amicale du Christ, il n’y a plus de serviteurs, de ministres, ni de ministères. Que des amis. « Le serviteur ne sait pas ce que fait son maître » : il pourrait en dire n’importe quoi. Les amis du Christ ont le message en direct et n’envoient personne pour le dire : seul compte l’amour partagé

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