Quoi de neuf Dimanche ? (20 août 2017, 20ème dimanche A)

Ce dimanche, Le Seigneur ouvre sa maison à tous les peuples (Is 56, 1.6-7), Paul rêve toujours de convertir ses frères juifs (Rm 11, 13-15.29-32) mais le Christ paraît parcimonieux de ses miracles et semble en crise de repli identitaire (Mt 15, 21-28). Que se passe t-il ?

Isaïe est clair : pas besoin de venir d’Israel, de présenter ses quartiers de noblesse depuis Jacob ou Abraham pour être accueilli par le Seigneur. Il suffit d’observer le sabbat. On se demande pourquoi certains imposent encore aux convertis une attente de plusieurs générations assortie de mutilation sexuelle.

Paul rêve de devenir apôtre des Juifs comme il est devenu apôtre des païens. Ce faisant, il énonce une grande vérité : l’homme n’écoute pas, il n’est pas fait pour écouter Dieu, il est fait pour que Dieu l’écoute. « Dieu, en effet, a enfermé tous les hommes dans la désobéissance pour faire miséricorde à tous les hommes. »

Quant à Jésus, son attitude semble bizarre. Mais ne serait-il pas en train de tester ses disciples ? Une païenne lui demande un miracle pour sa fille. Il ne réagit pas. Les disciples, agacés, l’enjoignent d’accepter pour se débarrasser de l’importune. Réponse excluante du Christ : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues d’Israël ». Mais ne répond- il pas ici d’abord à ses disciples, qui ne sont plus des brebis perdues mais trouvées ? Il n’empêche que la Cananéenne n’a toujours pas satisfaction. Jésus ne semble pas enclin à accorder quoi que ce soit : « Il n’est pas bien de prendre le pain des enfants pour le donner aux petits chiens. » Mais la solliciteuse insiste : « C’est vrai, Seigneur, mais justement, les petits chiens mangent les miettes qui tombent de la table de leurs maîtres ». Et c’est alors que le Christ l’exauce. Mais notons qu’elle a comparé le miracle accordé à sa fille à une miette tombée d’une table !

Les miracles de guérison du Christ ne sont que des miettes de pain. Les pains (et les poissons) ont déjà été distribués au Peuple, au chapitre précédent de l’Evangile. Mais les disciples semblent avoir oublié leurs obligations : ils n’ont aucun échange avec la Cananéenne, ne lui donnent rien, se contentant de demander à Jésus qu’il les en débarrasse. Que voilà de sympathiques croyants, prompts à cultiver un entre-soi confortable, et à se décharger sur le divin de leur devoir d’humanité. Ils ont reçu le pain, mais n’en laissent que des miettes aux autres, aux étrangers, aux différents d’eux. Ils ne savent plus le multiplier et le distribuer. Ils iront peut-être même jusqu’à se plaindre d’être seuls dans un monde hostile, déchristianisé, sécularisé, matérialiste, relativiste, qui les rejette. Comment dire ? « Qu’as tu fait de ton frère ? »

Alors, Jésus sauve ceux qui trouvent la foi sur les quelques miettes de Parole qui traînent, bien que les disciples pourraient eux-mêmes sauver le monde entier. Mais il faudrait qu’ils y croient.

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Quoi de neuf Dimanche (13 août 2017, 19ème dimanche A)

Ce dimanche, l’Eternel est dans la brise légère (1R 19, 9-13), Paul regrette que nos frères juifs n’aient pas reconnu le Christ (Rm 9, 1-5), et Jésus marche sur l’eau (Mt 14,22-33). Quel rapport ? Peut-être celui qu’on a avec Dieu.

Plutôt que de laisser à un assistant quelconque le soin de disperser la multitude nourrie de cinq pains et de deux poissons, Jésus se charge lui-même de « renvoyer la foule ». On pourrait s’attendre à ce que tous ces gens restent et s’accaparent ce prodigieux faiseur de miracles, mais il n’en est rien : ils partent et le Christ peut prier seul sur la montagne. Ce que l’Evangile ne nous dit pas et qu’il nous incite à chercher, c’est ce qu’a dit Jésus à tous et à chacun pour les envoyer continuer à vivre dans le monde, l’immanent, le concret, le quotidien.

Quant aux disciples, quelques centaines de personnes, pas seulement les Douze, le Christ les « oblige à monter dans la barque et à le précéder sur l’autre rive », celle où l’on ressuscite après avoir navigué sur les eaux noires de la mort. Qu’elle accueille douze ou cent personnes, que voilà une belle barcasse, largement plus spacieuse que tous les rafiots avec lesquels Pierre et ses confrères pêchaient sur le lac. À moins d’imaginer un plan plage à l’italienne, à douze dans une Fiat 500, cette barque est une vraie nef, et une nef, ne serait-ce pas une église ? Une église sans chapelles, ce qui n’est pas négligeable. Mais obnubilée par son objectif, « l’autre rive », cette Eglise est « battue par les vagues », les anciennes comme les nouvelles. Piètres navigateurs et piètres croyants que ces disciples, qui n’imaginent même pas que le « vent contraire » vient de Dieu, et que bien prises, les vagues servent à surfer, à augmenter sa vitesse et même à être en avance sur son vent. On apprend ça aux gamins dans tous les clubs de voile. Évidemment, il faut avoir la sagesse de ne pas vouloir imposer son allure et son cap à l’univers entier.

« Vers la fin de la nuit », quand les premières lueurs de la Parole apparurent, « Jésus vint vers eux en marchant sur la mer ». « Les disciples furent bouleversés », « et la peur leur fit pousser des cris ». À croire que sûrs de leurs convictions, ils préféraient prendre les vagues frontalement, obstinément, et sans que Dieu s’en mêle. Et Pierre ! Alors que Jésus leur dit « Confiance ! c’est moi ; n’ayez pas peur ! », Pierre le met au défi : « Seigneur, si c’est bien toi » et lui demande un ordre : « ordonne-moi ». Mais que le vent de Dieu souffle et Pierre coule en criant : « Seigneur, sauve-moi ! ». Jésus le sauve, puis est enfin accueilli, accepté dans la nef. Est-ce bien vrai dans toutes les églises ? Le vent se calme, puisque le vent calme est Jésus présent. Le Seigneur est dans la brise légère, nous dit Isaïe.

Les disciples se prosternent devant celui qui marche sur les eaux plutôt que d’essayer eux-mêmes de le faire. Sont-ils si différents des frères juifs de Paul qui préfèrent sauvegarder leurs traditions plutôt que d’adopter la nouveauté du Christ ? Ces Chrétiens reconnaissent Jésus Fils de Dieu mais ontt encore peur du vent du monde.

Pendant ce temps, la foule renvoyée par le Christ, le Peuple nourri de la Parole de pain et de poisson, continue son chemin, sur terre ou sur mer, prêtant l’oreille à la brise légère, ou plutôt, meilleure traduction, à la « voix de fin silence », celle qui parle à chacun dans son coeur.

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Quoi de neuf Dimanche ? (6 août 2017, 18ème dimanche A)

Ce dimanche, on pourrait transfigurer la Transfiguration (Mt 17,1-9), et la remettre à notre hauteur. Moins spectaculaire, plus humaine. Après tout, on est chez Jésus-Christ, pas chez Luc Besson.

Disons nous d’abord que Daniel (Dn 7, 9-10.13-14) a des visions presque laïques. Dans son texte, le « Fils d’homme » de Daniel pourrait être le peuple de Dieu tout entier, au pluriel, personnifié par un Messie. Quant au vieillard, serait-ce seulement le vieil homme qui joue Dieu chez Michel Ange sur le plafond de la Sixtine ? Pas sûr que ce vieux soit Dieu. Peut-être faudrait-il changer notre imaginaire sur l’Eternel. Ou bien arrêter de l’imaginer. Et si le Messie est aussi le Peuple de Dieu, c’est donc à nous tous qu’il est donné « domination, gloire et royauté ». Mais comment peut se mettre en place une « domination éternelle », et une « royauté qui ne sera pas détruite » ? Impossible ici. Cette royauté « n’est pas de ce monde », ou bien, elle est tellement bien partagée que c’est une démocratie parfaite où le Peuple est vraiment souverain. Finalement, s’il n’est pas une religion, le christianisme peut être un beau projet ; tout dépend de la façon dont on le comprend.

Comme le dit Pierre (2P 1, 16-19), nous n’avons pas besoin de « récits imaginaires sophistiqués » pour  « connaître la puissance et la venue de notre Seigneur Jésus Christ ». Il nous suffit d’être « les témoins oculaires de sa grandeur ». Comment ça ? Vous avez déjà vu, de vos yeux vu, le Chris transfiguré, « son visage brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière » ? Peut-être.

Nous sommes parfois témoins de cette Grâce qui touche le frère inattendu, la sœur inconnue qui cheminent à nos côtés, et nous les voyons soudain, tels Moïse et Élie, parler avec le Christ. Résistons à la tentation de nous mêler de leur dialogue. Ne faisons pas comme Pierre, qui peut-être sous le prétexte d’une primauté à prouver, dérange la conversation du Christ et des prophètes, donc des baptisés. Écoutons, regardons, bénissons, réjouissons nous avec tact. N’allons pas compter les mètres carrés des prés d’herbe verte sur lesquels reposer, n’attribuons pas de petits emplacements, de petits rôles à chacun, « une tente pour le Christ, une pour Moïse et une pour Élie », un barnum pour les hommes, une « 2 secondes » pour les femmes, un camp du drap d’or pour les clercs, une canadienne pour les laïcs, un bungalow pour les hétéros, la belle étoile pour les homos. Et Miss Camping, c’est la Vierge Marie ? L’Eternel lui-même trouve ça si stupide qu’il interrompt Pierre : « une nuée lumineuse les couvrit de son ombre ». En clair, Pierre, ta gueule. Ton magistère ne compte pas plus que la parole de Patrick Chirac. Il y a des moments où il faut seulement entendre dire : « Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j’ai mis tout mon amour ; écoutez-le ! ». Ecoutez-Le. Sans compter les points, sans dominer personne et sans vous prosterner devant quiconque. Et surtout, restez discrets : « Ne parlez de cette vision à personne, avant que le Fils de l’homme soit ressuscité d’entre les morts. » À titre personnel, est-ce déjà vraiment accompli ?

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Quoi de neuf Dimanche (30 juillet 2017, 17e dimanche A)

Dimanche, c’est l’Enfer. Ou pas. Les textes de ce jour nous baladent en d’amples interrogations. À moins que vous ne préfériez une lecture bien fondamentaliste, au premier degré. C’est plus confortable. Mais moins drôle. Et puis c’est peut-être infernal… Surtout pour les autres.

Salomon, comment te dire… (1R3, 5.7-12) ? L’Eternel te dit : » Demande-moi ce que tu veux, et je te le donnerai. », et toi, tu lui demandes … le discernement. Oui, « pour que tu saches gouverner ton peuple et discerner le bien et le mal ». Alors l’Eternel, dans sa grande sagesse, te l’accorde, Salomon, « tel que personne n’en a eu avant toi et que personne n’en aura après toi. » Sympa pour les autres, les successeurs, et pour nous ! Là, Salomon, tu aurais dû te méfier. Yahvé t’a eu. « Un coeur intelligent et sage », passe encore, mais tel « que personne n’en aura après toi. » Alors plus d’avenir meilleur après toi ? Espérance zéro ? L’Eternel a dû bien rire en te faisant croire qu’il accédait à ton vœu. Il faut dire que tu as demandé à « discerner le bien et le mal ». Non, mais franchement, Salomon, tu as lu la Genèse ? Ton plan, là, c’est à se prendre un coup d’épée de feu, mon frère. Arrête le serpent, tu le digères mal.

Ne te fais pas une religion définitive sur le bien et le mal, suis plutôt Paul (Rm 8, 28-30) qui explique que l’amour pour Dieu construit les justes, à qui Il donne Sa Gloire. Mais note que tout cela est au pluriel. Il faut la jouer collective, fraternelle, sinon, le juste se retrouve cloué tout seul sur sa croix.

Et pour comprendre Jésus, il faut aussi s’y mettre à plusieurs et à plusieurs fois. Aujourd’hui, bonjour les paraboles à la mords-moi le dieu (Mt 13, 44-52). Que dire du découvreur de trésor qui l’enterre de nouveau pour se ruiner à acheter le champ qui le contient ? Peut-être que ce foutu champ fait pousser d’autres trésors ? L’Eglise doit être une pratique de plein champ plutôt qu’une vieille crypte où il ne pousse que des champignons, genre mycose perdue ? Quant au négociant qui mise tout son bien sur une seule perle, on peut le trouver bien joueur. Mais s’il agit ainsi, c’est qu’il a déjà un client. Ou une cliente. C’est un négociant, nous dit-on, pas un pigeon d’acheteur final passif. Dites-moi, ça fait combien de temps que vous n’avez pas négocié les dogmes dans votre Église ?
La parabole du filet de poissons ramené à terre pour le tri paraît plus sombre, mais elle poursuit la même idée.. On s’y débarrasse du vieux crabe qui marche de travers, de la moule pourrie de l’avant-dernière lune, de la méduse qui flotte entre deux eaux. Et Jésus d’expliquer que les méchants seront jetés par les anges dans la fournaise, et que « là il y aura des pleurs et des grincements de dents ». Mais jetez donc n’importe quel méchant standard dans une fournaise, il ne va pas seulement chialer en crissant des mandibules, il va HURLER ! Non, l’enfer décrit par le Christ semble différent. Amis des Jugements Derniers façon barbecue de damnés, il va falloir se mettre à jour. C’est vous qui avez répondu « Oui » quand Jésus a demandé si vous aviez « compris tout cela » ? Aïe, il a bien fait, alors, de parler du « maître de maison qui tire de son trésor du neuf et de l’ancien ». Car c’est l’ancien, le vieillot, le suranné qu’on doit jeter régulièrement au feu, même si ça pique les yeux de merlan frit des uns, même si ça agace les crocs dogmatiques des autres.

En fait, l’Enfer, c’est le refus de l’Aggiornamento.

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Quoi de neuf Dimanche ? (23 juillet 2017, 16e dimanche A)

Ce dimanche, le Livre de la Sagesse (Sg 12, 13.16-19) nous rappelle que Dieu ne montre pas sa force, qu’on pourrait discuter, mais « n’a qu’à vouloir pour exercer sa puissance ». Et Paul nous présente l’Esprit comme présent en nous, dialoguant avec Dieu. Pourquoi prier comme des païens, toujours réclamant, alors qu’il suffit de laisser se causer Dieu et l’Esprit ? Enfin, Jésus nous livre trois paraboles, mais n’en explique qu’une seule, et seulement aux disciples qui en font la demande.

Jésus jette trois paraboles à la foule : le bon grain et l’ivraie, la graine de moutarde, et le levain dans la farine. Le peuple ne semble pas demander d’explications, mais les disciples, si. Notons que ce sont leurs héritiers spirituels, clercs ou laïcs, vous et moi et d’autres, qui prétendront et prétendent encore expliquer au monde la Parole de Dieu. Vanitas ou bêtise crasse ? Pourquoi le Peuple comprendrait-il ce que les disciples n’entendent pas ? Les disciples restent le nez sur le guidon de la première parabole, dont ils supputent le grand sens moral : l’ivraie, c’est les mauvais, le bon grain, c’est les saints. D’ailleurs, le Christ ne les dément pas, il explique rapidement la parabole dans ce sens, mais assortit son commentaire d’un énigmatique : « Celui qui a des oreilles, qu’il entende ! », alors que Disciplus Simplex a déjà le sentiment d’avoir tout compris. Mais peut-être a t-il raté la quatrième parabole, celle qui réunit les trois autres, la parabole des paraboles, la méta-parabole.

Le Royaume des cieux est « l’homme qui a semé du bon grain dans son champ », au milieu duquel « son ennemi sema de l’ivraie », le Royaume des cieux est aussi la « graine de moutarde » qui « devient un arbre, si bien que les oiseaux du ciel font leurs nids dans ses branches », le Royaume des cieux est encore « du levain qu’une femme enfouit dans trois grandes mesures de farine, jusqu’à ce que toute la pâte ait levé. » Le Royaume des cieux est tout cela en même temps. Le Royaume des cieux est ce qui sème, ce qui pousse, ce qui lève. Comme le dit le Livre de la Sagesse, le Royaume des cieux « n’a qu’à vouloir pour exercer sa puissance ». Wille zur Macht aurait écrit Nietzsche, en bon fils de pasteur. Le Royaume des cieux, c’est l’herbe qui pousse, on ne sait comment, entre deux pierres jusqu’à en faire crouler la muraille. Le Royaume des cieux, c’est l’Esprit qui « veut ce que Dieu veut » (Rm 8, 26-27), que nous soyons bon grain, ivraie, moutarde ou levure.

Enracinés du Monde, notre destin est d’y éclore, d’y croître, d’y grimper, d’y faire ensemble Arbre de Vie.

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Quoi de neuf Dimanche (16 juillet 2017, 15e dimanche A)

Ce dimanche, le Seigneur nous fait tomber sa Parole en pluie féconde (Is 55, 10-11), Paul estime que la Création n’attend que nous pour s’accomplir (Rm 8, 18-23), et Jésus (Mt 13, 1-23), assis dans une barque, parle en paraboles à une foule restée sur la terre ferme. Mais la parabole n’est peut-être pas là où nous l’attendons.

Jésus raconte une histoire : un semeur fait tomber ses grains un peu partout, parfois sur des sols stériles, ou sur le bord du chemin où les oiseaux les mangent. Puis aux Apôtres qui demandent pourquoi il parle à la foule en paraboles, il explique que le Peuple est incapable de comprendre la Parole, et qu’à eux, heureux hommes distingués, il va leur parler clair. Sympa pour le Peuple de Dieu d’être pris pour un con par le Seigneur Lui-Même. En tous cas, les Apôtres, le premier cercle des disciples, ne relèvent pas l’incongruité : fiers de se croire élevés au dessus du commun des mortels, ils écoutent benoîtement l’explication de la parabole. Mais cette parabole est évidente ! Le grain, c’est la Parole ; quant au sol plus ou moins fertile, c’est l’homme plus ou moins attentif à Dieu. Cette histoire est vieille comme la Genèse, et la foule au bord du lac l’a saisie aussi. Finalement, ne seraient-ce pas les disciples qui auraient loupé quelque chose ?

Parce que la Bible et les Évangiles ne sont pas des manuels d’instructions précises, les plus proches du Christ, les convaincus, les très-croyants, les pratiquants, les clercs, les prêtres, les religieux s’échinent à expliquer la foi, à la justifier, à la faire concorder avec la raison, à essayer de la transmettre, par tous les moyens, licites ou non. Mais si vous relisez l’histoire de la parabole simpliste de ce jour, vous voyez Jésus assis, dans la position de celui qui enseigne. Il est au fond de sa nef en bois, capable de le faire flotter au dessus des eaux, souvent associées dans la Bible aux profondeurs de la mort. Et loin de la foule des terriens, cloué dans sa barque comme à une croix, il arrive à se faire entendre des simples, par delà la mort, car ils comprennent son langage, même symbolique.

Le Christ nous parle à tous et à chacun. Et les eaux mortes du lac, évaporées par la Lumière, pourront, pluie et neige devenues Parole, comme le dit Isaïe, nous abreuver et nous faire germer. « La création aspire de toutes ses forces à voir cette révélation des fils de Dieu ». Paul l’affirme, la Création, sa suite et sa gloire, c’est nous sur la rive. Nous sommes à la fois des femmes, des hommes et des Paroles du Seigneur. Nous sommes deux oreilles et une bouche. Ouvrons cette trinité.

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Quoi de neuf Dimanche (14e dimanche A, 9 juillet 2017)

Juste un dimanche dit « ordinaire » : Zacharie (Za 9, 9-10) nous annonce l’arrivée d’un roi sur un âne ; ben voyons, comme si notre président, le 14 juillet, descendait les Champs-Elysées sur une tondeuse à gazon. La Bible, c’est vraiment pas jupitérien. Ce dimanche est aussi comme les autres pour les platoniciens : Paul (Rm 8, 9.11-13) y fustige le corps, prison de l’âme. A moins que Paul ne soit juif, formé par Gamaliel, et cultive soigneusement l’Esprit … de contradiction. Et ce dimanche, on rentre dans le rang avec le Christ qui nous fait prendre son joug (Mt 11,25-30). Sommes nous le bétail de l’histoire ?

Alors qu’Alexandre conquiert le monde le glaive à la main, Zacharie invente plus que le soft power, cette doctrine récente de la domination économique et culturelle. Avec son roi sur son ânon, il inaugure à la fois le slow power et le poor power. Les hommes n’ont que faire de vitesse et de conquêtes. Ils veulent simplement creuser leur sillon, l’âne tirant la charrue. Cultiver la Terre, et la vie, en paix. Toute magnificence supérieure à cela n’est que violente, inutile et éphémère. Réussir à n’être rien, c’est tout. Tiens, Jésus prendra juste un ânon pour monter à Jérusalem. D’autres auraient pris un command car … 

Êtes vous sous l’emprise de la chair ? Que nenni, me direz vous, vous ne déclenchez plus, comme auparavant, à chaque début de vacances, le fameux (et fumeux) plan 3B (Boire, Bouffer, Baiser). Mais ici, la chair ne désigne pas que le corps et ses plaisirs. La chair, c’est aussi la vie quotidienne sans réfléchir, sans prise de recul, c’est le flot, les habitudes, l’esprit grégaire, les réflexes tribaux qui nous mènent et nous asservissent. La chair, ici, c’est de la viande morte, sans os pour la tenir, exsangue de vie qui circule. C’est peut être casher ou hallal, mais ce n’est bon qu’à être bouffé par l’existence, et chié par le temps qui passe.

Que nous manque t-il pour être autre chose qu’un troupeau de primates ? De l’Esprit. Et ceci n’est pas une règle ou une discipline. Au contraire, le Christ parle d’un « joug facile à porter, et d’un fardeau léger ». Et surtout, détail qu’on oublie souvent, Jésus nous invite ainsi : « Prenez sur vous mon joug ». Vous connaissez beaucoup d’espèces de bétail qui prennent leur joug elles- mêmes ? Ce joug est donc un choix personnel. Et ce choix présuppose qu’on se soit débarrassé des autres jougs, car on ne peut en porter qu’un à la fois. Ce joug léger, qui empêche qu’on vous en attache un autre, ressemble fort à la liberté.

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