Quoi de neuf Dimanche ? (2ème dimanche de l’Avent, année B, 10 décembre 2017)

En ce deuxième dimanche de l’Avent, simplifiez-vous la vie. Et la foi. Avec Isaïe (Is 40, 1-5.9-11), on aplanît la route pour le Seigneur. Avec Paul (2P 3, 8-14), on attend « un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice ». Et Marc (Mc 1, 1-8) nous explique ce que c’est : Jean baptisant dans les eaux du Jourdain, en attendant le Christ.

Isaïe est pour les grands travaux : rien de mieux pour relancer l’économie de la foi. Une autoroute pour Dieu lui-même. Pour qu’il vienne plus vite nous visiter. Cela suppose quelques grands chantiers dans le désert tortueux de nos têtes et de nos cœurs, Car le croyant a tendance à se compliquer la foi. Et la vie. Sous prétexte que c’est le chemin de vie qui mène peu à peu à la foi, on va se multiplier les obstacles pour être bien sûr d’appartenir à l’Eglise. Et on accumule des lois, et on précise des cas, et on invente des règles, et on réduit la vitesse autorisée, comme sur une petite route mal entretenue qu’on fait semblant de réparer en y posant des panneaux d’interdiction. Et l’Eglise édicte ainsi son code de la déroute. À force d’extruder de la doctrine, de couler de la morale, on en oublie l’importance du seul dogme, de la profession de foi, de la seule voie qui accueille la venue du Seigneur : non mais, Credo, quoi ! Tu crois en un Dieu vraiment seul Père ? En son Fils, ton frère Jésus Christ, homme né d’une femme, mort, puis ressuscité, pour vaincre toutes les morts ? Et au Saint-Esprit qui parle de tout ça à qui il veut quand il veut ? Bon, t’es pas bien sûr, mais grosso credo, quelque chose te dit que c’est ça. Voilà ton dogme. La chair de ta foi. La doctrine, la morale, ne sont que la sauce qui étouffe le rôti, qui empêche son odeur de monter jusqu’aux narines de l’Eternel.

Notre conversion, c’est notre Jour du Seigneur. « Pourtant, le jour du Seigneur viendra comme un voleur » nous dit Paul. Sans prévenir. Et ce jour là, ni toi ni Dieu ne vous embarrasserez de savoir si, divorcé, tu es remarié, si remarié, tu es homosexuel, si, homosexuel, tu es prêtre, si, prêtre, tu es une femme, si, femme, tu aimes une divorcée. Tous ces tournants de ta vie seront aplanis. « Alors les cieux disparaîtront avec fracas, les éléments en feu seront détruits, la terre, avec tout ce qu’on y a fait, sera brûlée. » Ce ne sera pas la fin du monde, juste la fin de l’ancien monde. Ta conversion sera « un ciel nouveau et une terre nouvelle où résidera la justice. »

Marc nous dit qu’aplanir la route pour le Seigneur, c’est être Jean-Baptiste dans le désert. Vivre simplement et baptiser dans l’eau. En attendant le Christ qui « baptisera dans l’Esprit Saint ». Etre des baptistes comme Jean, accueillir, écouter, bénir, vivre avec le monde qui s’interroge sur son devenir. En étant actif, en prenant des initiatives, en ne condamnant rien ni personne, mais en cultivant l’Espérance.

Ah … Et il faudra aussi bientôt baptiser vraiment enfants et adultes, au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, quand nos vieux prêtres auront disparu, et que nos jeunes prêtres, trop peu nombreux, n’auront pu les remplacer. Mais j’ai confiance. Nous serons « nets et irréprochables, dans la paix ».

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Quoi de neuf Dimanche ? (1er dimanche de l’Avent, année B, 3 décembre 2017)

Bientôt Noël. Ce dimanche, debout les morts et les figés. On se secoue le costume en sapin, on se bouge et l’on reste souple et persistant, en piquant un peu au besoin..

Isaïe (Is 63/16b-17, 19b – 64/2b-7 ) décrit un peuple de Dieu errant, libéré de Babylone, mais sans ligne directrice, sans but, solitaire, desséché, à l’abandon, comme un vieux tesson de terre cuite abandonné dans un champ. Le Prophète appelle l’Eternel à reprendre son tour de potier et à façonner de nouveau l’argile humaine, la glaise dont on fait Adam.

Paul (1Co 1, 3-9) nous rassure : par la grâce « donnée dans le Christ Jésus », nous avons reçu « toutes les richesses, toutes celles de la parole et de la connaissance de Dieu ». Mais ne nous croyons pas arrivés pour autant, il nous faudra « tenir fermement jusqu’au bout ». Vous vous croyiez chrétien, catholique ? Dites vous que vous ne l’êtes qu’en devenir. En effet, on peut remarquer que certains cathos ne sont pas finis …

Jésus (Mc 13, 33-37) nous recommande de veiller, comme le portier de la maison du maître parti en voyage. Mais souvent nous oublions les conditions de ce rôle. Pour que nous puissions le tenir, il faut avoir « fixé à chacun son travail », ce qui suppose de distribuer les responsabilités entre tous, dans la société ou dans l’Eglise, sans créer ni inégalités, ni discriminations. Et cela ne suffit pas. Il faut également qu’il soit donné « tout pouvoir » aux « serviteurs ». Diantre. C’est la piétaille qui commande ? Eh oui. Souvenez vous : le maître est parti, et n’a pas nommé de remplaçant, en latin, de « vicaire ». On se serait mal compris ? Pour veiller, seulement un portier. Il ne faudrait pas que le portier se prenne pour le tôlier. Et la présence d’un portier suppose que la porte reste ouverte, sinon, il suffit d’une serrure, d’un verrou, et plus besoin de personne à l’entrée.

Nous sommes là pour l’accueil de tous. Qui sait ? Des personnes jamais vues pourraient venir en ce temps de Noël. Peut-être même le Christ.

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Quoi de neuf Dimanche ? (19 novembre 2017, 33ème dimanche A)

Ce dimanche, parabole des talents (Mt 25,14-30). Commentée, sur-commentée, mal commentée depuis la nuit des temps. Alors pourquoi ne pas s’y lancer aussi, telle la femme vaillante des Proverbes (Pr 31, 10-31), tant que nous restons « vigilants » et « sobres », comme nous le conseille Paul (1Th 5, 1-6) ?
Si le Livre des Proverbes (Pr 31, 10-31) n’est là que pour donner le bon vieux conseil paysan de choisir une épouse dure à la tâche plutôt qu’une jolie poupée inefficace, il ne sert pas notre foi, et les diplômés de grandes écoles, les apprentis-traders, continueront de faire couche commune pour convenances personnelles et optimisation fiscale. Il semble plus intéressant de se dire que cette femme vaillante des Écritures ne craint pas les hommes, seulement l’Eternel, et que c’est elle qui tient la bourse, qu’elle ouvre pour les pauvres. Faudrait pas prendre les tisseuses pour des pisseuses. Le pouvoir industriel et économique des femmes doit les affranchir et c’est la Bible qui le dit. Et si cette femme vaillante symbolise l’Eglise toute entière, cela lui donne un objectif ancré au quotidien : être la quenouille du monde entier plutôt que la grenouille de bénitier.

Paul (1Th 5, 1-6) rappelle « que le jour du Seigneur viendra comme un voleur dans la nuit ». « Alors, ne restons pas endormis comme les autres, mais soyons vigilants et restons sobres. » On pourrait quand même faire un peu plus de bruit, réveiller tout le monde, offrir quelques tournées raisonnables, mais mémorables, histoire d’ »ambiancer » tout ça un peu mieux. Dans les ténèbres, en attendant la Lumière, plutôt que votre face de Carême, sortez donc déjà une boule à facettes. Et dansez. Maintenant.

Si le maître de la parabole des talents (Mt 25,14-30) est le Seigneur lui-même, que donne t-il vraiment à ses serviteurs-disciples ? Des richesses incommensurables, pas seulement des quantités d’or ou de pauvres dons personnels à faire fructifier pour les autres. Cette parabole ne doit pas être réduite à un encouragement à travailler ses capacités, conseil donné comme le « Peut mieux faire » d’un prof démodé à un collégien rétif.

Observons que ces « talents » sont donnés « à chacun selon ses capacités ». Ses capacités à les doubler, à faire un clonage humain des dons de Dieu. Et à les garder, pas à les rendre en disant « Le voici. Tu as ce qui t’appartient ».

L’un en touche cinq. Cinq, ce sont les cinq jours de la Création donnée à l’Homme, ce sont tous les Livres de Moïse, ce sont les cinq doigts de la main, Cinq, c’est l’humanité, terrestre et terrienne. Celui qui reçoit ça « s’en va », il est paré pour la vie.
Le second en reçoit deux. Deux comme l’ancienne et la nouvelle Alliance, deux comme les deux poissons qui accompagnent l’humanité des cinq pains, deux comme l’Homme et Dieu qui marchent ensemble sur deux jambes de même longueur.

Le troisième ne reçoit qu’un. Et c’est lui qui ne voudra, ne pourra rien faire fructifier. Pourtant, un, c’est l’esprit même du monothéisme, c’est Dieu seul, c’est tout et c’est un tout, c’est l’Unique. Mais le probleme de cette victime de la foi, c’est de ne recevoir que Dieu. Sans l’Homme en qui cela s’incarne, c’est stérile. Ce Un devient une crainte du jugement divin, une doctrine mortifère, qu’on adore ou qu’on enterre, qu’on détache de soi, ou qu’on ferait mieux de monnayer, comme le suggère le « maître », peint malicieusement par Jésus comme le dernier des prévaricateurs simoniaques. Par contre, ce Dieu Un, reçu par celui qui cultive déjà la vie dans sa plénitude à cinq doigts, peut croître et multiplier. Le dieu seul devient alors pluriel, comme les aventures des hommes et des femmes.

Les dons de Dieu ne sont pas un trésor unique et figé, à enterrer dans la pompe d’un culte. Ce sont les multiples histoires de l’Homme, à filer, à tisser sur le métier d’une Église vaillante et présente au monde. Et alors :  : « aux portes de la ville, ses œuvres disent sa louange ! » (Pr 31, 31).

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Quoi de neuf Dimanche ? (5 novembre 2017, 31ème dimanche A)

Ce dimanche, la Parole de Dieu est ouvertement anticléricale. On n’est jamais si bien sévi que par soi-même.

Compter pour rien Malachie ne profite jamais. Le dernier des petits prophètes (pourquoi « petit », nom de Dieu ?) ne l’envoie pas dire ((Ml 1, 14b – 2, 2b.8-10) :  »    Maintenant, prêtres, à vous cet avertissement : Si vous n’écoutez pas, si vous ne prenez pas à cœur de glorifier mon nom – dit le Seigneur de l’univers –, j’enverrai sur vous la malédiction ». « Vous vous êtes écartés de la route, vous avez fait de la Loi une occasion de chute pour la multitude ». C’est clair, il y a un problème avec les clercs. Mais aussi le début d’une solution, à la fin du texte. Comment « prendre à cœur de glorifier le nom du Seigneur ? » En arrêtant de faire le clerc pour être un frère : « n’avons-nous pas tous un seul Père ? N’est-ce pas un seul Dieu qui nous a créés ? Pourquoi nous trahir les uns les autres ? »

Conscient de cette antique leçon, Paul  (1 Th 2, 7b-9.13) essaie de bien justifier et prouver son attitude exemplaire de guide de la communauté chrétienne. Bon point : Paul est prêtre-ouvrier « pour n’être à la charge d’aucun d’entre vous ». Mais, bougre de hiérarque, il nous prend pour des mômes ! Il se considère « comme une mère qui entoure de soins ses nourrissons ». Attention, danger. On commence comme un homme qui se prend  pour une mère, puis, croyant lutter contre une hypothétique « théorie du genre », on se fait passer pour Dieu le Père. Que disait si bien Malachie ? Avec un seul Père, nous sommes tous frères.

Ne nous voilons pas la face sur l’histoire et le présent de l’Eglise. Tout ce que le Christ dénonce à propos des scribes et des pharisiens (Mt 23, 1-12) s’applique avec soin aux prêtres catholiques, qui, pour la plupart, n’en peuvent mais. Structurellement hiérarchique, l’Eglise institutionnelle construit exactement le contraire de ce que le Christ recommande au verset 9 : « Ne donnez à personne sur terre le nom de père, car vous n’avez qu’un seul Père, celui qui est aux cieux. » Ceci étant constaté, on peut se demander comment une hiérarchie consciente de ses abus continue à se sentir obligée de dire et faire dire un texte pareil, qui la traîne dans la boue. En fait, cette boue n’est pas bien salissante : le Christ, ici, ne semble pas remettre pas en cause la fonction cléricale. Il souhaite seulement que le peuple suive, lui, la Loi du Seigneur : « Les scribes et les pharisiens enseignent dans la chaire de Moïse. Donc, tout ce qu’ils peuvent vous dire, faites-le et observez-le. Mais n’agissez pas d’après leurs actes, car ils disent et ne font pas. » Par contre, on lit rarement en chaire ce qui suit et précède ces célèbres douze versets du chapitre 23 de Matthieu. 

La fin du chapitre 23 est plus claire sur l’évolution probable et on ne peut plus chrétienne de l’institution catholique : « Malheur à vous, scribes et pharisiens hypocrites ! « . « Malheur à vous, guides aveugles! « . « Insensés et aveugles ! « . « Voici, votre maison vous sera laissée déserte. » Raide, mais réaliste, n’est-ce pas ?

Alors que faire, mes frères ? Tout d’abord lire la fin du chapitre 22 de Matthieu ( Mt 22, 41-46). Jésus y fait dire aux Pharisiens que le Messie, le Christ,  est fils de David. Certes, mais « Si donc David l’appelle Seigneur, comment est-il son fils? Nul ne put lui répondre un mot. Et, depuis ce jour, personne n’osa plus lui poser des questions. » Évitons donc de nous prendre pour des fils, des pères ou des mères, de Dieu ou de quiconque. Soyons des frères et des soeurs, et de toute façon, par le baptême, déjà prêtres et prêtresses, prophètes et prophètesses et rois et reines. Et prenons nos rôles au sérieux. Et vivons l’Eglise sans autres prêtres que nous-mêmes. De toute façon, l’ancien modèle ne se fait plus, ou bien seulement en quelques rares exemplaires de collection, dans des versions vintage, éculées ou réactionnaires, sans aucune efficacité opérationnelle, tout juste bons à mettre en vitrine, surtout pas en paroisse.  Certains pourront dire que sans pères-prêtres, l’Eglise de demain a toutes les chances d’être un sacré bordel, mais n’est-ce pas déjà le cas ?

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Quoi de neuf Dimanche ? (29 octobre 2017, 30ème dimanche A)

(Des soucis techniques ont empêché la publication de ce texte dimanche dernier. C’est dommage, j’étais assez content de ma conclusion …)

Ce dimanche, (donc dimanche dernier, 29 octobre), Israël se la joue à la fois sociale et préférence nationale (Ex 22, 20-26) et Paul est tout content d’avoir enfin une communauté chrétienne qui tourne (1Th 1, 5c-10). Heureusement que le Christ hausse le niveau de la fraternité (Mt 22,34-40).

Ne pas maltraiter l’immigré, la veuve et l’orphelin, programme minimum du peuple de Dieu dès l’Exode. On ne sait jamais, ce peuvent être des clients intéressés par un prêt plus ou moins usuraire, chose interdite vis-à-vis des pauvres d’Israel, à qui on ne peut même pas prendre le manteau en gage, ou seulement pendant la journée, ce qui ne constitue plus une garantie. S’il n’y avait pas les étrangers, le métier de prêteur serait bien compliqué. Et encore, ceux-ci ont-ils autre chose qu’un manteau à gager ? L’auteur ou les auteurs de ce texte se moquent-ils de nous ? Le manteau qui ne peut se gager, c’est le vêtement de peau que nous donne le Seigneur à notre sortie d’Eden, c’est notre royauté que David découpe sur le manteau du roi Saül, c’est notre pouvoir de prophète, qui comme le manteau d’Elie, ouvre les eaux de la mort et nous permet de la traverser à pied sec.

Maintenant que nous sommes bien habillés pour la vie, Paul se réjouit de nous voir faire communauté comme Thessalonique, non pas parce que nous sommes de gentils chrétiens bien moraux et respectueux de la doctrine, mais parce que, comme le Christ, nous sommes accueillants envers tous.

– Euh, même envers les divorcés-remariés et ces homos tribadistes et sodomites en mal d’enfant ?

– Oui, tout le monde. Vous êtes bouchés ou quoi ? Ôtez donc votre plug mental, ce faithtoy qui vous ferme aux autres.

L’accueil inconditionnel de tous n’est pas qu’une attitude, une bisounourserie laxiste de braves gens un peu niais, c’est un acte de foi constitutif du christianisme. En effet le Christ, face aux Pharisiens, nous lègue deux « commandements » : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton esprit. » et « Tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Et Jésus nous précise que ces deux phrases sont « semblables ». Commence donc par t’aimer, tu n’en aimeras que mieux ton prochain. Et ceci sera aimer ton Dieu. Et c’est dans ta vie, ici et maintenant, sur Terre, que cela se joue. Pas question de déifier l’Amour avec un grand A, bien au chaud avec Platon dans le Ciel des Idées, et tellement pratique pour ne pas s’engager auprès des autres. Ces autres, ces différents, ces divergents, qui, aux yeux des purs, des vrais, des pratiquants, seraient déjà redevenus poussière, à évacuer pour faire place nette. Non. L’Eglise se partage avec du pain dans la main, pas avec un balai dans le culte.

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Quoi de neuf Dimanche ? (22 octobre 2017, 29ème dimanche A)

Ce dimanche, le Seigneur phagocyte Cyrus, chasseur de Babyloniens et libérateur d’Israel, (Is 45, 1-6), et Paul loue l’Église de Thessalonique comme choisie par le Père (1Th 1, 1-5b). Bref, c’est Dieu le vrai patron. Mais aujourd’hui, ça se corse vraiment avec l’Evangile de Matthieu (Mt 22,15-21). Jésus, face à une pièce d’argent tendue par les Pharisiens, lance son célèbre : « Rendez donc à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu. »

Les Pharisiens voulaient planter le Christ, le mettre en corner, l’engluer dans un dilemme. En lui demandant : « Est-il permis, oui ou non, de payer l’impôt à l’empereur ? », ils espéraient qu’il dirait oui, comme un païen, ou non, comme un opposant politique déclaré. Dans les deux cas, ils le tenaient. Mais Jésus déplace la question. « Montrez-moi la monnaie de l’impôt » dit-il et l’un de ces tradis doctrinaires sort une pièce d’argent de sa poche. Une pièce sur laquelle figure César divinisé. Ah, diantre. Notre pharisien voue t-il un culte à l’Empereur ? Non, c’est juste la monnaie ayant cours en Israël colonisé ? Et, toi, Pharisien, tu l’utilises ? Oui, tu ne peux faire autrement, tant que Rome n’est pas renversée. Mais gagner, dépenser, faire circuler une monnaie, c’est aussi payer un impôt, un tribut à celui qui l’émet, et qui en fixe la valeur. La monnaie n’est qu’une convention d’échanges, pas une vérité, encore moins une vérité divine. Et tous ceux qui l’échangent maintiennent le système. Il faudrait rendre toutes ses pièces à César pour en nier la valeur. Difficile. Mais pas totalement impossible. Courir moins après l’argent, c’est limiter le pouvoir de ceux qui en font commerce, ou qui s’en croient les grands prêtres. On peut aussi faire circuler l’argent et les biens de la façon la plus courte possible, pour qu’aucun Empereur, politique ou financier, ne s’en arroge le monopole. C’est pour cela qu’il vaut peut-être mieux acheter local et avoir un système de retraite et d’assurance-maladie par répartition, plutôt que de passer par les marchés financiers. Mais il est difficile d’en juger, et dans le temps et dans l’espace.

La pièce d’argent du Pharisien ne sera vraisemblablement pas rendue à César. Elle sera vite dépensée dans un sweat-shirt ridicule ou pour un ouvrage néo-pétainiste. Mais tant qu’elle reste dans sa poche, elle est comme le chat de Schrödinger : elle superpose plusieurs états sans qu’on sache lesquels, on ne sait si elle aidera la vie ou si elle puera la mort. Quand on « rend à Dieu », par contre, on quitte la gestion, quantique, du temps, de l’espace et de la valeur, rendue possible par l’argent et la monnaie. On vit directement, et gratuitement sa foi, sans calculs. À condition de ne pas compter, mégoter, barguigner sur les détails, la morale, et organiser une « douane des sacrements », fustigée par François lui-même. Sinon, on crée une nouvelle monnaie-Dieu, qu’on préfère adorer sur le riche ostensoir du Saint-Sacrement, plutôt que de la partager en communion avec ses frères, ses sœurs. Jésus, lui, prend ses repas avec les publicains et les pécheurs, et discute …

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Quoi de neuf Dimanche ? (15 octobre 2017, 28ème dimanche A)

Ce dimanche, Isaïe gracie gratis (Is 25, 6-9), Paul se contente d’un rien et d’un tout (Ph 4, 12-14.19-20) et Jésus se lance dans la parabole des noces (Mt 22,1-14), dûment commentée par quelque notable Père de l’Eglise. Quel rapport ?

Parfois, la liturgie présente une certaine cohérence. Si, si. Isaïe donne le la : « le Seigneur, Dieu de l’univers, » « détruira la mort pour toujours. »Et surtout, « Il enlèvera le voile de deuil qui enveloppait tous les peuples et le linceul qui couvrait toutes les nations. » Enfin, on arrête de vivre triste. L’existence devient aussi agréable, aussi tranquille, aussi insouciante qu’un plan barbecue-rosé entre amis un jour d’été.

Certains voudraient plus. Paul, lui, sait se contenter de peu. C’est pour cela qu’il est exigeant. Car en fait, il ne veut que tout, c’est-à-dire Dieu tout entier. Mais c’est quoi au juste ? C’est « mon Dieu [qui] subviendra magnifiquement à tous vos besoins selon sa richesse, dans le Christ Jésus. » Ah, « selon sa richesse »… Voyons… Est-ce à dire que mon Dieu est plus ou moins riche ? Ou plutôt, comme le suggère Paul, la satisfaction qu’il nous donne est indexée sur nos vraies attentes, notre seuil de contentement, sur le peu ou le beaucoup dont nous nous contentons ? En fait, « dans le Christ Jésus », Dieu nous est personnel, et ses dons sont à la tête du croyant.

Jouons maintenant la carte de la cohérence de la liturgie catholique. La liturgie, littéralement, ce service du Peuple de Dieu. Maintenant qu’Isaïe nous a invité au barbecue divin du bonheur inconditionnel, et que Paul nous a fait connaître notre Dieu personnel, au plus près de l’intimité de nos attentes, comment lire cette fameuse parabole du repas de noces, où un roi remplit difficilement la salle de mariage, puis jette dehors un convive mutique et non revêtu de l’habit de fête ? Bien sûr, on pourrait se contenter de l’interprétation officielle de Saint Grégoire le Grand : Dieu rassemble les hommes autour de son Fils, mais si tu n’es pas un gentil chrétien, tu seras damné, pan pan cul Crux. Car le Christ l’a bien dit : « Certes, la multitude des hommes est appelée, mais les élus sont peu nombreux. » Mais alors à quoi servent l’invitation d’Isaïe au bonheur de croire et l’attention délicate d’un Dieu personnel à notre écoute, vantée par Paul ? Nous aurait-on raconté n’importe quoi ? À propos du repas de noces, peut-être.

Ce récit est au premier abord très conformiste : n’importe quelle religion autocratique ou parti politique totalitaire pourraient le prendre à leur compte. Et ce qui peut nous alerter aussi, c’est que les Pharisiens ne le trouvent pas assez hérétique pour agir tout de suite contre Jésus. Juste après cette parabole, ils « allèrent se consulter sur les moyens de surprendre Jésus par ses propres paroles » (Mt 22,15). La parabole des noces leur paraît encore acceptable, elle a toute l’apparence d’une niaiserie dogmatique. Mais elle ne devrait tromper que les balourds et les coincés du culte. En pleine fête du Royaume de Dieu, on jetterait dehors un des invités ? Et autour de lui, il n’y aurait aucun de ces lourdauds endimanchés qui se bougerait pour défendre sa cause ? Eh bien, elle est belle la communion des Saints ! Et les élus seraient « peu nombreux », alors qu’on n’en exclut qu’un seul parmi la multitude ? Et si cet exclu mutique, sans habit de fête, jeté pieds et poings liés dans les ténèbres, était un nouvel Adam, ou bien même un Christ crucifié, attaché au bois ? Dans ce cas, oui, il y aurait peu d’élus, peu de gens prêts à le suivre.

La salle de noces n’est pas le Royaume. Non. Et Jésus nous le dit bien au début de la parabole : « Le royaume des cieux est semblable à un roi » (verset 2). C’est Dieu lui-même le Royaume. Et ce Royaume est ce dieu personnel et intérieur dont nous parle Paul, qui « subviendra magnifiquement à tous vos besoins », et qui « détruira la mort pour toujours », comme nous le promet Isaïe. Notre foi n’est pas un habit de noces, une couverture culturelle, une panoplie de croyant, toute en extériorité, non, c’est une fibre intérieure qui se mêle à nos tissus les plus profonds. Le Christ, on ne l’a pas seulement dans la peau, il est notre sang et nos tripes.

Alors, maintenant que nous savons que le Royaume est en nous, sommes nous prêts à prendre l’air dans la nuit du monde ? A sortir de la salle de noces ? Nous savons bien que dans toutes les fêtes, les noces, les rassemblements, ce qui se dit et se passe de plus important, c’est dehors, dans le silence et l’obscurité.  Dans les ténèbres, nous sommes des frères et des sœurs, pieds et poings liés, à libérer.

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