(Pour dimanche dernier, avec retard ….)
Ce dimanche, c’est la St Jean, la nuit est courte, et les idées larges, du moins on l’espère. Isaïe (Is 49, 1-6) parle pour lui et pour Israel, Paul (Ac 13, 22-26) présente Jésus, fils de David et annoncé par Jean, et Luc (Lc 1, 57-66.80) raconte comment Jean ne s’est pas prénommé Zacharie comme son père.
Isaie est un prophète ambitieux, mais sujet à la dépression. C’est un vrai croyant, avec de vrais morceaux de doute dedans. Israel, avec son aide et celle de l’Eternel, va se rassembler, mais parfois cet homme d’action se décourage : « Je me suis fatigué pour rien, c’est pour le néant, c’est en pure perte que j’ai usé mes forces » . En fait, Isaïe, tu te concentrais peut-être un peu trop sur l’entre-soi du peuple élu, celui qui rêve d’un Grand Israel, un bout de Moyen-Orient qui ne couvre même pas quatre fois la Corrèze. Heureusement pour toi, l’Eternel te remet les yeux en face du Tout : « C’est trop peu que tu sois mon serviteur pour relever les tribus de Jacob, ramener les rescapés d’Israël : je fais de toi la lumière des nations ». La lumière, pas le despote éclairé, pas le colonisateur apportant la civilisation, pas le moralisateur contre toute évolution.
Paul tente de convaincre toute une synagogue que Jésus est le nouveau David, et que Jean l’annonce par son « baptême de conversion » . Paul ne parle pas qu’aux fils de Jabob, mais à tous ceux qui croient. D’ailleurs, il fait peu de cas de la filiation. La « descendance de David » qu’il cite est celle de Joseph, qui n’est pas, si je ne m’abuse, le Père du Christ.
Luc nous conte comment Jean, fils de Zacharie, éminent membre de la classe sacerdotale ne s’est pas appelé Zacharie, « Dieu se souvient » , mais Jean, « Dieu pardonne ». Jean a quitté le Temple de ses pères, est allé au désert avant de se manifester près du Jourdain, mais toujours en dehors de tout cadre officiel, sans se prendre pour un prophète d’importance, sans faire autre chose qu’annoncer le Christ. Mais Jean, c’est les gens ! Tous ces gens qui depuis longtemps ont délaissé la bondieuserie pour choisir l’action. Ceux qui s’éloignent de la célébration du passé religieux pour essayer de changer le monde sans se prendre pour Dieu ou son fils. Ils savent qu’ils ne sont rien, mais ils baptisent quand même tout le peuple qu’ils peuvent dans leur conviction d’un monde meilleur. Ca surprend, ça saisit, ça mouille, mais ça ressuscite le moral et le politique.
