Quoi de neuf Dimanche ? (15 octobre 2017, 28ème dimanche A)

Ce dimanche, Isaïe gracie gratis (Is 25, 6-9), Paul se contente d’un rien et d’un tout (Ph 4, 12-14.19-20) et Jésus se lance dans la parabole des noces (Mt 22,1-14), dûment commentée par quelque notable Père de l’Eglise. Quel rapport ?

Parfois, la liturgie présente une certaine cohérence. Si, si. Isaïe donne le la : « le Seigneur, Dieu de l’univers, » « détruira la mort pour toujours. »Et surtout, « Il enlèvera le voile de deuil qui enveloppait tous les peuples et le linceul qui couvrait toutes les nations. » Enfin, on arrête de vivre triste. L’existence devient aussi agréable, aussi tranquille, aussi insouciante qu’un plan barbecue-rosé entre amis un jour d’été.

Certains voudraient plus. Paul, lui, sait se contenter de peu. C’est pour cela qu’il est exigeant. Car en fait, il ne veut que tout, c’est-à-dire Dieu tout entier. Mais c’est quoi au juste ? C’est « mon Dieu [qui] subviendra magnifiquement à tous vos besoins selon sa richesse, dans le Christ Jésus. » Ah, « selon sa richesse »… Voyons… Est-ce à dire que mon Dieu est plus ou moins riche ? Ou plutôt, comme le suggère Paul, la satisfaction qu’il nous donne est indexée sur nos vraies attentes, notre seuil de contentement, sur le peu ou le beaucoup dont nous nous contentons ? En fait, « dans le Christ Jésus », Dieu nous est personnel, et ses dons sont à la tête du croyant.

Jouons maintenant la carte de la cohérence de la liturgie catholique. La liturgie, littéralement, ce service du Peuple de Dieu. Maintenant qu’Isaïe nous a invité au barbecue divin du bonheur inconditionnel, et que Paul nous a fait connaître notre Dieu personnel, au plus près de l’intimité de nos attentes, comment lire cette fameuse parabole du repas de noces, où un roi remplit difficilement la salle de mariage, puis jette dehors un convive mutique et non revêtu de l’habit de fête ? Bien sûr, on pourrait se contenter de l’interprétation officielle de Saint Grégoire le Grand : Dieu rassemble les hommes autour de son Fils, mais si tu n’es pas un gentil chrétien, tu seras damné, pan pan cul Crux. Car le Christ l’a bien dit : « Certes, la multitude des hommes est appelée, mais les élus sont peu nombreux. » Mais alors à quoi servent l’invitation d’Isaïe au bonheur de croire et l’attention délicate d’un Dieu personnel à notre écoute, vantée par Paul ? Nous aurait-on raconté n’importe quoi ? À propos du repas de noces, peut-être.

Ce récit est au premier abord très conformiste : n’importe quelle religion autocratique ou parti politique totalitaire pourraient le prendre à leur compte. Et ce qui peut nous alerter aussi, c’est que les Pharisiens ne le trouvent pas assez hérétique pour agir tout de suite contre Jésus. Juste après cette parabole, ils « allèrent se consulter sur les moyens de surprendre Jésus par ses propres paroles » (Mt 22,15). La parabole des noces leur paraît encore acceptable, elle a toute l’apparence d’une niaiserie dogmatique. Mais elle ne devrait tromper que les balourds et les coincés du culte. En pleine fête du Royaume de Dieu, on jetterait dehors un des invités ? Et autour de lui, il n’y aurait aucun de ces lourdauds endimanchés qui se bougerait pour défendre sa cause ? Eh bien, elle est belle la communion des Saints ! Et les élus seraient « peu nombreux », alors qu’on n’en exclut qu’un seul parmi la multitude ? Et si cet exclu mutique, sans habit de fête, jeté pieds et poings liés dans les ténèbres, était un nouvel Adam, ou bien même un Christ crucifié, attaché au bois ? Dans ce cas, oui, il y aurait peu d’élus, peu de gens prêts à le suivre.

La salle de noces n’est pas le Royaume. Non. Et Jésus nous le dit bien au début de la parabole : « Le royaume des cieux est semblable à un roi » (verset 2). C’est Dieu lui-même le Royaume. Et ce Royaume est ce dieu personnel et intérieur dont nous parle Paul, qui « subviendra magnifiquement à tous vos besoins », et qui « détruira la mort pour toujours », comme nous le promet Isaïe. Notre foi n’est pas un habit de noces, une couverture culturelle, une panoplie de croyant, toute en extériorité, non, c’est une fibre intérieure qui se mêle à nos tissus les plus profonds. Le Christ, on ne l’a pas seulement dans la peau, il est notre sang et nos tripes.

Alors, maintenant que nous savons que le Royaume est en nous, sommes nous prêts à prendre l’air dans la nuit du monde ? A sortir de la salle de noces ? Nous savons bien que dans toutes les fêtes, les noces, les rassemblements, ce qui se dit et se passe de plus important, c’est dehors, dans le silence et l’obscurité.  Dans les ténèbres, nous sommes des frères et des sœurs, pieds et poings liés, à libérer.

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Quoi de neuf Dimanche ? (8 octobre 2017, 27ème dimanche A)

Ce dimanche, Isaïe a un ami fâché avec sa vigne (Is 5, 1-7), Paul incite à être en paix avec Dieu, et au moins aussi bon que les païens (Ph 4, 6-9). Quant au Christ (Mt 21,33-43), il révolutionne la viticulture …

Isaïe s’emporte. La vigne de son ami donne de mauvais grains, alors ce vigneron s’irrite et menace de l’abandonner, et « d’interdire aux nuages d’y faire tomber la pluie ». Même si les biblistes les plus distingués peuvent voir là l’annonce des malheurs d’Israel, destruction de Samarie par les Assyriens et ruine de Jérusalem par les Babyloniens, l’outrance des propos est en creux, un motif d’espérance. Qui peut croire un instant qu’un viticulteur, qui met des années à faire pousser ses vignes, va les détruire aussi facilement ? La vigne, nous dit-on, « c’est la maison d’Israël ». Cette vigne, si tordue soit-elle, n’est à prendre pour une courge. Nous assistons ici aux dernières rodomontades d’un ex-Dieu tout-puissant qui voudrait encore montrer qu’il « ne lâche rien », alors qu’il a déjà perdu sa place hiérarchique condescendante. A ceux qui aimeraient que l’Eternel, en surplomb flingueur, montre enfin qui c’est Raoul, Isaïe dit le dieu réel : mon ami, le bien-aimé.

Avec un Dieu ami, on peut comme Paul, parler et vivre en paix, et même reconnaître des qualités aux païens. Avec le Christ incarné au milieu de nous, pourquoi faire une crise identitaire en se recroquevillant sur des positions anti-modernes, sans aucun dialogue avec les évolutions de la société ? « N’ayez pas peur », disait-il. N’aie pas peur des homosexuels, du genre, des migrants, des étrangers, des pauvres, ou de ton ombre, Mère l’Eglise.

Pour Jésus, la vigne du Seigneur, « la maison d’Israël » a été confiée « aux chefs des prêtres et aux pharisiens ». Mais ces fermiers sont iniques, jusque dans leur vision de la justice divine. Pour répondre au Christ qui leur demande : « quand le maître de la vigne viendra, que fera-t-il à ces vignerons ? », ils se contentent de condamner les injustes et les meurtriers, et de reproduire le système précédent, qui ne fonctionne pas : « Ces misérables, il les fera périr misérablement. Il donnera la vigne en fermage à d’autres vignerons, qui en remettront le produit en temps voulu ». Eh bien non. La réponse des grands prêtres et des anciens est tellement lamentable que le Christ préfère ne pas relever cet édifice intellectuel et spirituel en ruine. C’est pour cela qu’il leur parle la pierre rejetée qui devient la pierre angulaire. C’est parce qu’il faut tout changer, et structurellement. Ici, changer la pierre d’angle, c’est forcément démolir la construction précédente, la « clôture », le « pressoir » et bien sûr, la « tour de garde ». Sinon, on changerait pour que rien ne change. Mais comment faire ? Seuls les pharisiens de toutes époques n’ont pas compris ou voulu comprendre. Lisons bien. Ce n’est pas à d’autres prêtres que le Christ confie sa vigne, c’est « à un peuple ». Or, la vigne, c’est le peuple lui-même. C’est donc au « laikos », au peuple, aux laïcs qu’il confie les laïcs, en toute autonomie. La vigne peut pousser toute seule, s’auto-cultiver et se nourrir de son fruit. Plus de clôture, plus de pressoir, et adieu tour de garde.

Vous, je ne sais pas, mais moi, je me sens toujours mieux quand on me lâche la grappe.

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Quoi de neuf Dimanche ? (1er octobre 2017, 26ème dimanche A)

Ce dimanche, Ezéchiel (Ez 18, 25-28) invente l’individu libre et sa responsabilité personnelle, Paul (Ph 2, 1-11) nous fait la morale sur l’unité, l’humilité et l’égalité, puis Jésus (Mt 21,28-32) disperse les superbes et les faux-culs. Vaste programme.

Notons avec Ezéchiel que le méchant qui vivra, qui sauvera sa vie, ne fera que se détourner de ses fautes pour pratiquer le droit et la justice, pas pour pratiquer une religion. Parole du Seigneur tout-puissant. Bon, l’un n’empêche pas l’autre. Mais la première chose à faire est très laïque, et c’est l’Eternel qui le dit. Et c’est la responsabilité de chacun, pas celle de la famille, de la communauté ou du Temple. Je sais, la liberté, c’est difficile.

Attention ! Les bons conseils de Paul ne s’arrêtent pas à la limite de la communauté des chrétiens. L’attitude de Jésus de s’incarner au plus bas des hommes devrait donc inspirer ceux qui se sentent pousser des ailes d’ange, par la simple révélation de leur foi. Ils doivent se rappeler qu’ils ne valent pas plus que ceux qui, autour d’eux, se contentent de marcher sur Terre. Recherchez l’unité, c’est la construire avec tous. Il ne faut ni s’enfouir, ni s’enfuir, mais simplement s’amener sans la ramener. Chrétien, es tu donc capable, comme le Christ, de devenir « semblable aux hommes et reconnu comme un homme à ton comportement » ? Pas sûr. Ne cèderais tu pas au péché de la distinction dont parlait Bourdieu, bien accroché à ton capital culturel religieux, et incapable, comme pour le capital économique, de le distribuer ? Eh, mon frère, « catholique », oui, c’est du grec, ça s’écrit avec des lettres bizarres ; ça veut dire « universel », comme le revenu du même Nom. 

Jésus chasse les faux-culs. Il va dire aux chefs des prêtres et aux anciens : « les publicains et les prostituées vous précèdent dans le royaume de Dieu. Car Jean Baptiste est venu à vous, vivant selon la justice, et vous n’avez pas cru à sa parole ; tandis que les publicains et les prostituées y ont cru. » Si Jean Baptiste a été cru par les publicains et les prostituées, et pas par les chefs des prêtres et les anciens, c’est parce qu’il vivait « selon la justice ». Les uns attendaient la justice, les autres profitaient de son absence. Et cette justice, comme chez Ezéchiel, est on ne peut plus terrestre. C’est une vigne, qui, bien entretenue, donnera un grand cru et étanchera les grandes soifs de liberté, d’égalité, de fraternité, de tous. Mais certains, naïfs ou cyniques, confortablement installés dans l’idée que l’ici-bas sera toujours mauvais, prennent la vigne du Seigneur pour un haricot magique qui monterait jusqu’au Ciel. Ils se contentent d’essayer d’y grimper sans la cultiver, sans la guider, sans la palisser. Chute garantie.

La vigne, comme la Terre entière est une culture qui demande beaucoup de main-d’œuvre. Sans entretien, elle rampe et ne donne que de la piquette. Bien cultivée, elle reste à hauteur d’homme, bien enracinée, mais capable de pousser sur toutes les collines. Elle profite de la Lumière pour mieux vivre sur Terre. Elle produit du fruit, pas du Ciel. Et c’est le symbole de la vie chrétienne, celle d’un simple ouvrier agricole. Le Christ serait donc à l’origine d’une religion des simples, des modestes, du peuple, en grec, « laikos », d’une religion … laïque.

Il va falloir procéder à quelques ajustements …

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Quoi de neuf Dimanche ? (24 septembre 2017, 25ème dimanche A)

Ce dimanche, Isaïe nous conseille d’attraper Dieu au vol, « tant qu’il se laisse trouver », l’occasion faisant le bon larron (Is 55, 6-9). Paul hésite entre la vie et la mort, puisque les deux sont avec le Christ (Ph. 1, 20c-24.27a). Enfin, Matthieu nous livre la parabole des ouvriers de la onzième heure, où « les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers » (Mt 20,1-16).

Rappel utile d’Isaïe : chemins et pensées de Dieu sont largement au dessus des nôtres. Quelle vanité serait-ce donc de prétendre les emprunter ou les deviner. À moins que le Ciel daigne descendre ici-bas. Ça peut arriver, et pas seulement à Noël. Gardons donc l’esprit ouvert et vif, – ce qui ne dure généralement pas longtemps – et profitons de nos quarts d’heure de célérité.

Paul, ça va pas fort. Tu t’entends quand tu causes ? Écoute : « Mourir est un avantage », « je voudrais bien partir pour être avec le Christ, car c’est bien cela le meilleur », « Quant à vous, menez une vie digne de l’Évangile du Christ ». Mais toi-même ! Une vie digne est une vie avant tout, active et agissante sur notre basse Terre. Et jusqu’à preuve du contraire, si haut soit-il, le Ciel commence au ras du sol.

La parabole des ouvriers de la vigne, des ouvriers de la onzième heure, est à lire avec ce que nous disait Isaïe : « mes pensées ne sont pas vos pensées, et mes chemins ne sont pas vos chemins ». Bien sûr, il est de bon ton de rappeler qu’aucune tradition ou conversion ancienne ne donne de préséance face à l’Eternel. Mais lire au premier degré « les derniers seront premiers, et les premiers seront derniers » ne fait qu’inverser la hiérarchie d’avant pour la conserver. C’était mettre les Chrétiens au dessus des Juifs naguère (naguère ? ), c’est aujourd’hui affirmer que certains catholiques le sont plus que d’autres parce qu’ils défilent dans les rues. Or dans l’économie de l’Eternité, toute mesure, toute valeur, toute différence, est abolie : les derniers qui sont premiers ne le sont pas plus, ni plus tôt que les autres. La détermination d’un rang ou d’un temps est impossible. Paul, ne choisis plus entre la vie et la mort alors que tout peut être vie, si le Christ et nous l’incarnons ici. Tout le monde a droit à la pièce d’argent, que Saint Augustin assimile à la vie éternelle. Qui aurait besoin de recevoir plus ? Qui voudrait plusieurs vies éternelles, sonnantes et trébuchantes, et pouvoir les compter ? Un maniaque de l’accumulation du capital spirituel, dûment libellé en monnaie religieuse officielle ? Et pourquoi pas un certificat de baptême et des cartes de messe bien tamponnées ? Non, à d’autres. Les ouvriers arrivent quand ils peuvent, quand ils sont appelés. Et la paye est la même pour tous. Mais alors, si je comprends bien … Dieu nous conduit tout droit au communisme de la Chair et de l’Esprit ! Jésus Marie Joseph Karl Vladimir !

Bon, on va appeler ça « communion » pour n’effrayer personne. Mais tant qu’à faire, on pourrait clore la période de dictature du presbytariat. Je doute que ce soit la condition indispensable de la révolution … spirituelle.

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Quoi de neuf Dimanche ? (17 septembre 2017, 24ème dimanche A)

Ce dimanche, pardonner n’est pas évident, même de la part de Dieu lui-même.

Ben Sirac le Sage (Si 27, 30 – 28, 7), toujours bourgeois gentilhomme de la foi, nous explique que Dieu fait du donnant-donnant : « Pardonne à ton prochain le tort qu’il t’a fait ; alors, à ta prière, tes péchés seront remis ». Sinon, « Celui qui se venge éprouvera la vengeance du Seigneur ».  Beau contresens avec le psaume du jour (Ps 102 (103), 1-2, 3-4, 9-10, 11-12) qui chante ce Dieu qui « pardonne toutes tes offenses », « te couronne d’amour et de tendresse », « ne nous rend pas selon nos offenses » et « met loin de nous nos péchés ».
Pour sortir de cette embrouille, Paul sort son joker :  » Si nous vivons, si nous mourons, c’est pour le Seigneur  » (Rm 14, 7-9). Pas très éclairant a priori, sauf si nous considérons que nos destins, celui des hommes et celui de Dieu sont liés. Dieu ne serait donc pas mort puisque nous sommes encore vivants, et l’Eternel pardonnerait autant que nous saurions le faire.

L’Evangile (Mt 18, 21-35) nous met face à nous-mêmes, c’est-à-dire face à nos frères. Il ne s’agit pas tant d’être pardonnés, soulagés de ce que nous avons reconnu comme des péchés, il faut encore pardonner les offenses que nous avons subies. Il nous faut être grand seigneur et savoir pardonner, donner au dessus de nos moyens. Mais ce n’est pas tout. Le pardon évangélique est remise de dette, et non renonciation du créancier, qu’il soit Dieu ou homme. Cela suppose réconciliation et accord entre les parties pour donner ou recevoir le pardon, pour reconstruire ensemble une fraternité. Sinon, et c’est ce qui advient à la fin de l’histoire, le débiteur devient esclave du remboursement de sa dette. 

Le pardon nous incorpore à la divinité. Si Dieu est amour, ceux qui le suivent doivent l’être aussi, et construire chaque jour une société qui permet à tous de reprendre sa place, quels que soient ses fautes et incidents de parcours. Le pardon des hommes doit être comme celui de Dieu, de l’ordre de l’infini. Je sais, c’est difficile. Mais si ça l’est trop, il faut changer de religion. Vous aurez le choix. Certaines coupent les mains des voleurs, lapident les femmes adultères, ou bien font brûler vifs leur contradicteur au plateau de Champel, à Genève. Il y en a même une qui justifie la peine de mort dans son Catéchisme …

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Quoi de neuf Dimanche ? (10 septembre 2017, 23ème dimanche A)

Ce dimanche, Ezéchiel est fait guetteur par l’Eternel (Ez 33, 7-9), Paul nous raccourcit les Commandements (Rm 13, 8-10), et Jésus nous explique comment fabriquer un païen et un publicain (Mt 18,15-20). À moins que le premier degré ne soit pas le langage de la foi.

Le Seigneur demande au prophète Ezéchiel (Ez 33, 7-9) de veiller, d’avertir ses frères, et même d’aller faire des remontrances au méchant. De quoi se prendre des baffes, ou plus. Sinon, toi, prophète, seras redevable de la mort du pécheur. Dans le cas contraire, il mourra quand même, mais pas toi. Ca m’a tout l’air d’un jeu de con, mais bon, on va y réfléchir…

Pour nous dire « Tu aimeras ton prochain comme toi-même » et que « l’accomplissement parfait de la Loi, c’est l’amour », Paul (Rm 13, 8-10) nous résume la Loi à sa façon : pas d’adultère, de meurtre, de vol, de convoitise. Mais, bon sang, il en oublie une bonne moitié : le dieu unique, son père, sa mère, le sabbat et le faux témoignage. Ca devrait nous alerter sur l’ensemble de la liturgie de ce dimanche et sur l’Evangile.

Matthieu semble nous informer benoîtement que le Christ a inventé l’excommunication (Mt 18,15-20). Depuis, certains en usent. Peut-être n’ont-ils finalement rien compris. A première vue, on voit ici une montée graduée des sentences, un processus de dialogue dans la fermeté, tout-à-fait raisonnable. Mais le message du Christ est-il vraiment celui de la raison ? La vie même du Christ prouve tout le contraire et invalide toutes les conclusions sévères que l’on en a tirées au cours des siècles. En effet, si ton frère devient « pour toi comme un païen et un publicain », c’est qu’il est on ne peut plus proche du Christ et donc de toi, si tu restes chrétien. Car c’est auprès des païens et des publicains que s’est toujours tenu le Christ. Ce que Jésus enseigne ici, ce n’est pas l’exclusion, la mise à l’écart, l’excommunication, c’est au contraire la présence au monde, l’opiniâtreté du dialogue et de l’annonce de l’Evangile, la foi en la force de la Parole, encore et toujours. Donc, soyons parmi les païens et les publicains, stoppons la distinction à la Bourdieu entre les bons et les méchants, les croyants et les incroyants. Même Paul oublie les commandements sur Dieu !

Ezéchiel, nous sommes tous de méchants prophètes, et nous pouvons sauver nos vies et celles des autres. Ça s’appelle le pardon, c’est-à-dire, non pas excuser ou blanchir, mais donner par avance à chacun son dû. Ce qui suppose d’être de fins guetteurs du monde.

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Quoi de neuf Dimanche ? (3 septembre 2017, 22ème dimanche A)

Ce dimanche, accès de masochisme dans la liturgie. Visez un peu les titres que j’ai pu relever : « 1ère lecture : Le prophète doit souffrir pour son Dieu » et « Evangile : Le disciple du Christ doit souffrir avec son Maître ». Oh oui, Jésus, fais moi mal, envoie moi au Ciel… Vous lisez la Bible ou bien » 50 nuances de Christ » ?

Jérémie (Jr 20, 7-9) ne souffre pas pour son Dieu. Il souffre de persécution. Il a été mis au ceps, au pilori, toute une nuit par les autorités religieuses, et il a failli renoncer à sa mission. Mais sa foi a été la plus forte, même s’il joue, très peu diplomatiquement, le prophète de malheur : » je dois proclamer : « Violence et pillage ! » « . En fait, Jérémie souffrait, oui, mais, d’une part, d’être torturé, d’autre part, de ne pouvoir exprimer sa foi. Libéré, Jérémie n’a pas la vie facile, mais elle correspond à son engagement profond. Jérémie n’est pas un croyant bénit-oui-oui, masochiste, qui fuit la réalité et les aspects absurdes de la vie. C’est un vrai révolté. Et comme le Sisyphe de Camus, on peut l’imaginer heureux : « La lutte elle-même vers les sommets suffit à remplir un coeur d’homme ». On ne souffre pas pour son Dieu, on souffre de ne pas accepter sa vie, et sa foi. D’ailleurs le psaume du jour nous dit combien la vie de Jérémie et la nôtre peuvent être heureuses : « je crie de joie à l’ombre de tes ailes »(Ps 62, 2, 3-4, 5-6, 8-9). La Bible, il ne faut pas nous la faire à l’envers.

Tous les conservateurs masos et frileux adorent la phrase de Paul (Rm 12, 1-2) : « Ne prenez pas pour modèle le monde présent », en s’imaginant que c’était mieux avant. Mais ce que dit le Christ, ce n’est pas de prendre pour modèle le monde passé, c’est d’inventer un monde nouveau.

Ce monde nouveau du Christ, Pierre n’en comprend pas les prémisses. Il serait prêt à empêcher la mort de Jésus, donc la Résurrection. Pas très doué, le premier Pape… Alors le Christ lui tourne le dos et lui déclare : « Passe derrière moi, Satan, tu es un obstacle sur ma route ». Puis il dit à ses disciples : « Si quelqu’un veut marcher derrière moi, qu’il renonce à lui-même, qu’il prenne sa croix et qu’il me suive. » (Mt 16, 21-27) Et les doloristes de service, liturges officiels en tête, d’en rajouter : « Le disciple du Christ doit souffrir avec son Maître ». Mais non, erreur. Celui qui passe derrière le Christ, c’est Satan, et ceux qui veulent marcher derrière Jésus vont en fait marcher avec le diable (du grec diabolein, qui sépare). Sûr qu’ils vont déguster ! Ces pauvres hères ne sont pas des disciples, ils sont juste disciplinés. Le Christ, on marche avec lui, à sa hauteur. C’est pour cela qu’on doit élargir et aplanir la route du Seigneur (Isaïe 40, 3-4). Car si le Christ est en nous, on ne peut marcher derrière lui, derrière son corps, derrière notre corps et notre cœur : « Car là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur » (Mt 6, 21). On n’est pas là pour « gagner le monde entier », ou « sauver sa vie », on la perdra. On n’est pas là non plus pour faire commerce religieux de sa souffrance : « quelle somme pourra-t-il verser en échange de sa vie ? » On est là pour vivre, heureux, ensemble et avec Lui.

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